Point de suture: Marina de Van continue de creuser le sillon du body horror
Malgré la douleur, la précarité de la greffe, elle desserre à nouveau le bandage qui protège le crâne rose et luisant de lymphe pour toucher ses traits dénudés, humectant la plaie de salive, lissant la bride de peau rabattue sur le nez, mêlant ses cils à ses cheveux gras de sang. Elle rabat un pan de chevelure contre sa bouche. Elle se caresse, elle attendrit les saillies du visage empaqueté. Elle gémit de douleur sous la morsure salée de ses doigts, mais elle entend aussi le plaisir dans sa voix – la volupté qu'exhalent la douceur et le vertige palpitant au fond d'elle.
Réalisatrice, scénariste et écrivaine, Marina De Van, s'est fait connaître aux côtés de François Ozon comme co-scénariste (Huit Femmes, Sous le sable).
Deux fois nommée aux César, elle a aussi creusé son sillon, plus trash et radical en réalisant plusieurs longs-métrages qui l'ont imposé comme une cinéaste développant une approche singulière du corps, du déséquilibre et de la violence intérieure.
On se souvient de Dans ma peau, incontournable du body horror, un genre qui connaît un renouveau avec les films de Julia Ducournau ou Coralie Fargeat.
La sortie en 2002 de son premier long-métrage, Dans ma peau, véritable onde de choc dans la production hexagonale, l'imposera à la fois en cinéaste radicale et exigeante mais va aussi la marginaliser de la grande famille du cinéma.
ON peut penser que si son film était sorti quelques années après, Marina de Van aurait eu une reconnaissance autre.
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Elle est revenue en force en cette fin d'année 2025 avec Point de suture un roman « coup de scalpel » sur la dictature de la beauté et le refus des apparences.
Prolongeant ses obsessions cinématographiques, ce roman dérangeant plonge son lectur dans l’esprit d’une femme confrontée à la métamorphose de son visage, interrogeant jusqu’à l’extrême les notions d’identité et de corps. Marina de Van continue d’interroger la tyrannie esthétique et la transformation du corps.
Poussant à l'extrême les notions de beauté et d’identité féminine (body horror, mutilations, dégénérescence), l'autrice questionne également les normes patriarcales.
Trash et poétique, Point de suture explore la frontière entre réel et irréel, chair et esprit, lumière et ténèbres.
Un texte littéraire et dérangeant qui s’inscrit dans la lignée de Bataille et Mishima.
Paru aux éditions Abstractions, ce texte incisif où les mots recousent autant qu'ils déchirent est à conseiller à ceux qui cherchent une pensée et un propos en dehors des conventions et de la bien pensante tout en épousant nos réflexions contemporaines.
Entre douleur et beauté brute et brutale, Marina de Van continue de nous donner de ses nouvelles, et c'en est une bonne ( nouvelle!)
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