Baz'art  : Des films, des livres...
8 novembre 2011

Cet instant là: Douglas Kennedy passe à l'est

cet-instant-laVous avez du remarquer que, dernièrement, j'ai rédigé bien plus de billets consacré au cinéma (avec un certain succès je dois dire, merci Hello Coton) qu'aux livres. Et ce, alors que, depuis le début de mon blog, j'avais pour  préoccupation première de jouer scrupuleusement la régle de l'alternance.

 La raison à ce changement est simple : après Freedom qui m'avait déja fait consacrer énormement d'heures à sa lecture, je me suis retrouvé plongé dans un nouveau pavé de 500 pages, un de ceux que tu  dois lire sans sauter un paragraphe si tu ne veux pas rater un élément clé de cette intrigue aux rebondissements multiples.

Ce livre, c'est bien entendu Cet Instant là, le dernier roman de Douglas Kennedy que j'ai eu l'occasion de recevoir gratuitement grâce à Babelio et son opération Masse Critique.

Douglas Kennedy, c'est un des très rares auteurs dont j'achète et lis absolument tous les livres, dès leur sortie, et en grand format s'il vous plait. Je me souviens l'avoir rencontré lors d'un salon du Livre à Paris il y a quelques années, alors qu'il n'avait pas atteint toute la renommée qu'il a désormais, et si j'étais tout intimidé en bredouillant quelques mots d'admiration, il m'avait semblé être, de son côté tout géné et trés touché en les recevant (et pourtant à l'époque, j'avais pas encore fait la une d'HC:o).

Depuis, je lis donc sa fournée annuelle sans exception (il n'y a que son essai sur l'Egypte Au delà des Pyramides que j'ai dans ma bibliothèque, mais pas encore lu), un peu comme je vais voir un Woody Allen :  je ne rate aucune de leurs oeuvres, et ensuite je les classe à l'aune de l'ensemble de leur bibliographie ou filmographie respective : soit un très grand Kennedy ou Allen, soit un mineur.

Et alors, vous allez me demander, la cuvée kénédienne 2011 est t- elle un bon millésime ou un plus modeste?

Disons, pour répondre immédiatemment à cette insoutenable question, qu'il est entre les deux : à la fois un bon cet-instant-la-de-douglas-kennedy_largeroman passionnant, et en même temps avec quelques défauts qui l'empechent de le situer parmi ses meilleurs romans ( comme La Poursuite du bonheur ou les charmes de la vie conjugale).

Parmi les nombreuses qualités du roman, on peut d'abord saluer l'énorme ambition de Kennedy : l'auteur, qui a vécu quelques mois à Berlin en 1983, donc en pleine guerre froide, a voulu situer l'intrigue de Cet Intant là dans cette ville, et à cette époque là précisemment.

Enfin, plus précisemment, une partie de l'intrigue puisque l'histoire commence dans le Maine, où le narrateur, Thomas Nesbitt, la cinquantaine fatiguée, reçoit, en même temps que sa notification de divorce, un courrier provenant de Berlin et qui va le faire replonger 25 ans en arrière lors de son séjour professionnel dans le Berlin d'avant la chute du Mur...

Cet instant là est donc un roman à la fois divertissant (Kennedy n'a rien perdu de son talent de "page turner") et  en même temps trés instructif dans sa partie chronique politique, puisque toute la partie sur le Berlin de cette période est absolument bien rendue; Kennedy  ayant ajouté à ses souvenirs personnels, une vraie recherche documentaire. Ce livre fait d'ailleurs écho de façon revendiquée à un film qu'il a beaucoup aimé, La vie des autres, et comme j'ai vu ce film trés récemment, j'ai pu faire le parrallèle, puisque dans  les  deux histoires, il est question d'auteur dramatique vivant en RDA et qui écrit des pièces jugées subversives pour le régime totalitaire en place.

Mais Cet instant là est avant tout,  et contrairement à La vie des autres,  une histoire d'amour passionnée et forcément tragique, car broyé par l'Histoire. Cette même histoire, qui par le force de son souvenir, restera dans l'esprit de Thomas, même 25 ans, un mariage, et  un enfant après. Et hélas, et étrangement, car Kennedy nous a déja habitué à trousser des histoires d'amour poignantes, c'est dans cette veine sentimentale que le bat blesse. Sans doute ai-je été légèrement influencé par quelques articles sur les blogs (celui d'Océane notamment) qui reprochait au livre une certaine miévrerie dans le coté histoire d'amour,  mais quoiqu'il en soit, ce coté un peu roman de gare, du moins dans certains dialogues m'a un peu géné. Prenons un petit exemple, pas complétement au hasard:

"- oh, toi, toi... 

- dis moi que tu m'aimes

- je t'aime

- et moi je t'aime"

Bon je veux bien que quand on vit dans la passion, on est vite  pris par le côté fleur bleue (c'est ce que m'a rétorqué ma copine qui  a tout aimé dans ce livre, elle), mais à l'écrit, ce genre de dialogue passe bien mal la rampe.

