Baz'art  : Des films, des livres...
3 septembre 2012

J'ai interviewé les cinéastes de la cause et l'usage!!

la_cause_et_l_usage__300Comment cela, vous n'avez pas entendu parler de ce film, la cause et l'usage? Eh bien, rassurez vous, tout cela est bien normal, car, hélas, ce film, qui sort mercredi prochain en France, bénéficie d'une sortie ultra confidentielle et d'un très faible nombre de copies France (5), malgré sa sélection au Festival du Cinéma du Réel 2012, où il a d'ailleurs décoché le Prix des Bibliothèques et Mention Spéciale du Jury Jeune .

Et  d'ailleurs, en ce qui me concerne,  si je n'avais pas été contacté par un attaché de presse  (merci à toi Jonthan) qui travaille avec la société de distribution du film, la bien nommée Independencia, je serais certainement passé à coté de cet excellent documentaire que j'ai eu la chance de voir dans la foulée qui aborde un sujet de plus en plus usité par le cinéma français, les coulisses du monde politique français.

Le film s'arrete en fait sur un cas bien spécifique de la politique française, la mainmise sur la ville de Corbeil Essonnes, dans la banlieue parisienne,  du multimilliardaire et capitaine d'industrie Serge Dassault.

Dassault a en effet été élu maire de la ville depuis 1995, avant de voir sa dernière élection invalidée par le Conseil D'argent en raison de malversations financières. Déclaré inélégilible, cela ne l'empechera pas de repartir en campagne pour soutenir  "son" candidat, .Jean-Pierre Bechter (UMP),  son fidèle bras droit.

J'avais un peu comme tout le monde entendu parler de  ce scandale forteth_causement médiatisé, illustrant bien les dérives de la sphère politico financière, mais je ne m'étais pas vraiment attardé sur le sujet, et sur les retentissements que cette nouvelle élection pouvait avoir sur la ville de Corbeil Essonnes et ses habitants, ce à quoi le film répond frontalement.

Le film part en effet à la rencontre des acteurs de la vie politique de Corbeil-Essonnes, candidats, militants et habitants, dans l’espace public. Il les suit dans leurs débats et révèle un certain état de la démocratie, de la situation politique nationale et d’une société en crise : crise du logement et des entreprises locales, désœuvrement des jeunes, discrédit des hommes politiques.  Serge Dassault est au cœur de tous les débats, de toutes les conversations. Malgré son inéligibilité, tous savent que c’est lui qui sera élu ou battu à l’issue du scrutin.

Même si l'on peut être un peu perturbé dans les premiers instants du film par un parti pris d'un cinéma brut, pris sur le réel, où il faut bien tendre l'oreille pour capter les conversations, force est de reconnaitre que le film atteint formidablement son but.

En laissant le spectacteur penser par lui même sans qu'une voix off vienne lui faire un quelconque commentaire, le film a une force et une hauteur de vue diablement efficace. Le film ne diabolise pas ouvertement Serge Dassault, et ses méthodes pour les moins condamnables, et on s'interroge forcément lorsqu'on voit les jeunes des quartiers populaires s'enthousiasmer pour lui, et surtout pour l'image qu'il véhicule, à travers notamment son lien décomplexé à l'argent.

Sans jamais verser dans le manichéisme ni dans l'angélisme, en poussant les autres partis à afficher leurs propres limites, les auteurs témoignent d'une vraie intelligence  de metteur en scène et d'une vraie réflexion en amont du film.  Ces metteurs en scène, ce sont Dorine Brun, ancienne étudiante en sociologie qui avait déja fait un documentaire sur la Sicile, où elle a vécu, et Julien Meunier, à la fois auteur de BD et documentariste

Bref, j'avais bien envie d'en savoir plus sur les motivations de ces jeunes gens sur le beau film qu'ils ont réalisé, et comme Julien Meunier était en vacances, c'est Dorine Brun qui a pris la peine de me répondre :

brunEntretien exclusif avec Dorine Brun, la coréalisatrice du film :

Blog baz'art : Quel est le point de départ de ce film?

Dorine Brun : Nous sommes tous les 2 originaires de Corbeil Essonnes. Nous avons grandi dans cette ville pendant que son paysage politique se transformait : le passage d'un maire communiste à un maire milliardaire, mais aussi l'évolution des quartiers, le déclin de la vie industrielle. Lorsque l'élection de 2008 fut annulée, nous nous sommes dit que les circonstances allaient nous permettre de rendre plus saillante les pratiques et les positions politiques de chacun. Nous voulions aussi connecter cela à des éléments particuliers de la ville de Corbeil : l'impact de l'argent de Dassault dans les quartiers populaires, son influence sur la vie industrielle, sa position de patriarche, le culte de la personnalité à l'oeuvre...

