Baz'art  : Des films, des livres...
16 mai 2017

AIR 2017 : Ce que nous avons perdu dans le feu, Marianna Enriquez

  Un recueil de nouvelles d'une Argentine qui a du mal à effacer

les monstres et les fantômes du passé...

Cette année, comme chaque année durant la dernière semaine de mai, Les Assises Internationales du Roman ( appellées aussi AIR)  réunissent du lundi 29 mai au dimanche 4 juin 2017.  à Lyon, (aux Subsistances)  des écrivains, journalistes, artistes, chercheurs, scientifiques et penseurs du monde entier pour des débats, tables rondes et entretiens auxquels ils prennent part et offrent un éclairage original sur des questions littéraires.

Parmi les auteurs invités la romancière argentine Mariana Enriquez,  qui vient de paraitre "Ce que nous avons perdu dans le feu (Éditions du sous-sol, 2017)  un recueil de douze nouvelles assez étonnantes, dans lequel l'auteur joue avec les codes du fantastique et flirte avec l’horreur, tout en évoquant le passé d’une Argentine où le suspense et l’humour s’entremêlent.

 

EDSS_ENRIQUEZ_COUVE_3D_PRINT"Tous les jours je pense à Adela.  Et si mes souvenirs ne surgissent pas au cours de la journée- taches de rousseur, dents jaunes, cheveux blonds trop fins, moignons à l'apule, bottines en peau de chamois- il revient la nuit quand je rêve."

A la lecture de ce recueil de nouvelles on peut dire, sans aucune hésitation, que l’univers de Mariana Enriquez est bel et  bien sombre, voire sinistre, et largement teinté de macabre.

Souvent ancrées dans le réel, les histoires qu'elle nous narre avec une paradoxale legereté n'en demeurent pas moins flirter très étroitement avec le fantastique avec des dimensions presque cauchemardesques dans lesquelles les monstres et les ogres ont toutes leur place.

En fait, si l'on lit entre les lignes, il est évident que Mariana Enriquez parle surtout et avant tout de cette Argentine d'aujourd'hui, qui a tant de mal à effacer ses monstres et ses fantômes du passé...

Quand l'auteur nous parle du terrible choix d'une mère junkie prête à vendre son enfant à des narco-traficants un peu comme les parents de l'Enfant des frères Dardenne, c'est évidemment pour nous dire à quel point la précarité et la misère gangrène L'Argentine des bidonvilles..

Et une autre nouvelle de disparition de jeune dans une caserne nous raconte à mots feutrés les disparitions liées à la dicature militaire de 1973.

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Les autres personnages qui peuplent le reste des nouvelles d'Enriquez , souvent des jeunes filles obsédées  et fascinées par la mort (comme cette anorexique qui voue une relation particulière avec un squelette cranien) sont également des incarnations de cette peinture sociale acerbe et amère, mais aussi parfois des autoportraits de l'auteur elle même...

En effet, ces personnages féminins, déterminés, forts et ambigus ont forcément quelque chose de Mariana Enriquez, elle qui a baigné pendant toute l'enfance dans une ambiance assez morbide, bercée par les histoires de sa grand mère, une de ces  Mères de la place de Mai rongée par cette dictature argentine qui laisse des traces 40 ans après,  même dans la littérature de ces petits enfants..

Incontestablement, Mariana Enriquez a plein de choses à nous dire, ce qu'elle fait superbement ,dans ce recueil de nouvelles  certes pas toujours très confortable pour le lecteur, et ce qu'elle ne manquera sans doute pas de faire lors de son passage aux Prochains Assises du Roman..  

Tout le programme de la manifestation se trouve ici

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