Rencontre avec Terrenoire : 'la culture est mise à mal, il faut se serrer les coudes!'
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À l’occasion du concert au Transbordeur que le groupe Terrenoire a donné dans le cadre des Chants de Mars, on a pu échanger quelques temps avec Raphaël et Théo Herrerias qui se sont lancés dans une aventure pas banale dont ils nous expliquent la genèse :
« La tournée du premier album avait duré presque deux ans", relate Raphaël Herrerias. "On a passé énormément de temps à traverser la France et une partie de l’Europe. On a adoré faire des concerts. Mais pour la vie dans les loges, les hôtels, sur des aires d’autoroutes, il y avait tromperie sur la marchandise ! On nourrissait une frustration de n’avoir rencontré que très peu de personnes concrètement. On a compris très peu de villes. Une part de ce qu’on pensait être le rôle d’un artiste, on ne le faisait pas…
En fait, nous avons fait le constat d'une certaine duplication. Nous passions d'une ville à l'autre, d'une salle à l'autre, d'un concert à l'autre; nous prenions l'autoroute, nous rencontrions un régisseur, un directeur, le public, mais il y avait quelque chose de stérile
Cette dérive capitaliste, industrialiste de faire de la musique, à cet endroit-là, se structure aussi par le fait que l'on sort l'artiste de la vie réelle pour le faire évoluer dans un circuit hors-sol. Notre manière de répondre à cela a été de dire non, stop, ça suffit. Faisons autrement »
Et ce mode de fonctionnement différent a pris forme chez eux dans leur ville de Saint-Etienne dont ils sont si fiers: " Entre-temps, on a organisé un festival dans notre quartier, à Terre Noire, à Saint-Etienne. C’était un moment très fort en septembre 2023. Puis on a eu besoin de souffler un peu, de ralentir, de réfléchir à ce qu’on voulait faire différemment : « Qu’est-ce qu’on a aimé ? Qu’est-ce qu’on a envie de changer ? Comment on veut faire ce métier ? " On s’est rendu compte qu’on adorait travailler sur la progression musicale tout en créant des liens sur notre territoire.
On a donc collaboré avec le centre social, le musée de la Mine, la MJC, les écoles, les clubs sportifs… Tout ce tissu local. Et on a réalisé que tout ce travail périphérique à la musique nourrit en fait profondément le moment musical. On a voulu prolonger ça : rester plus longtemps dans les endroits, créer du sens."
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D’où la naissance d’un projet dont l'objectif, comme le souligne Théo est avant tout: de «repenser nos pratiques, rester plus longtemps à chaque étape, tourner autour, faire un travail en collaboration avec les acteurs locaux de la culture, vivre des moments de partage avec les gens. Car la culture est mise à mal, il faut se serrer les coudes !. L'idée est de rester, au-delà du concert du soir, dans les territoires. Comment faire de la médiation culturelle ? Lier avec les gens, connecter, apprendre transmettre. Ici nous allons faire des ateliers d'écriture, ailleurs partager avec une chorale, etc. Bref, nous faisons notre métier de manière différente, c'est très important pour nous ».
« Notre métier a aussi une dimension de service public", poursuit Théo. "Comment nous qui venons sur vos territoires pouvons participer à créer de petites étincelles, de petits sursauts pour les gens. C'est très important pour nous ».
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Quand on rétorque à Raphaël qu'on est là dans ce qui s'apparente à une tournée très éco responsable, il préfère préciser les termes: "Pour moi, elle est avant tout régionalisée. Ce qui m’intéresse, c’est moins la compensation carbone que la dimension sociale et politique : qu’est-ce que la musique peut apporter à un territoire donné ? Sur la première tournée, on arrivait à 14 h, on repartait à 8 h le lendemain. On n’avait pas le temps de rencontrer les gens. Là, sur Lyon, on est on resté plusieurs jours. On découvre les villes, on rencontre les habitants, on travaille avec les associations locales. On rêvait vraiment de découvrir la France pour de vrai."
Et Théo de répondre lorsqu'on lui demande si ce type de tournée modifie le rapport avec le public : " Je pense qu’on vit une révolution douce. Le XX e siècle avait besoin d’icônes, de stars. Des figures gigantesques, presque religieuses. Mais aujourd’hui, on touche à la limite du gigantisme. On ne peut plus toujours vouloir faire plus grand, plus fort, plus rentable. Je crois que le futur, c’est la proximité, les liens humains, les formats plus intimes. Et la musique, comme la nourriture ou le sport, sert avant tout à rassembler les gens."
Est sinon, ça a été compliqué de mobiliser toute une équipe autour de ce projet singulier ?
Pour Raphaël, on ne peut pas dire que cela a vraiment été le cas: « Nous avons trouvé des partenaires, notre productrice (Vertigo) qui est tout à fait est ok avec ces enjeux -là par exemple. Ensuite, pour ce qui est de l'organisation en amont, notre bookeuse a demandé aux salles quelles étaient les initiatives auxquelles nous pouvions nous associer. Il nous arrive également de recevoir des propositions en direct, sur lesquelles nous rebondissons. Nous essayons de faire cohabiter toutes ces histoires dans notre arc de compétences ».
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Un genre de work in progress permanent en fait ? : «Complètement, l'histoire c'est aussi de se laisser surprendre par chaque région. Il ne s'agit pas de dupliquer un atelier d'un endroit à l'autre, cela n'aurait pas de sens. Ce que nous pouvons dupliquer, c'est la réalisation de podcast au gré de nos rencontres et expériences. Micro ouvert aux gens pour créer une page où les gens s'expriment, plutôt que nous; nous inverserons parfois le propos ». Ce modèle ne pourra exister sur la totalité des dates de la tournée, mais l'ambition est terriblement louable."
En tout cas, chapeau les Terrenoire pour ce projet qui devrait faire pas mal d'émulation dans ce milieu !
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