Baz'art  : Des films, des livres...
3 mars 2026

On a ressenti le plaisir du roman épistolaire en lisant La correspondante de Virginia Evans

Je n’achète jamais de timbres spéciaux, seulement les classiques avec nos chers étoiles et rayures pour qu’il y ait une certaine structure, un ORDRE à respecter. Si l’on maintient la mécanique en ordre, alors le contenu dans la correspondance, la substance des lettres, je veux dire, peut aller n’importe où. Etre n’importe quoi. On peut écrire quoi. Dire ce que bon nous semble.

 

Dans La correspondante, Sybil Van Antwep vit aux Etats-Unis, elle est retraitée et tous les jours ou presque vers 10h, après s’être acquittée de ses tâches ménagères quotidiennes, elle s’assoit à son bureau pour écrire et répondre à des lettres. Car tandis que sa vue baisse inexorablement, des lettres anonymes toujours plus menaçantes sont déposées une à une dans sa boîte, la forçant à replonger dans un passé douloureux.

La première lettre datée de juin 2012 est destinée à son frère qui vit en France. La seconde à l’écrivaine Ann Patchet (Sybil est une grande lectrice) dont elle a dévoré le dernier livre. Toutes les lettres ne sont pas envoyées, preuve en est, celle écrite à Poulain (nous comprendrons seulement à la fin du livre qui est Poulain) dans laquelle elle se confie sans censure : victime d’un accident de voiture, elle avoue qu’elle n’a plus rien vu pendant un court instant et craint de devenir aveugle.

Certaines lettres sont plus formelles, comme la lettre de remerciement à un voisin qui lui a offert des fleurs, comme la lettre d’excuse à son club de jardinage pour une réunion à laquelle elle ne peut pas assister ou comme une lettre envoyée à une journaliste suite à un papier sur sa carrière professionnelle qu’elle juge erronée.  

 

Au fil des lettres, on apprend des éléments sur la vie de Sybil : son passé professionnel, le fait qu’elle a été adoptée comme son frère et qu’ils étaient tous les deux orphelins, que ses enfants vivent loin et qu’elle les voit peu. On découvre au fil des lettres, les événements qui ont ponctué sa vie, dévoilant pourquoi elle est devenue cette vieille femme retranchée dans sa jolie maison

A travers sa correspondance, s’établit aussi une liste de lecture (celle de l’écrivaine) : Anatomie de la stupeur d’Ann Patchet, La porte des larmes d’Abraham Venghese…

Sybil parait parfois rigide, pleine de principes et de certains préjugés mais au fil des lettres et des années, elle reconnait ses erreurs et est ce la volonté de « nettoyer son bureau » avec le grand âge, mais cherche à en réparer certaines.

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Ce que j'en pense

Comme pour tous les romans épistolaires que j’ai lus (pas si nombreux que ça malheureusement), j’ai pris beaucoup de plaisir dans la forme même et le plaisir ressenti d’écrire une lettre et d’en recevoir une. Virginia Evans a aussi le talent d’adopter des voix différentes en dehors de son personnage principal : celle de son frère, de Rosalie, sa meilleure amie, d’Harry un jeune garçon mal dans son peau entre autres. Ce qui rend ce roman si émouvant, c’est la délicatesse avec laquelle l’autrice dévoile son personnage. Les réponses qu’elle reçoit éclairent son passé, donnent une nouvelle perspective à ses silences, et nous permettent de reconstituer le puzzle de son existence.

La lettre la plus émouvante de La correspondante pour moi est celle que lui écrit son ex-mari, Dan mais je vous laisse découvrir le contexte sans en dire plus.
Quand on ouvre le livre, la couverture intérieure est en forme d’enveloppe. C’est peut-être un détail pour vous mais j’y suis sensible.

Petit bémol sur le côté « américain » de la fin où pour l’écrire de manière très schématique, tout finit bien pour tout le monde (c’est rarement le cas dans la vie non ? )

La correspondante de Virginia Evans est paru chez Les éditions de la Table Ronde.

 

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