Rencontre avec Pauline Clément, une -formidable- comédienne française
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Hier est sorti le film «De la Comédie-Française».
Entourée d'autres membres de la troupe (Benjamin Lavernhe, Laurent Stocker, Marina Hands, Julien Frison, Adeline d'Hermy, Guillaume Gallienne...), Pauline Clément y incarne le rôle principal, celui de Nina, une metteuse en scène qui, à trois heures de la première de « Macbeth », voit tout partir en vrille : ses costumes, ses éclairages, le texte et, surtout, ses interprètes...Un film qui a raflé quatre prix au Festival de l'Alpe d'Huez.
Retour sur notre rencontre lyonnaise, le vendredi 5 juin, avec cette formidable comédienne aussi talentueuse qu'humble et simple, qu'est Pauline Clément.
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Réunir tous vos univers : l’humour, le cinéma et la Comédie-Française. Vous y pensiez depuis longtemps ?
J’avais comme une double vie. D’un côté, il y avait les vidéos avec Yes vous aime, Broute, tout ce côté internet, sketchs, et de l’autre, la Comédie-Française où je suis depuis onze ans. Ça faisait longtemps que je menais les deux en parallèle, et je voulais faire une fusion. Je ne savais pas trop comment m’y prendre. J’avais besoin d’un pont. Au début, j’étais assez intimidée à l’idée d’écrire sur la Comédie-Française. C’est ma vision de l’institution. Travailler avec deux réalisateurs qui sont 'extérieurs' au Français (Comédie-Française, NDLR) faisait peser une grosse responsabilité sur mes épaules. J’étais parfois inquiète du ton. La comédie est un genre difficile parce que l’humour est subjectif et je me suis parfois demandé pourquoi on ne s’était pas lancés dans un projet sensible avec juste quelques touches d’humour. Malgré tout, c’était le projet le plus stimulant de ma vie, j’étais à la fois surexcitée et terrorisée.
Dans le film, vous incarnez une metteuse en scène qui s’affirme juste avant une première. C’était une façon de montrer une autre image de la direction d’acteurs ?
Oui, on s’imagine souvent un metteur en scène comme quelqu’un de très charismatique, un chef autoritaire qui dit à chacun où se placer. Ça m’amusait de composer une figure qui dirige mais qui a des doutes et ne parle pas très fort. Nina, mon personnage, n’a rien d’une leader classique, mais elle va au bout. Elle reste déterminée, même quand elle a envie de lâcher. Dès l’écriture, tout semblait s’écraser sur ses épaules. Elle avait sa ligne fixe et je jouais presque toujours la même partition : le stress. Les artistes autour d’elle traversent plein d’émotions et de problèmes, tandis qu’elle avance tout droit, comme un train.
Comment fait-on, d’un point de vue pratique, pour tourner dans la grande salle de la Comédie française ?
Normalement, c’est impossible. C’est la salle qui ne dort jamais. Le matin, les décors des répétitions sont montés puis démontés dans l’après-midi pour mettre en place ceux de la représentation du soir. Mais Bertrand Schaaff, à la production, nous a dit : “ Il n’y a qu’un seul créneau possible, c’est dans deux ans grâce aux travaux, je vous la réserve. ” Ça tombait donc au mois de juin. En février, les producteurs nous ont donné le feu vert. Le film a donc été écrit et filmé très vite. Mais obtenir cette salle était important, sans elle, on n’aurait pas eu tous les financements.
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Pauline Clement présente « De la Comédie Française » à Lyon, le 5 juin
L’intrigue s’appuie-t-elle sur des situations chaotiques réelles vécues à la Comédie-Française ?
Il y a plein d’histoires vraies. Parfois ce sont de petits imprévus sur scène : on réalise qu’on a oublié un accessoire, on jette un œil vers les coulisses, quelqu’un s’en rend compte et intègre une réplique improvisée pour apporter l’objet. D’autres fois, ce sont de vraies catastrophes, comme un acteur qui ne rentre pas au bon moment.
Il y a aussi les fous rires, ce qui est terrible parce qu’on cherche à les cacher au public, ce qui les rend encore plus drôles. Il suffit que deux personnes rient, qu’une troisième suive sans comprendre, et toute la scène bascule.
On sort de scène et la pression redescend aussitôt. Il y a eu des soucis plus importants, comme des problèmes de décors, une actrice restée suspendue dans les airs ou une autre qui s’est blessée contre un mur parce que le régisseur a manqué de la rattraper à la tyrolienne…
Une séquence évoque aussi cette obligation absolue de jouer coûte que coûte à la Comédie-Française…
Annuler un spectacle représente un enjeu financier vertigineux car, en cas d’absence, il faut rembourser la salle. Il est arrivé plein de fois qu’un comédien en remplace un autre au pied levé, brochure à la main.
On joue même si l’on est malade ou qu’on a 42 de fièvre. Si quelqu’un doit être hospitalisé, il va à l’hôpital, on ne joue pas en sang à tout prix, mais on a cette exigence envers nous-mêmes.
J’ai déjà joué avec une forte fièvre : on passe un moment horrible, on n’est pas très bon mais le spectacle a lieu. S’il n’y a pas de danger vital, on y va quand même. Ce film on l'a vraiment voulu comme une déclaration d’amour au théâtre et aux acteurs...
Comment s’est organisée l’écriture et la réalisation avec Bertrand Usclat et Martin Darondeau ?
Notre collaboration remonte au Conservatoire. Bertrand avait plein de bonnes idées et s’était mis en tête de m’aider parce qu’il me trouvait un peu 'foutraque' dans ma façon de répéter. Je l’ai tout de suite trouvé très drôle et fin. Mon admiration a grandi lorsqu’il s’est associé à Martin. Sur le plateau, c’est un directeur d’acteurs incroyable. Il repère immédiatement quand une scène plafonne et trouve le moyen de la relancer. Il comprend la psychologie des comédiens et sait amener des consignes singulières en douceur. J’ai une confiance totale en eux.