Pourquoi ce parti pris d'éviter à tout prix l'explication en voix off?
Nous avons pensé le film autrement. Nous concevons le spectateur comme étant un être libre de se forger son propre point de vue. Nous avons fabriqué notre film afin qu’il puisse alimenter un débat public et qu’il donne à penser. Avec le choix de la prise de vue directe et engagée dans l’espace filmé, nous avons choisi de plonger le spectateur dans des moments de la campagne significatifs pour nous. Ce sont des instants T dont nous avons tenté de restituer la force et une certaine vérité. Associée à un montage qui découpe peu les séquences, la prise directe sans commentaire a sa force cinématographique. Elle est aussi l’indice d’une morale car cela signifie que les cinéastes n’instrumentalisent pas la parole enregistrée. Ensuite le film s’écrit dans l’articulation des séquences que nous avons sélectionnées et induit des pistes de réflexion que nous proposons mais cela ne se présente pas comme une vérité et reste dans un débat ouvert avec le spectateur.

 Et qu'en ont pensé en règle générale les habitants de Corbeil-Essonnes, notamment en ce qui concerne l'image de la ville donnée par votre film?

Les habitants qui ont assisté à cette première projection étaient principalement des militants de l’opposition à Serge Dassault. Certains nous ont dit que le film ne rendait pas compte de la lutte qu’ils avaient menée. Ceci est vrai, dans une certaine mesure. A Corbeil-Essonnes, l’opposition est très divisée et nous ne voulions pas compliqué le film en racontant ces divergences. On entend cependant des paroles d’opposition dans le film, mais il semble que les spectateurs retiennent davantage ce qui concerne Serge Dassault et sa politique.
Nous avons privilégié les séquences fortes de la vie publique, comme des scènes de rue ou de marché, sans tenir compte de l’appartenance politique des uns et des autres. Nous n’étiquetons pas les gens avec leur couleur politique pour que le spectateur les écoute sans a priori. Nous voulions que les paroles soient davantage reliées au contexte social et urbain qu’aux idéologies des différents partis, qu’elles s’inscrivent dans le contexte d’une ville aux forts contrastes sociaux, celui de la crise des industries locales et du fort chômage des jeunes.

Est ce que le tournage a posé des problèmes?

Nous avons eu la chance de tourner sur 3 mois environ, ce qui nous a permis de prendre notre temps pour pouvoir approcher les militants et les habitants. Une fois que les rapports ont été établis, les choses ont été relativement simples. Les fonctionnements malsains et les rapports de fascination à l'argent sont tellement intégrés à la vie de orbeil qu'il a été possible de filmer tout cela sans que la caméra ne choque personne.

Bien sur, il  ya eu quelques difficultés, pour tourner dans des quartiers populaires, ou pour approcher certains partis, mais rien d'autre que cefront_causeusage1 à quoi nous pouvons nous attendre.


- Est ce que Serge Dassault ou son entourage a visionné votre film, et si oui, avez vous eu un retour?
Nous avons invité l’équipe de Serge Dassault à une première projection du film où ils ne se sont pas rendus. Nous ne savons donc pas si S. Dassault a visionné le film jusqu’à ce jour.


Qu'avez vous cherché à dire réellement sur le personnage Dassault à travers ce film?

Serge Dassault fonctionne un peu comme une loupe grossisante sur une manière d'envisager et de pratiquer la politique. Son histoire et son aura sont singulières, mais aussi symptomatiques de certaines dérives. Ses casquettes de milliardaire, de sénateur, de capitaine d'industrie ont une force de frappe sur l'imaginaire collectif qui brouille toutc débat politique et démocratique. Sa présence dans le film cristallise une idée de ce que certains attendent d'un maire ou d'un politicien, et laisse voir tout le potentiel démocratique abandonné du même coup.

 Est ce que le film a eu un financement de la part des chaines de télévision, une programmation à la télévision est-elle prévue parallèlement à la sortie en salles?

A l’heure actuelle, le film n’a obtenu aucun soutien des chaînes de télévision mais nous espérons encore qu’il soit programmé.

Voilà une de mes toutes premières interviews exclusives sur ce blog, et je n'en suis pas peu fier, d'autant que le film vaut vraiment le coup, et ne va pas forcément être médiatisé à outrance. Ainsi, si vous (surtout les parisiens, hélas) passez devant un cinéma qui le diffuse, n'hésitez donc pas à y passer une tête, histoire de connaitre un peu plus les rouages du système politique français, sujet oh combien passionnant.

Commentaires
P
Félicitations pour cette belle interview rondement menée ! <br /> <br /> Encore un film qui donne envie, dommage qu'il ne soit pas davantage distribué ! :x<br /> <br /> Je suis étonnée que même ARTE ne s'y soit pas intéressée...
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F
merci à toi...tu en as fait de belles aussi :o
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M
Bravo pour cette interview Filou!
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DRÔLEMENT BIEN, LE FESTIVAL D’HUMOUR NÉ À BESANÇON, ANNONCE SON EXPANSION NATIONALE ET S’INSTALLE À LYON

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