Interview musique : Anne Pacéo, en concert à l'Opéra de Lyon le 3 février 2026
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Elle avait fait, avec sa maestria habituelle, la soirée d’ouverture de Jazz à Vienne en 2025 en compagnie d’Avisai Cohen.
Anne Pacéo sera de retour le 3 février dans la salle "Underground" de l’Opéra de Lyon qui accueillera son sextet en compagnie de la chanteuse Laura Cahen.
Autour d’elle, on aura notamment Christophe Panzani au saxophone ténor, Zacharie Ksyk à la trompette, Gauthier Toux aux claviers et Oxy aux synthétiseurs.
Et la présence annoncée de Laura Cahen le soir du 3 février constituera l'un des points les plus féconds du projet.
Toujours surprenante, jamais la même, Anne Paceo nous plongera mardi prochain dans les profondeurs d’Atlantis : tout un monde de chansons où se mêlent transe et introspection, esprit d’aventure et soif de spiritualité.
La batteuse et compositrice investit l'Opéra pour une soirée aux frontières du jazz et des musiques actuelles.
Mais plus encore qu'un concert, cette soirée s'annonce comme une expérience d'écoute partagée : un temps où la musique ouvre un espace sensible, instable, profondément habité, afin de resignifier le monde.
Jointe au téléphone mercredi matin, Anne Pacéo a répondu avec beaucoup de disponibilité à nos quelques questions notamment autour de son dernier album Atlantis.
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Interview d'Anne Paceo pour son concert à l’Opéra de Lyon
Un petit mot pour commencer en parlant de votre spectacle de mardi prochain à L'Opéra de Lyon. Ressemblera t-il à votre dernier concert dans la région, celui présenté en ouverture de Jazz à Vienne l'an passé?
Oui, du moins au niveau du répertoire, puisqu'à Vienne, je dévoilais en avant première les titres de l'album Atlantis qui sera aussi le socle du concert de mardi.
Mais la grosse différence c'est que sur Vienne, on avait tenté une création unique avec le Conservatoire à Rayonnement Régional de Lyon et Joséphine Stephenson.
Alors que pour le concert de l'Opéra, je suis seule avec mon groupe et avec Laura Cahen qui viendra me rejoindre sur deux morceaux de l'album , "tant qu'il y aura de l'eau" et l'"Ecume".
Et puis, à Vienne, on commençait tout juste la tournée, depuis on a fait une vingtaine de dates, donc forcément c'est un peu plus rodé et le lien entre nous encore plus soudé (rires)
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Vous parlez de l'album Atlantis. Qu'est qui est à l'origine de ce dernier album ?
Il y a trois ans, j'ai passé un examen de plongée sous- marine et j'ai eu ce qu'on peut appeler une épiphanie. J'ai toujours aimé l'eau, mais ça m'a vraiment beaucoup travaillée et émue.
J'ai entendu les premières mélodies en sortant de l'eau. Je me suis allongée sur une plage, et de la musique montait dans ma tête. J'ai pris mon téléphone et j'ai chanté les mélodies dans mon dictaphone.
Puis j'ai commencé à écrire de la musique, à écouter plein de podcasts sur la plongée, les navigateurs, le sentiment océanique, et tout ce qui tourne autour de l'eau.
De retour chez moi après les vacances, j'ai écouté plein de podcasts et lu plein de livres sur la plongée, l'apnée, la navigation…
Je m'endormais en imaginant que je descendais le long de la ligne d'ancre.
Je me suis passionnée pour la thématique des océans. J'ai donc fouillé ma matière, je me suis posée au piano et j'ai enregistré des démos.
J'ai tendance à trouver l'inspiration surtout quand je vis des émotions fortes.
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Et la thématique de l'Atlantide, elle résonne forcément avec notre monde actuel, non?
Oui, la résonnance avec aujourd'hui est assez intéressante.
