Baz'art  : Des films, des livres...
7 mars 2026

Interview du romancier François Beaune : "l’un des plus grands plaisirs de Lyon: manger avec des amis à table"

Présentation


Neuf des plus beaux spécimens lyonnais se retrouvent autour d'un mâchon - un casse-croûte festif qui s'ouvre à l'heure du petit-déjeuner. Entre deux tranches de sabodet et un verre de beaujolais, ils essayent de percer le mystère de la capitale des Gaules. La conversation balaye plus de 2000 ans d'histoire, et nous fait découvrir les multiples manières d'habiter la plus nordique des villes méditerranéennes.
« Lyon est un sabodet. On ne sait jamais ce qu'il y a dedans, mais tout finit toujours vapeur et en rondelles. C'est la magie de cette ville.»

 

L’auteur : François Beaune a passé vingt ans de sa vie à Lyon, où il a conçu une fille, deux fanzines, un festival, et quelques romans. Lauréat du Prix du livre du Réel pour Omar et Greg, il aime prêter sa plume à des personnages réels pour nous faire vivre des vies différentes des nôtres.

La collection Premier voyage
Des romanciers nous guident dans une ville qu'ils connaissent bien. Nous découvrons ce qu'elle a d'unique et qui prend des années à comprendre. Les sens s'aiguisent. Les lieux prennent du relief. Comme si la réalité était augmentée.

Lyon de François Beaune
Éditions : L’arbre qui marche
176 pages – 13,90€

 

Extraits : 

 


Vivre en travaillant ou mourir en combattant », la devise des canuts que Marx considère comme le cri de guerre du prolétariat moderne.


La série Kaamelott d’Alexandre Astier, si on y regarde bien, est une nouvelle forme de Guignol.

Il y a d’ailleurs un film que j’adore de Georges Lampin, un réalisateur assez oublié, pourtant avec en têtes d’affiche Jean Gabin en commissaire, Lino Ventura en patron de bistrot sur les Pentes, Jean Carette en client alcoolique qui a été tourné à la Croix-Rousse dans les années 1950 et montre bien cet état miséreux du quartier avant la réfection touristique.

Ce que l’on en pense :


Découvrir une ville comme Lyon à partir d’une rencontre autour d’un mâchon entre amis : telle est la proposition originale et alléchante que nous fait François Beaune. À travers les propos des neuf convives, on découvre l’histoire, les secrets et la culture de la ville, mais aussi son intérêt pour le sport, ses industriels, ses scientifiques…  ceux et celles qui ont fait et font Lyon.
On ne se balade pas seulement dans Lyon, ses traboules, ses places ou ses églises, mais aussi dans son histoire, à travers des va-et-vient entre présent et passé : le cœur des uns n’est pas forcément le cœur des autres !
Pour un Lyonnais, c’est un formidable moyen de redécouvrir sa ville tout en apprenant de nouvelles choses ou en révisant ses acquis. Pour un novice, c’est une manière originale de découvrir la ville et d’apprécier des idées de parcours, des conseils de films, de livres ou de restaurants… Un roman-guide à savourer comme un bon repas, ou un mâchon. Parole de Gone !


Notre interview de François Beaune


Vous connaissiez déjà cette collection ou vous l’avez découverte quand vous avez été contacté ?


J’ai découvert la collection en étant contacté par l’éditeur. Mes deux premiers romans se passaient à Lyon, c’est peut-être pour cela qu’ils m’ont contacté. L’éditeur avait déterminé Lyon comme première ville en France qu’il souhaiterait traiter après une dizaine d’ouvrages sur des villes à l’international. Au départ je ne savais pas trop, mais j’ai aussi un gros roman sur lequel j’écris depuis très longtemps et qui se passe entièrement à Lyon dans les années 90, début 2000, donc le fait de me replonger dans Lyon m’intéressait aussi. Et puis c’est vraiment la ville que je connais le mieux ; ça aurait été compliqué de faire une autre ville. L’endroit que je connais le mieux au monde, ce sont « les pentes de la Croix-Rousse ! »


L’idée de faire un guide qui ressemblerait à un roman a dû vous questionner ?