Par ailleurs, j'ai regretté que certains personnages secondaires sont, soit caricaturaux (sa femme américaine, froide, hautaine, sans relief; le collègue polonais de la radio, assez odieux de bout en bout), soient intéressants mais sacrifiés et complétement oubliés au fil de l'intrigue (par exemple son colocataire peintre et l'amant turc de celui-ci).

Ces réserves émises, le livre reste quand même d'excellente tenue, et , surtout, est rehaussée par les deux parties finales (le livre en comprend 5 ), notamment la 4ème partie, composé du journal intime de Petra, qui nous révèle une autre facette des évenements vu précédemment à travers l'oeil de Thomas, et qui nous permet de mieux appréhender l'indicible et la monstruosité humaine. Quant à la dernière partie,  qui voit Thomas revient à Berlin une fois le manuscrit découvert, elle boucle la boucle d'une épatante façon, toute en tristesse et mélancolie.

En résumé, Kennedy aurait pu peut etre encore mieux faire, vu les chefs d'oeuvre auxquels il nous a habitué, mais, néanmoins, en l'état actuel des choses, il n'a pas raté son voyage à l'Est

 


Le cinéma de DOUGLAS KENNEDY
  Et ce que j'aime aussi énormement chez cet auteur, c'est son amour inconditionnel du 7ème art, et qui transparait dans tous ses livres (notamment dans la Femme du Vème, dès la semaine prochaine en salles), et voici une petite vidéo où l'auteur nous parle de ciné. 

Critique qui peut également participer au challenge 1% littéraire.

Commentaires
F
@ princesse soma : cul de sac c vraiment génial je trouve mais différent de ses autres...<br /> oui si tu as aimé la vie des autres il ya une chance que tu aimes celui la ;o)
Répondre
F
trés franchement, ned allen c son moins bon je trouve... maintenant oui je pense que tu es exigente, plus que moi... un peu comme je le suis avec le cinéma US :o)
Répondre
P
Je ne partage pas vraiment ton enthousiasme pour Kennedy. j'ai lu Les désarroi de Ned Allen et Une relation dangereuse et je n'ai pas été emballée plus que ça. Attention, je ne dis pas que je n'ai pas aimé, ça se lit vite et bien, l'intrigue est cohérente mais je trouve que ça s'oublie aussi vite que ça a été lu. Bon, après, comme je te l'ai dit, je suis très difficile en littérature donc ça doit plus venir de moi que de lui ! Ou alors je n'ai pas lu les bons ivres, ce qui est possible aussi...
Répondre
P
J'aime Douglas Kennedy & je l'ai découvert avec L'Homme qui voulait vivre sa vie... et j'ai attendu ensuite toutes les parutions de ses bouquins ! Je l'ai connu avec cul de sac, devenu piège nuptial...<br /> J'adore ! Parfois qq déceptions, ms cela reste un bon moment de lecture !<br /> Alors là, tu fais le paralèle avec La vie des autres, film sensationnel ! Je fonds...<br /> J'avoue avoir lu ta critique en diagonal par peur de trop en apprendre.<br /> J'ai un peu calé, je crois que j'ai les 2-3 ? dernier à lire...
Répondre
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 367 386
LE FESTIVAL DU FILM DE LAMA DÉVOILE SA PROGRAMMATION !
 

 

Cette année encore, pour sa 32ème édition, le Festival du Film de Lama vous propose une programmation qui ravira petits comme grands, faisant une belle part aux œuvres présentées au Festival de Cannes avec des films venus du monde entier. Comme l'indique la devise du festival, rendez-vous aux "Chroniques d'un village monde" !
 
Le festival s'ouvrira sur le film de Sarah Arnols L'espèce explosive, présentée à la Quinzaine des Cinéastes cette année et mené par Alexis Manenti, Ella Rumpf et Vincent Dedienne.
 
Pour continuer sur cette lancée cannoise, le festival aura l'honneur de vous présenter La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet mais aussi Notre Salut (Prix du Scénario - Festival de Cannes 2026) d'Emmanuel Marre, Minotaure (Grand Prix de Cannes 2026) de Andreï Zviaguintsev, La Bola Negra (Prix de la mise en scène - Festival de Cannes 2026) de Javier Calo et Javier Ambrossi ou encore Histoires de la nuit de Léa Mysius.
 

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

DE L'ÉCRIT À L'ÉCRAN MONTELIMAR FILM FESTIVAL 15 ème édition

DU VENDREDI 18 AU JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026- Montélimar


Le festival De l'écrit à l'écran revient en septembre 2026 pour sa quinzième édition.
Véritable temps fort de l'action culturelle menée par l'association éponyme, le festival conjugue au présent cinéma et littérature, crée des ponts inter-culturels et interartistiques stimulants et enrichissants. Il s'articule autour de 3 axes fondamentaux: ce qui s’écrit, ce qui se dit et ce qui se pense, sur la toile comme au-delà, et les met en lumière. En 2025, le festival a accueilli plus de 147 invités, organisé 140 événements dont 89 séances de cinéma et réuni plus de 33 000 spectateurs.

De l'écrit à l'écran - Cinéma Festival - Montélimar - 2024 | De L'écrit à l'écran

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
171 abonnés