C'est un monde qui a été englouti parce que les humains devenaient cupides. Il y a une forme de résonance avec le monde actuel, le dérèglement climatique, le saccage de la planète.
On parlait d'écosystème et l'humain est en train de détruire le sien. Atlantis est une île mythique citée dans les écrits de Platon, que l'on n'a jamais trouvée. J'aime bien inventer des mondes en musique, pour emmener les gens vers une autre planète ou, en l'occurrence, une cité engloutie.
Mais l'idée première était vraiment d'explorer la thématique de l'océan, de l'eau. Cet album, ce sont 13 histoires qui parlent d'eau. Ce disque me donnait aussi, voire surtout, l’occasion d’alerter sur la fragilité de cet écosystème.
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Justement en parlant d'eau.. est ce que dans les fonds marins, on peut dire que vous avez le même état que sur scène. On plonge dans l'océan comme on plonge dans la foule d'une salle de spectacle ?
Oui. Romain Rolland, que je cite souvent, décrivait ce « sentiment océanique comme »:une sensation que Freud rapprochait d’une forme de spiritualité. l'impression de faire corps avec un grand tout.
Un moment de fusion où le corps et l’esprit ne sont plus qu’eau, lorsque le cœur et le temps ralentissent, que le cerveau s’arrête de penser pour privilégier la sensation du corps, le son des bulles.
Quant à la plongée, elle me procure des sensations comparables à la communion avec le groupe quand, sur scène, alors qu'on va dans la même direction, on bifurque tous brusquement à 360 degrés, comme un banc de poissons.
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La mer, c'est aussi un rythme particulier. Comment la batteuse que vous êtes l'a abordé ?
La base de tous mes projets musicaux , c’est bien évidemment avant tout le rythme, le groove.
On oublie trop souvent que la musique, ça doit faire danser les gens; même quand c'est quelque chose d'assez planant ou atmosphérique comme pour Atlantis qui est certainement un projet plus sombre que mes précédents disques.
Mais après je n'ai pas forcément cherché à retranscrire le son ou le rythme des vagues. Quand je compose, il y a toujours une phase d'immersion.
Un moment où je vais littéralement plonger, pour le coup, écouter des podcasts, lire des livres, etc.
Puis je laisse aller. Je suis incapable de composer de la musique en me donnant des impératifs. C'est de l'ordre de l'intuitif et du sensoriel.
Quand j'enregistre mes albums, je ne mets pas nécessairement en avant ma batterie. Chacune des personnes sur scène est là pour servir la musique avant son propre ego. C'est très important dans mon travail comme dans ma manière d'aborder la musique.
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Les musiciens qui vous accompagnent ont une formation jazz, au départ. Est-ce facile pour eux de les amener à explorer d'autres univers, à savoir ici le coté pop voire électronique du projet ?
Oui : tous les musiciens que j'ai choisi possèdent cette double culture, à la fois issue de la pop et de la musique classique et contemporaine.
Les musiciens du groupe [Zacharie Ksyk à la trompette, Christophe Panzani au saxophone, Gauthier Toux au piano, Oxy aux synthés, ndlr] ont cette culture, mais ils ont aussi la culture de la pop et de l'électronique. Je trouve intéressant de faire se rencontrer l'improvisation et des textures nouvelles.
Ils ont aussi cette culture de la musique répétitive que je creuse depuis des années et qui a influencé l'album. Chacun apporte sa propre patte, sa manière de jouer c'est cela qui est formidable.
J'ai toujours essayé de gommer les frontières. Et, dans ce disque, je mélange plein d'influences tout en essayant de tenir un propos original, qui me ressemble.
On a toujours du jazz l'image un peu galvaudée et surtout bien désuète d'un solo de saxophone ou de trompette. Dans Atlantis j'ai coutume de dire que la dimension jazz reste dans les parties d'improvisations que j'ai conservées (comme le pont dans le morceau "The diver") et que j'ai pu mélanger cela avec un coté effectivement plus pop, mais que j'avais déjà arboré dans mes projets antérieurs.
