Baz'art  : Des films, des livres...
26 juin 2012

Journal de France: Depardon fait la une!!

critique-cinema-journal-france-L-RIaJcZJe pense l'avoir déjà mentionné sur ce blog : je ne suis pas forcément un fou de documentaires, même ceux qui passent sur grand écran: ma prédilection pour la fiction, qu'elle soit littéraire ou cinématographique l'emporte quasiment toujours sur le document, très souvent trop frontal pour que je puiss y adhérer, malgré le talent de certains documentaires pour personnaliser leurs oeuvres.

Cela dit, une exception vient confirmer cette règle, et elle (il) s'appelle Raymond Depardon.

En effet, le premier film documentaire que j'ai vu au cinéma, c'était Délits Flagrants, vu en 1994 dans la continuité de mes études de droit, car, pour la première fois avec ce film une caméra était accepté dans le bureau d'un procureur général. Ce film m'avait fait l'effet d'un coup de poing tant ce chef d'oeuvre de perfection dans le cadrage et la mise en scène nous permettait  une polongée critique du système judiciaire français.

Je pensais que c'était sans doute parce que le sujet était en prise direct avec mes études que j'avais tant adhéré à ce documentaire (et l'autre documentaire  sur le système judiciaire qu'il réalisera 10 ans après, 10e chambre, instants d'audience me bottera tout autant), mais le fait est que d'autres films de Raymond Depardon que j'ai pu voir par la suite sur des sujets compléètement différents auront produit le même effet sur moi :  Afrique comment ca va avec la douleur, Profils Paysans , et surtout 1974, une partie de campagne, journal de campagne du président Giscard D'estaing tournée en 1974, qui aura été censuré à sa sortie par le président en exercice, et diffusé à la télévision et au cinéma que 18 ans après, qui nous montre la politique comme elle n'avait jamais été montrée à l'époque.468467-raymond-depardon-2

Il faut dire qu'avant d'être cinéaste, Depardon est surtout un photographe de renom et de talent, fondateur de l'agence Gamma, et cela a une incidence sur la beauté de ses plans, ainsi que sur la qualité du regard de Depardon, toujours à la bonne distance, comme seule un photographe sait y être.

Depardon a carrément inventé une marque de fabrique du photo-reportage, et il était normal qu'un film rende un hommage à son oeuvre, film que je suis allé voir la semaine passée en salles, grâce à Télérama.

Journal de France est donc une sorte de rétrospective, proche parfois de l'hagiographie, des 45 ans de carrière de Depardon, un hommage rendu par la femme qui le connait sans doute le mieux, sa compagne, Claudine Nougaret, productrice de cinéma, ingénieur du son, rencontré voilà plus de 25 ans et qui, dès lors, a collaboré avec Depardon à chacun de ses films.

Le film mêle en fait deux projets en un : d'une part, une chronique de la pérégrination du photographe, cherchant à faire un livre de photos sur les coins les plus reculés de la France et de l'autre part, un montage de séquences inédites des différents films documentaires du cinéaste, assemblés par Claudine Nougaret.

Claudine Nougaret, a ainsi rassemblé 25 ans de documents, photos, films et archives qui retracent toute la carrière de ce dernier et toute une partie de leur histoire à tout les deux. "Nous sommes restés fidèles à notre ligne directrice de départ, à savoir : filmer Raymond Depardon sillonnant la France en camping-car avec son appareil photo alors que, dans le même temps, se réalisait son rêve de journal de voyage composé de fragments inédits de tous ses films de cinéaste",

JOURNAL+DE+FRANCE+PHOTO5-600x334Si cette seconde partie pourrait faire penser à des bonus cachés que l'on trouve dans certains DVD, j'avoue que c'est la partie qui m'a le plus passionné du film, car certaines de ses scènes sont d'une force et d'une intensité assez incroyable (un hopital psychiatrique à Venise où les patients sont totalement laissés à l'abandon;  un passage du film sur VGE montrant que l'homme était un monstre de stratégie, une otage française au Tchad en 1975 criant son désarroi et son sentiment d'abandon...)  Des premiers pas de Bokassa, pas encore dictateur, aux mercenaires du Biafra, le cinéaste passe ainsi sans transition à la révolution tchèque de 1969, filmée et montée dans un crescendo ahurissant.

Bref, ces images sont  vraiment superbes, tantôt drôles, tantôt tristes, tantôt émouvantes. Ces regards de filles croisées dans le Paris des années 60 ont quelque chose d'hyptonique qui explique le succès et la fascination qu' aexercé Depardon dans les générations de photographes qui l'ont succedé.

En revanche, la partie documentaire sur le voyage de Depardon, suite à son projet de silloner la France profonde au film de ses pérégrinations provinciales m'a paru moins passionnante, le photographe,de nature très pudique, n'ayant finalement pas grand chose à dire sur son travail, à part des explications techniques non intelligible pour le néophyte,  sur les appareils et les méthodes qu'il utilise  pour son travail. Cela étant, même au gré de cette déambulation un poil trop lympathique, Depardon aura le chic pour trouver un endroit absolument magnifique (tel que ce grill complètement abandonné) que seul son oeil d'expert peut débusquer.

Bref, Journal de France (au titre trompeur, car il nous amène dans des contrées bien plus lointaines que notre simple hexagone) est un documentaire qui possède énormément de qualités, tout à la fois mystérieux, atypique, percutant,  et  singulier; bref toutes qualités qui correspondent parfaitement à son auteur.

 PS : et il me reste une place pour voir le film. Jusqu'à ce soir, les personnes interessées peuvent me dire en commentaire, et je tire au sort le cas où....

 

Commentaires
F
@mydiscoveries : oui, en espérant qu'il joue encore...il disparait assez vite de l'affiche quand meme<br /> <br /> @potzina : disons que pendant la projection j'avais qq réserves, mais en fait mon billet étant surtout un hommage au bonhomme, l'enthousiasme l'emporte oui j'espère que tu le verras car niveau photogénie c vraiment à voir:o)
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P
C'est ce que j'appelle être emballé ! Ton enthousiasme est communicatif, je crois que mon ciné doit le projeter bientôt, si j'ai l'occasion j'irai le voir :)
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M
J'aimerais beaucoup voir ce documentaire, merci pour ta critique! Je vais en France la semaine prochaine, j'espère avoir le temps ;o)
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