LUMIERE 2026 : Todd Haynes, cinéaste des femmes victimes des constructions sociales
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Maître de la mise en scène et formaliste génial, le cinéaste américain Todd Haynes tisse depuis le début des années 1990 un cinéma d'une puissance hors du commun. |
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Depuis ses débuts, Todd Haynes ausculte les identités, le désir et les normes. Avec audace, exigence et intransigeance, tant dans sa mise en scène que dans sa manière de produire, il questionne les normes sociales, sexuelles et artistiques. Il sera au festival Lumière dès l'ouverture, le samedi 10 octobre, et sera accompagné de sa productrice, Christine Vachon, figure historique du cinéma indépendant américain, qui a notamment accompagné John Waters, Richard Glatzer et Todd Solondz.
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À ses débuts figure emblématique du New Queer Cinema, puis réalisateur majeur du cinéma indépendant américain, Todd Haynes aime mettre en scène la contre-culture, tout en rendant hommage à ses maîtres : Alfred Hitchcock, Douglas Sirk et Jean Genet. Grand directeur d’actrices et d’acteurs, sa rencontre avec Julianne Moore pour Safe, en 1995, est une révélation. L’actrice devient l’une de ses plus grandes partenaires artistiques et joue également dans Loin du paradis et May December. Cinéaste engagé, Todd Haynes place l’émancipation des femmes au cœur de son œuvre. Il s’entoure notamment de Cate Blanchett, Kate Winslet et Natalie Portman.
Safe, son deuxième long métrage, qui ressort en salles le 21 octobre, a constitué une étape majeure dans le début de sa carrière. L’environnement social, ici la Côte californienne luxueuse et hygiéniste, est toxique, à travers son organisation, son architecture, les loisirs qui s’y pratiquent. Epoustouflante, Julianne Moore, qui n'est qu'aux prémisses d'une future carrière de la star hollywoodienne qu'elle sera quelques années plus tard, confère force et fragilité à cette héroïne qui devient soudainement victime de son environnement, aux deux sens du terme, tant sa vie étriquée bourgeoise, dont la mise en scène souligne l'aspect artificiellement aseptisé que cet air vicié qu'elle respire dont les images en télévisuelle mise en abîme nous prouvent la dangerosité. Chez Haynes, les femmes sont souvent les principales victimes des constructions sociales qui les entourent. Dans Safe, comme dans Poison, comme elles sont confinées à la vie de femmes au foyer, elles se trouvent déjà dans un monde très restreint. Au début du film, elle ressemble à une poupée Barbie, joliment habillée et parfaitement coiffée. Plus le film avance, Carol, la protagoniste du filmplus la maladie prend de l’ampleur dans la vie et dans le corps de Carol. Elle devient marquée, de plus en plus maigre. Dans des plans larges à la composition géométrique, Julianne Moore apparait presque comme noyée dans son environnement devenu hostile. L’angoisse est de tous les plans, insidieuse, et le spectateur sidéré et impuissant assiste à la lente décomposition de Carol.
![]() À la fin des années 1990, Safe a été désigné, dans le sondage du Village Voice mené par soixante critiques, comme le meilleur film de la décennie. Sa ressortie en salles et sa présentation lors du Festival Lumière est l'occasion de redonner à ce film mal aimé à sa sortie toutes ses lettres de noblesse.
Restauration 4K Sony Pictures Entertainment supervisée par Todd Haynes, avec le soutien de Chanel.
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