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Ce qui est étonnant c'est qu'à l'origine, votre formation au Conservatoire national supérieur de musique de Paris est des plus classique...
Je pense que, justement, c'est un atout.
Ça a été une formation extrêmement exigeante qui m'a donné plein de clés et d'armes pour pouvoir aborder d'autres esthétiques.
Mais depuis vingt-deux ans, aller jouer dans le monde entier m'a ouvert les oreilles, fait découvrir d'autres cultures, d'autres styles de musique.
Tout ça nourrit mon travail.
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Vous avez l'habitude de laisser mûrir vos créations, d'y revenir parfois des années plus tard. Pourquoi cette méthode ?
J'ai souvent commencé par composer une grande partie de la musique. Puis je la joue en création avec une première série de répétitions de quelques jours en résidence, avec le groupe, puis en concerts pour ensuite passer vraiment au format album.
J'aime bien travailler sur des temps de création assez longs. Ça permet de prendre du recul et de voir ce qui émerge.
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Pour chaque projet musical, vous créez de nouveaux collectifs de travail. Que vous apporte ce renouvellement permanent ?
De la fraîcheur ! J'en ai besoin parce que, à chaque projet, j'entends une couleur musicale différente. Je vais donc chercher d'autres musiciens et musiciennes. Cela me permet surtout de ne pas me répéter.
C'est important pour moi d'essayer, à chaque fois, de raconter une nouvelle histoire, de poser un nouveau cadre. Et s'entourer de nouvelles personnes, c'est aussi prendre des risques. Je crois que j'aime bien ça.
Durant la création, j’ai apprécié les échanges avec les instrumentistes et la manière dont les parolières et paroliers se sont emparés de la thématique et de mes histoires avec leur voix intérieure.
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Il y a plusieurs voix de chanteurs sur l'album : des invités comme Laura Cahen et Piers Faccini, mais aussi Gildaa et Cynthia Abraham, qui font partie du groupe. Vous pouvez nous en dire plus sur ces dernières car on les connait mal ?
Ces deux titres, Inside pour Cynthia Abraham et Sedna pour Gildaa, je trouvais qu'ils allaient comme un gant à l'une ou à l'autre. Je suis allée chercher Gildaa pour sa folie. Ma musique est mélodique, avec des accords pop, et Gildaa fait la différence avec ses pas de côté.
Et Cynthia m'émeut beaucoup. Elle a une grande maîtrise de la voix, à la fois puissante, profonde et douce.
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Photo : Anne Paceo © Tanguy Ginter
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Pouvez-vous dire enfin quelques mots sur Wizz, le programme dédié aux musiciennes que vous avez lancé en 2023 ?
J’évolue dans un milieu, le jazz, où les femmes sont peu représentées. Il n’a pas été facile de me faire une place.
Un jour, j’ai échangé avec une jeune musicienne qui m’a confié ses difficultés.
Je me suis rendu compte que le fait de jouer dans le quartet 100 % féminin de Rhoda Scott a été aidant dans mon parcours.
J’ai donc monté un mentorat pour de jeunes femmes instrumentistes. Nous leur donnons des clés musicales et nous proposons des formations sur le fonctionnement de l’écosystème musical.
Nous travaillons également sur leur répertoire et nous organisons des rencontres tous les deux ans avec des musiciennes expérimentées. Le premier volet de l'édition 2026 s'est achevé il y a quelques jours, le second arrive dans quelques semaines..
C'est un projet vraiment stimulant et valorisant...
Anne Paceo "Atlantis" + invitée : Laura Cahen
Mardi 3 février 2026 à 20h à l'Opéra (Lyon 1er) ; de 11 à 35€
L'eau devient ainsi un symbole de renouveau et un lieu de contemplation, inspirant la naissance de nouvelles compositions. Il y en a treize, qui nous invitent, chacune à leur manière, dans un voyage
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