J’ai participé à tout le processus : l’écriture, la préparation, la recherche d’anecdotes réelles à intégrer. Nous avons écrit à quatre avec Clémence Dargent, puis Bertrand et Martin ont réalisé. Comme ils ne connaissaient pas tous les rouages de l’institution, il fallait que je sois présente en permanence. Nous avons vraiment construit cela ensemble.
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L’idée d’offrir le rôle de Molière à Benjamin Lavernhe est venue rapidement ?
Benjamin a presque sauvé la scène. Quand nous l’avons soumise aux producteurs, ils trouvaient le scénario très solide et crédible, mais s’interrogeaient sur la nécessité d’introduire ce Molière imaginaire. Nous avons douté, puis l’idée de confier le rôle à Benjamin s’est imposée comme une évidence. Il est venu sur le plateau, a apporté beaucoup d’humour et d’improvisations, ce qui a rendu la scène magique.
Vous avez frappé fort les esprits en février dernier avec votre prestation lors des César aux côtés de Marina Hands, présente dans le film pour remettre le prix du meilleur costume. Quels souvenirs en avez vous avec le recul de cette cérémonie?
C'était quelque chose de très stressant. Je n'en ai pas dormi pendant une semaine. Lorsque Benjamin(Lavernhe, NDLR) nous a demandé de lui proposer une idée pour la remise du César du meilleur décor, Marina et moi ne savions pas trop ce que l'on voulait faire. Nous avons fait appel à Bertrand Usclat, avec qui je travaille depuis longtemps, et nous avons eu l'idée d'arriver en sublimes costumes de scène de théâtre complètement décalés. J'ai alors dit à Benjamin qu'il serait préférable que nous remettions le César des meilleurs costumes ! Et c'est ainsi qu'est née cette idée de la robe coincée ! C'était très premier degré, un peu clown et simple. J'avais emprunté dans les stocks de la Comédie-Française la robe extravagante de la reine d'Angleterre dans Le Soulier de satin."
Avant de vouloir être comédienne, vous avez un parcours assez singulier, n'est ce pas?
Oui j'ai fait un CAP d’esthétique où l’on nous apprenait à envoyer des lettres de stage très codifiées. Quand j’ai cherché un agent, j’ai écrit des lettres très belles, très carrées, en disant simplement : ‘Madame, Monsieur, j’aime le théâtre, je cherche un agent’. Évidemment, personne ne me rappelait. Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais à côté de la plaque et que ce n’était pas du tout la bonne méthode. J’ai alors passé le Conservatoire ...
Et vous vous souvenez de votre premier rôle à la Comédie Française?
Oui bien sur, Il s'agissait d'Un chapeau de paille d'Italie, de Labiche en 2014. C'est un souvenir meilleur car vous savez je n'étais pas vraiment prédestinée à jouer la comédie, encore moins à entrer au Français et je n'en reviens toujours pas.
Tous ces comédiens sont si talentueux. Ils savent si bien s'exprimer quand moi je ne cesse de transpirer de partout lorsque je dois dire quelque chose ! Alors je me dis à chaque spectacle : « Quelle chance que j'ai de connaître ces artistes! » Quand je suis rentrée à la Comédie-Française, je culpabilisais terriblement.
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Pour quelles raisons?
Je me sentais totalement illégitime car je ne suis pas une intellectuelle. Je voyais des gens comme Denis Podalydès qui parlent si bien sur France Culture, et je me disais que si on me posait une question sur Bérénice, je n’aurais pas cette culture-là. J’avais l’impression d’être une erreur de casting, que j’allais être démasquée au moindre débat sur la dramaturgie. Ce qui m’a sauvée, c’est de réaliser que mon " ignorance " supposée était en fait une page blanche.
Éric Ruf m’a expliqué qu’il ne m’avait pas engagée pour mes connaissances en littérature, mais pour mon instinct et ma liberté de jeu, que d’autres n’avaient peut-être plus. J’ai fini par accepter que ma culture à moi, c’est le rythme, le sens de la rupture comique. J’ai arrêté de m’excuser d’être là pour commencer à proposer ma propre vision des textes classiques.
Faire partie de la Comédie française, est-ce une responsabilité ? À la base non mais maintenant que je suis sociétaire, depuis le 1er janvier dernier, que je vais devoir voter, ne pas laisser passer certaines choses, oui. Au début, je me demandais si je pouvais encore faire des vidéos sur le net mais ce n’est pas un problème tant que ça n’empiète pas sur les horaires.
Une question un peu méta pour finir. Pourquoi devient-on actrice ? D’où vient l’envie de jouer des personnages ? Au début, c’est surtout l’improvisation qui me plaisait, laisser l’imaginaire s’ouvrir, jouer des trucs qui m’énervent dans la vie et qui sont très drôles quand ce sont des personnages. Les défauts, les trucs énervants, je les remarque et j’en fais des impros. Clairement, ça a amélioré ma vie. J’avais du mal à trouver des domaines où il se passait quelque chose. J’avais l’impression que rien ne s’emboîtait et les cours d’impro ont tout changé.
Merci à Pathé Lyon et à Zinc distribution
« De la Comédie-Française », 1 h 15, en salles depuis mercredi. Voir notre chronique ci dessous :
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Notre coup de cœur : De la Comédie Française, une comédie jubilatoire avec le fleuron de notre théatre français À trois heures de la première de " Macbeth " à la Comédie-Française, tout ...
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