Au début je ne savais pas si je saurais faire, mais j’ai compris que j’avais carte blanche pour raconter ce que je voulais sur Lyon. J’ai réfléchi à ce que je pourrais raconter de pertinent sur cette ville. J’ai la chance d’avoir des amis à Lyon, dont Claire Déglise, qui est conservatrice au musée Gadagne et avec laquelle j’avais collaboré sur un projet autour de la collection permanente. J’ai également un ami, Boris Klein, qui est agrégé d’histoire et guide sur la région ; il connaît très bien la ville. C’est vraiment avec lui que j’ai eu un dialogue approfondi pour nourrir le livre. Il m’a dit qu’une particularité de Lyon, c’est que le cœur de la ville s’est déplacé au cours de l’histoire, alors que dans les autres villes il reste souvent au même endroit.


C’était évident pour vous que, pour parler de Lyon, il fallait se retrouver autour d’une table et d’un mâchon ?


En réfléchissant à la façon de raconter cela, je me suis dit que l’un des éléments centraux de la ville, c’est d’aller « casser la croûte », d’où mon idée de réunir autour d’une table des grands témoins de la ville.
Un des grands plaisirs quand on est à Lyon, c’est de manger, et personnellement l’un de mes plus grands plaisirs est de manger avec des amis à table. Donc, pour quelqu’un qui veut découvrir Lyon, cela me semblait une réalité lyonnaise à ne pas rater.
Il fallait trouver une façon romanesque de faire ce guide, et donc inventer des personnages. Certains sont inspirés de vos proches.

 

A-t-il été facile pour vous de définir leur nombre, leurs personnalités et leurs différentes interventions ?


J’ai un ami qui est vraiment fétichiste du chiffre 9 et qui a inspiré Sergio ; il est antiquaire à Lyon. Quand on allait jouer aux chevaux, il jouait toujours le 9, et il a une collection de 9. Le chiffre 9 a donc déterminé le nombre de convives à table.
Claude Lebrun, qui était libraire à la librairie des Nouveautés que je fréquentais beaucoup, est vraiment membre de la confrérie des Francs-Mâchons de Lyon, et j’ai pratiqué les mâchons depuis longtemps, souvent avec lui ; c’est un des rituels lyonnais intéressants. Je me suis donc inspiré, entre autres, de ces personnes.

 


La partie recherche historique a été très importante ?


Je me suis beaucoup fait aider par les bibliothécaires de Lyon. J’ai lu différentes histoires de Lyon et j’ai pris des notes. En parallèle, j’avais ces discussions ouvertes avec Boris ; il m’a aidé à nourrir le point de vue des différents personnages avec quelques subjectivités.
Pour quelqu’un qui s’intéresse à l’histoire de Lyon, le livre lui apprend pas mal de choses et permet d’avoir une base pour réfléchir. Mais l’idée était aussi de faire un livre didactique, de vulgarisation, agréable et drôle, en trouvant des personnages plus ou moins de mauvaise foi qui vont défendre leur « cœur de Lyon ». Il fallait que ce soit un livre pour le plaisir du lecteur, qu’il puisse entrer dans Lyon en se régalant comme si c’était un bon plat.
Par contre il y a un lien important avec le présent, avec l’actualité et le monde contemporain : l’économie par exemple. Quand vous parlez de Saint-Jean et Saint-Paul sous François Ier, vous faites un lien avec la fiscalité avantageuse pour les entreprises internationales qui s’installent en Irlande ?
Ça peut paraître anachronique de comparer LVMH avec la fabrique de la soie, mais ce n’est pas si faux.

L’histoire ne fait que renseigner un certain présent et répondre à des questions que l’on se pose aujourd’hui.
Si on prend ce qu’il vient d’arriver à Quentin à Lyon, la mort de ce jeune fasciste, et qu’on compare avec l’histoire de Lyon, on peut remonter à 1793 avec la Révolution française, lorsque Lyon s’oppose à la Révolution et va être assiégée puis punie pour cela.

Cela va créer une sorte de tradition légitimiste et anarchiste à Lyon, avec une ultra-droite qui se développe. En même temps, au XIXᵉ siècle, l’histoire de la gauche socialiste révolutionnaire est très importante à Lyon. Ces deux extrêmes ont été définis dès la Révolution française.
Le choix de Lyon pour gérer ces deux extrêmes a souvent été de diriger au centre. Ce fait divers, la mort de Quentin, si on prend la profondeur de champ de l’histoire, on la comprend mieux. C’est pourquoi je me permets de remettre des points historiques dans le présent : c’est comme cela que l’histoire devient intéressante.


