Interview musique : Teddy Bear, nouvelle pépite (belge) de la chanson francophone!
Teddy Bear n'a que 24 ans et semble promis à un brillant avenir. La finesse de son écriture et la force de son interprétation font de lui l'incontestable révélation du moment.
Le chanteur belge séduit par des textes d’une sincérité désarmante et une présence scénique déjà affirmée.
Deux semaines avant de produire sur la magnifique scène des Vendanges Musicales, Teddy- Jules (son vrai prénom) s’est confié à Baz' art sur son parcours, ses influences, ce premier album à venir et sur cette envie intacte de croire en ses rêves.
Avec cette simplicité et cette dérision typiquement belge...
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Teddy Bear, enchanté. Ou dois- je plutôt dire Jules enchanté, car c'est ton vrai prénom, non?
TeddyBear : Ah ah, oui c'est vrai, mais tu sais que plus personne ne m'appelle Jules depuis bien longtemps. Dans ma famille, on m'a très vite donné ce surnom, et c'était assez logique que ca soit mon nom d'artiste, du coup ca me gêne pas du tout qu'on m'appelle Teddy...
Ton début de carrière me semble assez fulgurant. Et il a tout du storytelling, je trouve. J'ai vu que tu n'avais jamais pensé à chanter en public avant, en 2023, de remplacer le rappeur de ton groupe, malade, au micro pour te jeter à l'eau et chanter en public à ton tour. Et que juste après, tu as chopé le virus et que tu n'as plus jamais laché le micro. C'est vrai cela ou c'est pas un peu romancé ?
TeddyBear : Ah ah c'est vrai à 100% tu sais, je ne voulais pas devenir chanteur au départ. J’étais batteur, comme une grande partie des membres de ma famille je suivais naturellement leurs traces.
Puis, lorsque j’étais dans une école de musique en Flandre, j’ai joué avec un rappeur qui rappait en néerlandais.
Un jour, il est tombé malade juste avant un concert. Je lui ai proposé de le remplacer au chant. Je l’ai fait… et j’ai adoré cette sensation.
En rentrant chez moi, ça m’a paru évident : je voulais absolument chanter.
Mais avant ça, tu n'avais pas de chansons dans des petits carnets, des trucs qui t'accompagnaient et que tu as pu mettre en musique au moment où tu te lances?
TeddyBear : Si, j'ai commencé à noircir des carnets au moment où j'ai développé de grosses crises de panique. J'écrivais tout ce qui me faisait peur et ce qui n'allait pas dans ma vie à ce moment-là mais c'était pas pour les chanter, et ce n'est pas vraiment ces paroles là que j'ai chanté quand je me suis vraiment lancé dans ma carrière de chanteur.
Ce qui est sur, c'est que j'ai pas forcément conscientisé ce que je chantais Je ne me suis jamais demandé si ce que j'écrivais était bien ou pas. Je devais vraiment être sûr que c'était ce que j'avais envie de dire.
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Tu as remplacé ce fameux soir là un rappeur, mais très vite c'est plutôt vers la chanson que tu as birfurqué. Et malgré cela, j'ai l'impression qu'on a tendance à te classer encore parmi les rappeurs, non?
TeddyBear : Je ne me considère absolument pas comme un rappeur. Je fais de la chanson. Après, si certains ont envie de dire que je suis rappeur, ou même accordéoniste, ça ne me pose aucun problème. Chacun est libre de son interprétation et de mettre l’étiquette qu’il veut. Moi, je préfère simplement faire la musique qui me ressemble.
Dans tes influences, il y a d'ailleurs plus de chanteurs que de rappeurs non.. En t'écoutant on pense à Stromae, à Eddy de Pretto et même à Jacques Brel, dont tu es un grand fan et que tu as découvert assez tard il me semble..
Teddy Bear : En fait, j'avais tout juste 18 ans lorsque mon père a été appelé pour remplacer le batteur d'un groupe de covers. Il était dans le studio qu'il a à la maison quand je vivais encore chez eux, donc j'ai commencé à écouter en boucle "La Chanson des vieux amants. J'ai dit : « Oh, c'est quoi, ça ? » Ce qui me bouleverse, chez lui, c'est sa capacité à dire les choses comme personne.
Et comme lui je pense que le plus important n'est pas forcément le textes mais comment je le vis, comment je l'incarne, comment je le fais ressentir.
Ce qu’il m’a appris est essentiel : on se moque de savoir si la phrase est belle, tant qu’on croit profondément à ce qu’on chante. Quand Brel parle, on le croit. C’est cette sincérité qui me touche le plus. Et personnellement depuis que j'écoute Brel à fond, je cherche moins à écrire de « belles phrases ». Je veux surtout dire quelque chose de vrai.
Sinon ,sur tes autres références que tu cites, Stromae, en Belgique c'est aussi une sorte de dieu, il est évident qu'il m'a marqué, même de façon inconsciente. Il a en lui cette Belgitude qu'on est fiers de posséder.
