Baz'art  : Des films, des livres...
12 avril 2022

Nouveautés poches: notre sélection du mois d'avril 2022

  

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On vous livre en ce mardi conseil,  et quelques jours  seulement avant Pâques, notre sélection de livres poches dans nos lectures du mois d'avril  et une sélection idéale pour le week end pascal :

 1. Les lamentations du coyote, Gabino Iglesias; editions 10-18 ( 7 avril 2022)

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 "La frontera est un endroit maudit, un endroit où pour survivre, il faut être capable de se comporter comme la pire des crevures.

Tu as ça en toi, mijo. Ne le perds jamais."

Un an après Santa Muerte , le romancier américain d'origine portoricaine (et adepte du culturisme !) Gabino Iglesias continue d'explorer la question de la frontière et de la migration dans son nouveau polar aussi musclé (excusez la métaphore) que le précédent.

Un roman choral qui a pour cadre la Frontera, frontière séparant les USA et le Mexique et hélas tristement rendu célèbre par Donald Trump qui voulait la fermer
À en croire Gabino Iglesias, la Frontera est le décor idéal des violences les plus crues et les plus injustes qui feront naître des vendettas souvent terrifiantes et même une pincée de surnaturel…et le coyote du titre me diriez-vous ?
Quand on sait que c'est le surnom du passeur qui aide les mexicains à franchir la frontière vous pouvez vous doutez que le périple n'aura rien d'une partie de plaisir.
Un rythme effréné, des chapitres courts, un style noir brutal à souhait, un hyperréalisme qui laisse parfois entrevoir un peu de magie et de fantastique, des phrases uppercut au vocabulaire sec : Les lamentations du coyote reste pas mal dans la lignée de Santa Muerte.
Mais là où le premier roman faisait parfois penser à du Tarantino, ici on songe plus au Trafic de Soderbergh dans ce polar choral trempé à l'eau bénite, plus profond et tragique que le précédent.
En tout cas, comme pour le précédent, on ne peut que vous recommander ce polar bien écrit et toujours aussi bien traduit par Pierre SZCZECINER !

 

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2.Le passeur, Stéphanie Coste- Folio (mars 2022)

 "J’ai fait de l’espoir mon fonds de commerce .Tant qu’il y aura des désespérés, ma plage verra débarquer des poules aux œufs d’or. Des poules assez débiles pour rêver de jours meilleurs sur la rive d’en face."

Le sort des migrants est vu, dans ce beau roman de Stéphanie Coste, non pas par le regard de ceux qui font la traversée que ceux qui aident à le faire, avec des motifs souvent plus pécuniaires qu'humanistes.
Seyoum est l'un des plus importants passeurs de la côte libyenne. À Zouara, face à l'île de Lampedusa, il fait embarquer sur des bateaux de fortune des hommes et des femmes qui rêvent de jours meilleurs.
Seymoun se fait de l'argent sur le dos de tous ces hommes et femmes fuyant leurs pays devenus inhospitaliers, au premier rang desquels l'Erythrée.
À la veille de la dernière traversée de la saison, la tempête fait rage sur la Méditerranée, et Seymon se voit ramené à sa propre humanité, par la grâce d'une rencontre à part qui le ramène à son passé.
Pour son premier roman, Stéphanie Coste, qui a vécu en Afrique nous livre un roman aussi réaliste que romanesque, qui mine de rien nous dit aussi pas mal de choses sur la géopolitique .
Un roman immersif, au réalisme qui dévoile avec énormité de vérité les travers d'une humanité vacillante .
On découvre comment un homme qui a bâti son commerce sur le malheur de l'humanité n'est finalement pas le monstre qu'il parait être. Une écriture d'une grande puissance qui n'hésite pas à forcer le lecteur à regarder les plaies de notre société , mais qui n'oublie pas non plus de montrer l'espoir et la rédemption.

Hammet, Maggie O Farrell

 

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 Maggie O’Farrell, auteure de “Hamnet  nous transporte jusque dans l’Angleterre élisabéthaine pour percer le mystère de la mort du seul fils de William Shakespeare et de Anne Hathaway, qui porte le même nom que la pièce la plus célèbre du barde d’Avon.

On ne  connait de Maggie O’Farrel que ses écrits mais je l’imagine comme une écrivaine se lançant des défis. Après avoir relevé très haut la main avec I am, I am, I am l’exercice ’anti-biographie (elle parlait de sa vie à travers toutes les fois où elle a frôlé la mort), Maggie O’Farrel s’attaque avec Hamnet à un géant de la littérature anglaise : Shakespeare !

On avait peur d’être moins enthousiaste que tous les très bons retours lus et au contraire on a adoré Hamnet bien plus encore :

Pour que son récit soit enlevé et pas sentencieux, pour qu’il ne croule pas sous le poids du nom, jamais elle ne le nomme et c’est par les yeux de son

fils, dont l’existence reste peu connue et les causes de sa mort incertaines, qu’elle s’attaque à ce génie des lettres de l’Angleterre élisabéthaine.