Tout comme nous avons une succession de portraits de figures historiques comme  Rabelais, Lassalle ou Sébastien Gryphe, il y a aussi des personnalités lyonnaises qui œuvrent aujourd’hui dans différents domaines : la culture et le cinéma avec Alexandre Astier, le football avec Jean-Michel Aulas (il n’était peut-être pas encore candidat au moment de l’écriture), la réussite entrepreneuriale avec Olivier Ginon… Vous restez bien en lien avec le présent ?


Si on prend le cas de Jean-Michel Aulas, s’il était élu ce serait la première fois qu’un chef d’entreprise deviendrait maire, alors que Lyon a toujours été gouvernée par le centre gauche avec une vocation sociale. On a besoin d’une ville qui gère le développement économique mais aussi qui s’assure que la population trouve sa place.
Il me semble qu’une ville gérée comme une entreprise n’est pas forcément une bonne idée. Grégory Doucet s’inscrit dans la lignée d’un Édouard Herriot ou d’un Gérard Collomb, même si Gérard Collomb, sur la fin de son règne, était plus pro-entreprise.
Avec tout le respect que j’ai pour M. Aulas, j’ai du mal à penser qu’il pourrait penser au bien commun d’une ville alors qu’il a été pendant cinquante ans un chef d’entreprise. Si on regarde les municipales du point de vue de l’histoire de Lyon, ce serait une rupture de l’avoir comme maire. Ce n’est pas pour attaquer Jean-Michel Aulas, mais c’est intéressant de se poser la question : pour les Lyonnais, quand on regarde l’histoire de Lyon, est-ce judicieux de voter pour un chef d’entreprise pour diriger la ville ?


Le livre est dédié à votre père à travers une citation amusante. Pensiez-vous le faire changer d’avis avec votre livre sur Lyon s’il avait été encore vivant ?


Mon père est effectivement décédé, c’est pour cela que je lui ai dédié ce livre. Mais je me dis que cela l’aurait fait rire, parce qu’il a passé trente ans de sa vie à râler contre Lyon, sans raison très claire en fait. Il avait surtout besoin de râler. C’était une manière de lui rendre hommage.


Question obligatoire pour finir. Vous avez des projets à venir ?


Je sors un livre en mai, De la banalité du bien, une autre commande autour de la ville de Briançon puisque j’ai été invité en résidence là-bas. J’ai ainsi rencontré les anciens du réseau de la MJC de Briançon, qui venait d’être fermée par le nouveau maire, qui y voyait une sorte de concurrence politique pouvant le gêner dans sa future conquête du pouvoir.
En France, 400 MJC ont fermé en moins de dix ans. Le monde associatif est mis à mal du fait de communautés de communes qui se sentent menacées et en concurrence avec ce mode associatif. Le monde associatif est aujourd’hui en péril et je voulais le raconter.
À travers l’histoire d’une MJC, je voulais raconter le monde de l’éducation populaire. Dans le livre, c’est la MJC elle-même qui parle : elle se raconte. Elle vient de mourir, elle a 58 ans ; elle est née en 1965 et morte en 2023. Elle part à la rencontre des gens avec qui elle a collaboré. Je suis donc allé à la rencontre de responsables politiques, entre autres. Elle refait toute son histoire et essaie de comprendre pourquoi ils l’ont tuée, pourquoi elle est morte, tuée par des gens qu’elle a toujours aidés.


On découvre sa vie : c’est elle qui la raconte en faisant parler les gens. C’est une réflexion sur la banalité du bien, ce bien ordinaire exercé par les bénévoles, leur organisation, qui est aujourd’hui mal traitée. C’est un récit littéraire mais aussi une réflexion politique au sens philosophique du terme : comment on s’organise en société, pourquoi on a besoin de l’associatif, qui n’est ni l’État ni le marché mais l’association, qui nous redonne du pouvoir sur nos vies.
Ce sera aux éditions Cause perdue.

 

Crédit Photo :  Francesca Mantovani

 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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