Baz'art  : Des films, des livres...
15 mai 2014

Pas son genre, mon film français préféré de 2014?

pas-son-genre-critique-film-lucas-belvaux-loic-corbery-emilie-dequenne Après un début d'année que j'avais tendance à trouver pas bien folichon pour le cinéma français- même si le grand public qui encense des comédies françaises que j'ai un peu boudés ne pense pas la même chose que moi-, et, en attendant les différents films français qui seront projetés à Cannes en sélection officielle ou dans les parrallèles, et sur lesquelles je mise aussi beaucoup (dont j'ai parlé pas plus tard qu'hier), voici coup sur coup deux longs métrages sortis dans les dernières semaines d'avril qui me fait nettement changer d'avis.

Après l'excellent "Dans la cour" de Pierre Salvaldori dont je vous ai dit tout le bien que je pensais de lui il y a une dizaines de jours, est sorti la semaine suivante "Pas son genre", un film dont j'esperais beaucoup en regard de son sujet et de son metteur en scène (bien que j'avais été déçu par son précédent long  38 témoins sonnait parfois faux, et qui ne m'a pas déçu du tout, bien au contraire.

Car "Pas son genre" est avant tout une magnifique histoire d’amour, un genre certainement vu et revu au cinéma (enfin c'est les autres qui s'en plaignent),, mais dont, personnellement, je ne me lasse jamais surtout lorsque les cinéastes, comme l'a fait aussi Spike Jonze dans son "Her" ou Kechiche dans "sa vie d'Adèle", arrivent à apporter à ce genre aussi vieux que le cinéma un regard original et singulier sur cette rencontre  entre deux êtres qui n'étaient pas forcément destinés.

Ainsi, face àux arguments de ma propre mère qui se refuse à aller voir ce film,pourtant défendu par toutes les critiques (qu'elle a tendance à suivre autant que moi), au motif que l'histoire est la copie conforme de la Dentellière (adaptation d'un roman de Pascal Lainé "La dentellière"] portée à l'écran par Claude Goretta avec Isabelle Hupert qui voyait aussi une jeune coiffeuse d'origine modeste tomber amoreux d'un professeur plus aisé socialement, je lui ai rétorqué que le film de Claude Goretta est de 1978, et que s'il a fallu attendre 35 ans pour voir une histoire similaire, c'est quand même que la question d'une relation entre deux êtres a priori  complètement opposés n'est pas si traitée que cela au cinéma, et en tout cas pratiquement jamais avec la même  sensibilité que ne le fait Lucas Belvaux dans son nouveau film.

Car un des immenses mérites du scénario de "Pas son genre", c'est qu'il décrit ainsi en prenant son temps et sans jamais prendre de haut ses personnages cette tentative de relation entre ces deux êtres que tout oppose ; condition sociale, niveau culturel, le lieu géographique, l'éducation, les plaisirs de la vie, et dont la relation va peu à peu tenter de se  transformer en une relation tendre et amoureuse et où les deux pourraient y trouver leur compte. Les sentiments y sont explorés dans toutes leurs composantes, culturelles évidemment, mais aussi sexuelles ( à noter les très belles scènes d’amours sans aucune vulgarité ni voyeurisme aucun).

"Pas son genre" nous démontre de très belle façon à quel point l'amour et la passion sont de belles utopies qui, comme toutes les utopies, n'ont d'autre choix que de se briser face à la réalité sociale. La joie de vivre et l'insouciance de la belle provinciale face à l'arrogance inconsciente et la culture littéraire de l'autre nous entraineront forcément, sans spoiler la fin, dans une voie sans issue, au grand regret du spectateur (en tout cas du mien) qui aurait aimé croire à l'issue heureuse de cette histoire aussi chimérique soit elle.

On sait énormément gré à Lucas Belvaux de briser les a priori des deux milieux sociaux qu'il décrit, grâce à des dialogues sont très bien écrits qui mélangent avec grande pertinence le vocabulaire populaire avec celui d’une classe plus instruite, bien loin des caricatures ( si présentes dans les comédies françaises dont j'ai parlé au début de billet). Brisant les représentations inhérentes à leurs deux milieux, Lucas Belvaux prend surtout soin d'aimer terriblement ses personnages, et de nous les présenter avec énormément de bienvaillance dans le regard.  

Car, empêtrés pourtant l'un et l'autre dans leurs conventions et leurs reflexes liées à leurs statut social respectif, ce couple improbable suscite ainsi la sympathie et l'empathie des deux côtés, ce qui constitue assurément la force des très grands films (et le livre de Philippe Vilain que je n'ai pas lu, dont le film est tiré, était visiblement un poil plus condescendant sur ses personnages).

Et ce couple ne serait pas aussi passionnant à suivre sans l''interprétation du couple d'acteurs, à commencer par la sensationnelle Emilie Dequenne, bluffante, éblouissante d'une beauté, autant extérieure qu'intérieure. Le film doit énormément à son actrice principale, mais face à elle, Loïc Corbery plus habitué aux planches qu'au grand écran, se montre également extrêmement convaincant.

Bref, voilà un très beau film d'une sincérité bouleversante qui donne l'impression de pouvoir mieux comprendre le monde qui nous entoure, ce qui est une qualité essentielle du cinéma, et qualité pas si fréquente que cela dans la production courante actuelle. Alors, on attend de voir quels films hexagonaux qui sortira dans les 6 derniers mois pourra concurrencer celui ci, mais la barre est placée haute...

PAS SON GENRE Bande-annonce

Commentaires
M
Je suis totalement d'accord avec toi ! Je ne l'aurais pas mieux dit. Bon maintenant ça va être dur d'écrire mon article sans raconter exactement la même chose :) Bonne soirée Filou
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M
Ahhh nous voilà d'accord Filou, il faut déboucher le champagne!! ;)<br /> <br /> J'ai vu coup sur coup ce film et "States of Grace", ce dernier ayant eu finalement mon coup de coeur car il m'a beaucoup touchée, mais je recommande "Pas son genre" à tout le monde!
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C
La BA me donnait tellement peu envie que finalement le duo d'acteurs et la qualité du film m'ont facilement conquise :)
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C
Superbe article, qui me ferait presque regretter mon regard beaucoup plus acide sur le film…<br /> <br /> Navrée à ce propos, j'ai à nouveau publié le même article à quelques heures de toi…Désolée !<br /> <br /> Si j'osais, je dirai que ce sont les grands esprits …!!! :-)<br /> <br /> Belle journée !
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