On a vu le spectacle Lumières, lumières, lumières au studio théâtre de la Comédie française :
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Certaines œuvres racontent une histoire.
D’autres tentent de saisir l’insaisissable.
Avec Lumières, lumières, lumières, librement inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf, Évelyne de la Chenelière et Florent Siaud relève un défi vertigineux : porter à la scène l’un des romans les plus introspectifs du XXe siècle. Et le résultat est d’une beauté rare.
Sur le plateau, quelques vestiges de maison abandonnée. Des rideaux de perles qui ondulent comme des souvenirs. Des projections, des lumières, des sons qui brouillent délicatement les frontières entre le rêve, la mémoire et le présent.
Car ici, le temps n’est pas linéaire.
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Le passé surgit au détour d’une phrase. Les absents continuent de parler. Les souvenirs prennent corps avant de disparaître à nouveau dans l’obscurité.
Comme chez Virginia Woolf, la réalité n’est jamais donnée d’un seul bloc. Elle se construit dans le regard de celles qui la traversent.
Au cœur du spectacle, deux femmes.
Deux visions du monde.
Deux façons d’habiter sa vie.
D’un côté, Mme Ramsay, interprétée par une Florence Viala magnifique de retenue et d’humanité. Épouse, mère de huit enfants, figure protectrice autour de laquelle gravitent les autres. Elle croit au mariage, à l’harmonie familiale, à cette féminité héritée d’un monde ancien.
De l’autre, Lily Briscoe, jeune peintre célibataire, portée avec finesse par Aymeline Alix. Une femme qui cherche à créer, penser et exister en dehors des modèles qu’on voudrait lui imposer.
Tout les oppose.
Et pourtant tout les relie.
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Entre elles circule quelque chose d’indéfinissable. De l’admiration. De l’agacement. De la fascination. Du désir parfois. Une forme d’amour aussi. Lily se surprend à rejeter ce qu’elle admire le plus chez Mme Ramsay. Mme Ramsay, elle, semble incarner ce monde dont Lily veut s’affranchir tout en regrettant parfois sa douceur.
C’est dans cette tension permanente que le spectacle trouve sa plus grande force.
Comme le roman, la pièce s’articule en trois mouvements : la fenêtre, le repas et le phare.
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Mais le voyage n’est jamais géographique.
Le phare devient un symbole. Celui du désir. De l’idéal inaccessible. De cette vision du réel que chacun tente d’atteindre sans jamais totalement y parvenir.
Peu à peu, le spectacle devient une méditation bouleversante sur le temps qui passe, sur les êtres qui disparaissent et sur ce que la mémoire tente désespérément de retenir.
Virginia Woolf écrivait pour sauver quelques instants de l’oubli.
Lumières, lumières, lumières prolonge ce geste avec une délicatesse infinie.
Une réflexion lumineuse sur l’art, la transmission et l’absence.
Un spectacle d’une grande intelligence sensible.
Et une très belle invitation à regarder, une dernière fois, vers le phare.
Maxime Dorian
Correspondant culturel
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Lumières, lumières, lumières
Studio Théâtre – Comédie française (Carrousel du Louvre, cour de la pyramide inversée) – Jusqu’au 28 juin 2026
Par : Évelyne de la Chenelière
Librement inspiré de : Vers le phare de Virginia Woolf
Mise en scène : Florent Siaud
Avec : Florence Viala et Aymeline Alix
Crédit photo : © Agathe Poupeney
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