Vers la violence, un roman graphique très riche et très beau
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Lou nous raconte son père. Elle narre la filiation familiale, celle qui est imprégnée d'angoisses et de certitudes indestructibles, celle incrustée dans le sang.
Gérard est un père dont l'imagination frôle la mythomanie. Il raconte des histoires à sa fille Lou, à la fois fantasmagorique et effrayante. Son dessein est de faire de Lou une fille qui ne pleure pas pour édifier une fierté figée. Une fierté qui empêchera Lou d'aimer vraiment, de chercher la cruauté et la morbidité auprès de ses amants.
Avant d’être un formidable roman graphique illustré par Marguerite Boulanger, il s’agissait d’un non moins formidable roman tout court de Blandine Rinkel.
« Le premier de nous deux aura une tapette, alors j'essaye de ne pas être celle qui rira : je fixe Gérard avec toute l'intensité dont une fillette de 6 ans est capable et, en secret oui en un terrible secret, je souhaite sa perte. »
Dès le début, Blandine Rinkel montre l’ambiguïté des sentiments de cette enfant qui voit son père comme un héros mais qui a aussi peur de lui et souhaite sa perte.
Comme le père de Sorj Chalandon dans la BD, Profession du père, il invente beaucoup d’histoires.
Cette prolifération de légendes exaltait nos vies.
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Mais les affabulateurs professionnels connaissent cette règle élémentaire : si les mensonges sont des édifices complexes, c’est parce qu’ils ont des vérités pour fondation. Il y avait en Gérard un innocent et un meurtrier.
CE texte puissant centré autour d'un personnage de père, policier violent et moqueur, complexe et étonnant, qui conserve chaque nuit son pistolet de service sur sa table de chevet, pret à le dégainer à chaque instant.
Qu’est-ce qu’on fait d’un héritage filial quand celui ci n'est que violence et humiliation? Comment réussir à trouver tendresse et confiance en soi quand ce sont les relations de force et de toxicité qui ont parasité son enfance?Peut aller contre sa nature quand l'inné et l'acquis nous ont forgé ainsi?
Je l’ai déjà dit mais lorsque je lis une bande dessinée ou un roman graphique, je suis très sensible au style de l’illustratrice/illustrateur. Si le propos est très intéressant mais si je n’accroche pas avec les dessins, je n’arrive pas à rentrer dans le livre. Ici outre le choix de la bichromie en noir et blanc, les trouvailles graphiques sont nombreuses et traduisent la violence du père ainsi que tous les ressentis et émotions de Lou (la petite fille).
Vers la violence nous questionne sur l’héritage de cette violence : qu’est ce qu’elle devient quand elle a été centrale dans notre enfance et notre éducation ? est ce qu’elle ne finit pas par se retourner contre nous ? C’est ce qui arrive à Lou jusqu’à ce qu’elle rencontre quelqu’un qui lui montre que la douceur est possible et jusqu’à ce qu’elle exprime/transforme cette violence dans la danse.
Vers la violence est un roman graphique très riche qui parle aussi de la place et du rôle de l’art dans nos vies (ici la danse), de notre animalité. Enfin j’ai aimé que l’inconfort dans lequel nous pousse Blandine Rinkel (car la littérature ça sert aussi à ça non ?) dans certaines scènes, dans le fait aussi que ses personnages ne sont pas tout blanc ou tout noir.
Bref un vrai coup de coeur !
Blandine Rinkel, Marguerite Boulanger, éditions L’Iconoclaste
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