Un garçon d’Italie au Théâtre 14 : l’émotion en suspens
Un garçon d’Italie au Théâtre 14 : l’émotion en suspens
Il y a des textes qui portent en eux une charge émotionnelle telle qu’ils semblent presque appeler la scène. Le roman Un garçon d’Italie de Philippe Besson appartient à cette catégorie : une histoire de secret, de désir et de mensonge qui interroge la fidélité, l’homosexualité, la bisexualité et la part d’ombre que chacun dissimule à ceux qu’il aime.
Tout commence par une image brutale : un homme observe sa propre mort. Son corps, retrouvé dans une rivière après plusieurs jours dans l’eau, déjà marqué par la décomposition. La police appelle sa compagne pour venir identifier le corps. Dès lors, le récit devient une lente plongée dans ce que l’on ignorait de celui que l’on croyait connaître.
Car derrière l’homme disparu se cachait une autre vie : une liaison secrète avec un jeune homme qui se prostitue dans une gare. La femme, confrontée à cette révélation, ressent bientôt l’irrésistible besoin de rencontrer celui avec qui son compagnon la trompait. Leur face-à-face constitue d’ailleurs le seul véritable dialogue de la pièce — moment charnière où deux solitudes tentent de comprendre l’énigme d’un même homme.
Sur le papier, tous les éléments semblent réunis pour provoquer une émotion intense. Le texte de Besson, pudique et incisif, explore des territoires sensibles : la vérité que l’on cache, l’identité que l’on dissimule, les fractures invisibles qui traversent les relations humaines.
Pourtant, sur scène, l’émotion peine à se frayer un chemin.
La mise en scène choisit une grande sobriété : aucun décor, un plateau presque nu, quelques déplacements chorégraphiés. Une option esthétique qui pourrait, en théorie, laisser toute la place au texte et à l’intériorité des personnages. Mais cette économie de moyens révèle aussi une fragilité : lorsque le corps et l’espace sont réduits à l’essentiel, tout repose sur l’interprétation.
Or le jeu des trois acteurs reste étonnamment uniforme. Les protagonistes se parlent peu, et leur gestuelle — souvent limitée à des postures statiques, les mains dans les poches — impose que tout passe par la voix : le rythme, les silences, les variations de tonalité. Mais cette palette expressive demeure trop souvent monochrome.
On a parfois l’impression d’assister davantage à une lecture incarnée qu’à une véritable traversée émotionnelle. Les passages chorégraphiques, par ailleurs assez longs, cherchent à installer une dimension poétique mais peinent à compenser la monotonie du jeu. Ils ralentissent le récit sans toujours en approfondir la portée.
C’est sans doute là que réside la frustration principale : le texte de Philippe Besson possède une intensité intime, presque brûlante. On attendrait que la scène en fasse jaillir les fissures, les tensions, les contradictions. Mais l’ensemble demeure trop sage, trop retenu, comme si l’émotion restait à distance.
Un garçon d’Italie demeure ainsi une proposition intéressante par ses thèmes et la force littéraire de son matériau d’origine. Mais dans cette adaptation, la promesse d’un vertige émotionnel se transforme plutôt en méditation froide, laissant le spectateur face à un récit qui intrigue… sans toujours bouleverser.
Rédacteur : Maxime Dorian
Théâtre 14
D’après le roman de Philippe Besson
Mise en scène : Mathieu Touzé
Avec : Chloé Angevin, Yuming Hey et Mathieu Touzé
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