Baz'art  : Des films, des livres...
30 mars 2026

Rencontre avec Terrenoire : 'la culture est mise à mal, il faut se serrer les coudes!'

 

À l’occasion du concert au Transbordeur que le groupe Terrenoire a donné dans le cadre des Chants de Mars, on a pu échanger quelques temps avec Raphaël et Théo Herrerias qui se sont lancés dans une aventure pas banale dont ils nous expliquent la genèse : 

« La tournée du premier album avait duré presque deux ans", relate Raphaël Herrerias. "On a passé énormément de temps à traverser la France et une partie de l’Europe. On a adoré faire des concerts.  Mais pour la vie dans les loges, les hôtels, sur des aires d’autoroutes, il y avait tromperie sur la marchandise ! On nourrissait une frustration de n’avoir rencontré que très peu de personnes concrètement. On a compris très peu de villes. Une part de ce qu’on pensait être le rôle d’un artiste, on ne le faisait pas… 

 En fait, nous avons fait le constat d'une certaine duplication. Nous passions d'une ville à l'autre, d'une salle à l'autre, d'un concert à l'autre; nous prenions l'autoroute, nous rencontrions un régisseur, un directeur, le public, mais il y avait quelque chose de stérile

Cette dérive capitaliste, industrialiste de faire de la musique, à cet endroit-là, se structure aussi par le fait que l'on sort l'artiste de la vie réelle pour le faire évoluer dans un circuit hors-sol. Notre manière de répondre à cela a été de dire non, stop, ça suffit. Faisons autrement »

 

 

Et ce mode de fonctionnement différent a pris forme chez eux dans leur ville de Saint-Etienne dont ils sont si fiers:  " Entre-temps, on a organisé un festival dans notre quartier, à Terre Noire, à Saint-Etienne. C’était un moment très fort en septembre 2023. Puis on a eu besoin de souffler un peu, de ralentir, de réfléchir à ce qu’on voulait faire différemment : « Qu’est-ce qu’on a aimé ? Qu’est-ce qu’on a envie de changer ? Comment on veut faire ce métier ? " On s’est rendu compte qu’on adorait travailler sur la progression musicale tout en créant des liens sur notre territoire.

On a donc collaboré avec le centre social, le musée de la Mine, la MJC, les écoles, les clubs sportifs… Tout ce tissu local. Et on a réalisé que tout ce travail périphérique à la musique nourrit en fait profondément le moment musical. On a voulu prolonger ça : rester plus longtemps dans les endroits, créer du sens."

 

 

D’où la naissance d’un projet dont l'objectif, comme le souligne Théo est avant tout: de «repenser nos pratiques, rester plus longtemps à chaque étape, tourner autour, faire un travail en collaboration avec les acteurs locaux de la culture, vivre des moments de partage avec les gens. Car la culture est mise à mal, il faut se serrer les coudes !.  L'idée est de rester, au-delà du concert du soir, dans les territoires. Comment faire de la médiation culturelle ? Lier avec les gens, connecter, apprendre transmettre. Ici nous allons faire des ateliers d'écriture, ailleurs partager avec une chorale, etc. Bref, nous faisons notre métier de manière différente, c'est très important pour nous ». 

« Notre métier a aussi une dimension de service public", poursuit Théo. "Comment nous qui venons sur vos territoires pouvons participer à créer de petites étincelles, de petits sursauts pour les gens. C'est très important pour nous ».

 

 

Quand on rétorque à Raphaël qu'on est là dans ce qui s'apparente à une tournée très éco responsable, il préfère préciser les termes: "Pour moi, elle est avant tout régionalisée. Ce qui m’intéresse, c’est moins la compensation carbone que la dimension sociale et politique : qu’est-ce que la musique peut apporter à un territoire donné ? Sur la première tournée, on arrivait à 14 h, on repartait à 8 h le lendemain. On n’avait pas le temps de rencontrer les gens. Là, sur Lyon, on est on resté plusieurs jours. On découvre les villes, on rencontre les habitants, on travaille avec les associations locales. On rêvait vraiment de découvrir la France pour de vrai."

Et Théo de répondre lorsqu'on lui demande si ce type de tournée modifie le rapport avec le public : " Je pense qu’on vit une révolution douce. Le XX e siècle avait besoin d’icônes, de stars. Des figures gigantesques, presque religieuses. Mais aujourd’hui, on touche à la limite du gigantisme. On ne peut plus toujours vouloir faire plus grand, plus fort, plus rentable. Je crois que le futur, c’est la proximité, les liens humains, les formats plus intimes. Et la musique, comme la nourriture ou le sport, sert avant tout à rassembler les gens." 

 

Est sinon, ça a été compliqué de mobiliser toute une équipe autour de ce projet singulier ?

 Pour Raphaël, on ne peut pas dire que cela a vraiment été le cas:  « Nous avons trouvé des partenaires, notre productrice (Vertigo) qui est tout à fait est ok avec ces enjeux -là par exemple. Ensuite, pour ce qui est de l'organisation en amont, notre bookeuse a demandé aux salles quelles étaient les initiatives auxquelles nous pouvions nous associer. Il nous arrive également de recevoir des propositions en direct, sur lesquelles nous rebondissons. Nous essayons de faire cohabiter toutes ces histoires dans notre arc de compétences ».

 

Un genre de work in progress permanent en fait ? : «Complètement, l'histoire c'est aussi de se laisser surprendre par chaque région. Il ne s'agit pas de dupliquer un atelier d'un endroit à l'autre, cela n'aurait pas de sens. Ce que nous pouvons dupliquer, c'est la réalisation de podcast au gré de nos rencontres et expériences. Micro ouvert aux gens pour créer une page où les gens s'expriment, plutôt que nous; nous inverserons parfois le propos ». Ce modèle ne pourra exister sur la totalité des dates de la tournée, mais l'ambition est terriblement louable."

En tout cas, chapeau les Terrenoire pour ce projet qui devrait faire pas mal d'émulation dans ce milieu !

 

 

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 250 827

 

Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
169 abonnés