Est-il seulement le personnage principal d’Hamnet ? N’est pas plutôt Agnès (Anne Hattaway, femme de Shakespeare) ? Son portrait de femme libre, indépendante, traitée de sorcière car elle soigne avec les plantes et a des dons de médium, est bouleversant face au deuil de son enfant.

Est-ce Hamnet lui-même, lui qui, dans la scène inaugurale du livre, court de pièce en pièce de la maison, pour chercher de l’aide alors que sa soeur est souffrante ?

L’une des forces de Maggie O’Farrel est de nous plonger dans la vie d’un jeune homme avec des désirs, des doutes, des peurs communs à bien d’autres jeunes gens et alors que l’intrigue se situe en 1596, dans la campagne anglaise, de rendre son récit profondément universel et touchant.

Maggie O’Farrel a voulu sortir de l’ombre ce petit garçon qui inspira la pièce Hamlet .

A travers ce pan de l’histoire, elle écrit un magnifique roman sur l’amour entre deux êtres (superbe scène dans le grenier), la maternité et le deuil parental auquel il est impensable de survivre. Et puis viennent les mots, l’art pour ressusciter celui qui n’est plus, pour rapprocher ceux que le terrible chagrin éloigne et sépare.

On pouvait craindre que le sujet lointain nous tienne quelque peu à distance, on y a vu au contraire de belles parentés avec notre époque comme cette puce qui transmet la peste de continent en continent avec les navires transportant des marchandises (cela égratigne l’idée que le covid serait lié à la mondialisation).

 4 Carole Fives, Térébenthine ( Folio, mars 2022) 

 

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"Lucie hausse les épaules : « Je ne vous comprends pas tous les deux, comment pouvez-vous continuer à peindre de façon si épidermique ! Comme si Duchamp n’était pas passé par là ! Plus personne ne peint depuis des siècles et vous vous obstinez ! C’est fini la peinture, mes potes, c’est mort ! »

Contrairement à la grande majorité de la presse qui avait été emballé, et malgré un sujet assez inattaquable sur le fond, nous n'avions pas été très convaincus par "Tenir jusqu'à l'aube",  le précédent roman de Carole Fives sur le sujet des mères célibataires dans des situations très précaires.

Notre chroniqueur avait en effet trouvé ce roman un peu artificiel  pour convaincre totalement, l'auteur semblant se placer un peu de haut  pour regarder ses personnages issus d'un milieu différent du sien.

Avec son nouveau roman « Térébenthine », du nom de cette huile utilisée comme solvant pour la peinture, on ne pourra lui faire aucun procès d'intention de ce genre .

En effet, on devine aisément  que l'auteur parle d'un sujet qu'elle connait vraiment personnellement, puisqu'elle a été elle méme étudiante aux Beaux arts de Lille, comme les protagonistes de son nouveau roman.

Au début des années 2000, la narratrice de son roman  et deux amis à elle, Lucie et Luc,  s'inscrivent  aux Beaux-Arts, la tête pleine de rêves et d’envie créatrices.

Hélas, ils vont vite être confrontés à des désillusions, actées par  des orientations que les étudiants semblent devoir inévitablement suivre, qui vont souvent à l'encontre de leurs choix inititiaux et leurs convictions profondes.

A cette époque- ce qu'on pouvait ignorer quand on est pas dans le milieu - la peinture est considérée comme  has-been.Et les professeurs , préférant se  tourner vers l'art conceptuel,  n'y vont pas avec le dos du pinceau ( sic) pour décourager et anéantir les rêves des peintres de nos jeunes étudiants plein d'illusions.

Les professeurs considèrent la peinture comme morte, et qu'il n'y en a plus que pour les installations vidéos ; la peinture étant devenue quelque chose d'assez underground, qu'on fait dans les sous sols cachés de la vue de tous.

Tentant de se défaire de ses dogmes arbritaires, les trois protagonistes de Térébenthine vont tenter de se battre pour leurs croyances, quitte à devoir faire des compromis et perdre au passage quelques sérieuses illusions  sur l'art, l'amitié et la vie.

Questionnant l'avenir de l'art dans sa globalité  , le roman de Carole Fives parle également du  fait qu’on semble souvent mettre de côté  les artistes femmes.  De façon subtile et profonde, le roman de Carole Fives nous fait en effet grandement  réfléchir sur la  des femmes dans le monde de l'art. 

Une peinture ( c'est le cas de le dire) d'un monde de l'art particulièrement snob, condescendant, dogmatique et aussi assez misogyne, mais d'où effleure quand même une certaine tendresse et une belle émotion,  amenant le livre plus loin que du coté de la charge trempée dans le fiel.

Un roman d'apprentissage aussi cruel que captivant et un portrait au vitriol d'une institution rarement décriée  avec une telle férocité.

 

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Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

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Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

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