Eddy de Pretto en revanche, j'ai rien contre, j'entends souvent que je lui ressemble, mais franchement, je ne comprends pas , pour moi on n'a pas grand chose en commun (rires)
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C'est marrant parce que tes morceaux essaient de synthétiser plusieurs mondes, plutôt élitiste avec Brel, Stromae donc, et un coté plus populaire, accessible, dirais je sans mépris, celui d'Adamo que ton père accompagnait comme musicien. C'est pareil au niveaux des mélodies, il y a des cotés très modernes, et d'autres plus intemporels non? "
TeddyBear : Oui tu as raison, mais tu sais, le lien entre tous ces pôles a priori contradictoires, c'est la musique j'aurais tendance à te dire.
La musique, c'est ma langue paternelle, mais c'est surtout la langue, je dirais, de toute la famille, parce que toute la famille joue de la musique de manière professionnelle.
Et du coup, ils m'ont présenté toute la diversité que peut offrir la musique.
Mais tu sais c'est marrant que tu me parles de cela, car avec mes producteurs, Paco Del Rosso et Nicolas Subréchicot, sur lequel j'ai bossé sur mon premier album, on a beaucoup parlé de cette modernité qu'il faut que je trouve en moi, mais j'avoue ne pas trop savoir ce que ca veut dire d'être moderne, je fais juste mon truc, c'est tout...
Est ce qu'on peut dire que ta carrière est fulgurante, il y a trois ans tu n'avais jamais posé ta voix derrière un micro et là tu as fait la première partie de tous les artistes les plus connus de la scène française, et pendant les festivals d'été, on ne parlait que de toi ou presque.. Moi en deux mois j'ai entendu parler de toi 15 000 fois alors qu'avant pas du tout, d'où cette impression de comète...
TeddyBear : Tu n'es pas le premier à me le dire, mais je ne vis pas vraiment cette accélération dans mon esprit. Tu sais,entre le moment où je me dis que je vais chanter et le moment où je mets le clip des Chaussures roses, où la ca commence à bien prendre, il y a presque deux ans où je galère et où ca prend pas du tout.
Depuis j'avoue ce n'est plus le cas, mais j’essaie simplement de garder le cap, comme je l’ai toujours fait depuis le début.
Ce qui me fait très peur, en ce moment, c'est qu'aux yeux des gens, d'un coup, je suis devenu génial. Si j'écoute les avis des uns et des autres, je suis une sorte de roi de l'univers.
C'est assez pernicieux voire dangereux, parce que si je commence à le croire je ne serai jamais le meilleur. Mon album n'est pas encore sorti et j'avoue que je me pose dix mille questions sur comment le public va le recevoir..
Alors moi j'ai eu la chance de l'écouter cet album en avant première et franchement même si j'ai eu pour consigne de ne pas trop en dévoiler, tu n'as aucune inquiétude à avoir, il est totalement réussi. Tout ce qu'on aimait dans tes premiers singles, cette voix singulière et ses textes profonds, et tes thématiques, sont présent et tu dévoiles même d'autres facettes de toi mais tu le fais sans rupture, toujours dans la continuité de ce qu'on apercevait de toi. Donc, le public va te suivre et adorer ce disque, c'est sur...
TeddyBear : Ah, j'avais dit avant que j'écoutais pas trop les flatteries sur mon travail mais là je ne peux que te dire merci (rires).
Il faut dire j'ai pas eu énormément de retour sur l'album, forcément puisqu'il est pas encore sorti (NDLR : et qu'on ne peut pas dire quand il sort, mais disons dans quelques semaines).
Cet album il me ressemble vraiment je n'ai fait aucune concession, et ce sont des J’avais envie de leur montrer qui j’étais, parfois avec des mots difficiles à dire, parfois avec davantage de légèreté. Il y a dedans des choses très personnelles, mais aussi des personnages.
Comme c’est mon premier album, je me suis dit qu’il fallait d’abord me présenter. Les gens ne me connaissaient pas.
Il y a aussi un ou deux morceaux plus de rageux où je laisse parler une certaine colère en moi ca, avec du coup un débit plus saccadé, plus punchy, plus rap même, c'est sans doute mon coté ancien rappeur qui ressurgit.
Je reviens quand même sur le coté fulgurant de ta carrière même si tu tiques un peu dessus. Avant même la sortie officielle de tes premiers titres, tu as quand même su conquérir le public, lors de premières parties remarquées d'artistes majeurs tels que Clara Luciani, Julien Doré et Orelsan, c'est pas donné à tout le monde, ca, tu me l'accordes?
TeddyBear : Oui oui j'avoue, la dessus, ca a bien décollé.. Ca a pris en fait grâce aux réseaux sociaux, aux morceaux que je mettais sur Instagram, ca peut aller vite tu sais l'entourage te contacte en MP, et la date peut très vite être bookée.
Et parfois faut du culot aussi, et ma manageuse en a beaucoup. Petite anecdote à ce sujet, j'assiste au concert de Souchon au Cirque Royal de Bruxelles. On croise Ours, un de ses fils, ma manageuse fonce vers lui lui demande si son père a une première partie pour le dernier concert de sa tournée Salle Pleyel, il dit qu'il ne pense pas, et elle répond en me montrant: " eh ben, c'est bon vous l'avez " (rires)... et j'ai chanté à Pleyel en première partie de Monsieur Souchon, ca le fait, quand même..
Ces chaussures roses, qui ont tant fait ton fulgurant succès, elles symbolisent le fait d’assumer pleinement ce qui nous rend différents ?
TeddyBear : Exactement. Mais au départ, là encore, ca part d'une histoire vraie. Ma grand-mère est venue à mon premier concert et elle trouvait que je n’étais « pas assez beau » pour monter sur scène. Elle voulait m’offrir une veste rouge, puis des chaussures assorties. Finalement, elles étaient… roses ! Elle m’a dit : « Tu vas les mettre, elles ont coûté cher ! » (rires). Je les ai portées, et j’en ai fait une chanson. Je me suis dit que c’était une belle manière de me présenter au public.
Mais tu sais, ces chaussures roses, ce n’est qu’une image. Pour quelqu’un d’autre, ce seront des lunettes, une façon de parler, une passion… Peu importe. L’important, c’est d’assumer ce qui fait de nous quelqu’un d’unique. Moi, mes chaussures roses, je les garderai toujours. En écoutant mes titres, j’aimerais simplement que les gens se disent qu’ils peuvent être eux-mêmes et laisser éclater leur singularité.
Si mes chansons peuvent donner un peu de courage à quelqu’un, lui rappeler qu’il a le droit d’être différent ou de continuer à croire en ses rêves, alors ce sera déjà énorme.
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Si je t'écoute, tu as tes chaussures roses partout avec toi : tu ne les enlèves jamais enfin quand tu marches j'entends bien (rires)?
TeddyBear : Ah non, je les enlève pas, en fait j'ai plusieurs paires quand même je te rassure mais elles sont toujours roses.
Tu ne portes pas de chaussures rose, toi, ? tu devrais... je te conseille..
Ah pas sur qu'on en trouve autant de chaussures roses à Lyon qu'en Belgique dans les magasins.. Tiens en parlant de Lyon, tu viens bientôt par chez nous puisque tu seras le 19 septembre aux Vendanges musicales dans le Beaujolais, on t'a parlé de cette date et tu vas proposer quoi la bas?
TeddyBear : Chaque concert de l'été s'est déroulé dans un bel endroit, mais là je t'assure il y a plein de personnes qui m'ont dit que l'endroit était magique, autour des vignes, et des pierres dorées, je crois… (NDLR : c'est exactement cela ). Je fais une heure environ de chant, donc forcément pas mal de titres de ce premier album seront proposés au public des Vendanges.
J'ai hâte de faire cette date, cela sera ma première dans votre région, mais je sais qu'avant de monter sur scène je serais très stressé. Mais je crois que c’est normal. Ça fait partie du métier. Je me dis que le jour où je ne stresserai plus avant de monter sur scène, je pense qu’il faudra commencer à s’inquiéter.
Tu as pas mal joué en live avant d'enregistrer ton album ,tu as donc du essayer tel ou tel morceau voir si ca prenait ou pas .. est-ce que tu as pu changer quelques enregistrements ou passages en fonction de ces réactions ou bien une fois que c'est figé c'est figé?
Ah non pas du tout, je rends fous mes deux comparses à la production mais je change tout le temps tant que le disque n'est pas complètement gravé.
C'est Zaho -de Sagazan que je connais pas mal puisque on a le même réalisateur qui disait qu'avant de sortir la Symphonie des éclairs en disque, elle l'a joué 200 fois sur scène et à chacune de ces 200 fois elle voulait modifier un truc sur le disque.
Bon je n'ai pas atteint ce perfectionnisme là, mais j'en suis pas loin. De toute façon il y a quelque chose d'assez difficile à abandonner son bébé, à le laisser au public en ne pouvant plus rien modifier, on se dit toujours qu'on aurait pu modifier telle ou telle phrase ou tel ou tel arrangement...
Teddy, tu te dis que tu es déjà arrivé là ou tu voulais être ou tu as encore plein de choses à découvrir et à faire partager aux gens qui t'écoutent et qui t'aiment?
TeddyBear : J’essaie surtout de ne pas trop regarder derrière moi. Je suis très heureux de ce qui m’arrive, mais j’ai envie de continuer à avancer.
J’ai encore énormément de choses à apprendre, de chansons à écrire, de scènes à découvrir.
Interview réalisée par téléphone le 3 septembre 2026. Merci à Patricia TEGLIA.
TEDDYBEAR.SE PRODUIRA SUR SCENE LE SAMEDI 19 septembre — Festival Les Vendanges Musicales de Charnay-en-Beaujolais avec Ofenbach, Bekar et Leonem
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