Baz'art  : Des films, des livres...
25 juillet 2022

Le Best du OFF 2022 : Mon Top 3 des adaptations de romans sur scène

Vous qui nous lisez, vous devez savoir que nous aimons au moins autant lire des livres que voir des spectacles.

Alors quand on voit des adaptations... Voici mes trois favorites !

1) Mamie Luger au Théâtre des 3 Soleils 

                                                                  affiche Mamie Luger Avignon

Quel bonheur de voir un de ses coups de cœur sur les planches : Mamie Luger de Benoît Philippon, adapté par Josiane Carle et Carole Chevrier. Est-il nécessaire de vous présenter cette petite dame de 102 ans, qui n'a pas la langue, mais le Luger, dans sa poche ? Brièvement, car on imagine que vous en avez entendu causer de Mamie Luger. D'où elle tire son surnom ? Vous le découvrirez en allant au Théâtre des 3 Soleils à 19h30, pendant ce OFF.

Berthe (Josiane Carle) se retrouve en garde à vue, cuisinée par le Capitaine André Ventura (alias Antoine Herbez, alias Lino), pour avoir tiré sur des policiers. Un évènement qui s'apparente à l'arbre qui cache la forêt, car il n'est rien comparé à ce que la mamie va lui révéler, pendant cette garde à vue qui restera gravée dans ses anales... Et dans les nôtres.

Le travail d'adaptation de Josiane Carle et Carole Chevrier est excellent : on a tout (ou presque) ce qui fait le sel de ce roman noir, cynique à souhait, non dénué de sa dose d'émotions - vous dire que vous allez peut-être pleurer en entendant le récit de cette Mamie tout sauf cruelle, vous étonnera peut-être ? On en reparle après que vous l'ayez vu. Le duo Josiane Carle et Antoine Herbez fonctionne complètement.

La mise en scène nous donne l'impression d'être, tout comme le Capitaine, les dépositaires de ce récit hallucinant déployé par la vieille femme, qui nous fait parcourir l'Histoire à travers la sienne (et celles de ses défunts maris).

Des effets de lumière découpent habilement les parties dédiées au présent et au passé. Côté décors, une machine à café (qui sera très utile au capitaine), quelques bouteilles dissimulées dans un placard (très utiles, également) et un bureau suffisent à parfaire l'ilusion que nous sommes entre les quatre murs d'un commissariat lambda. 

Un dernier mot, et non des moindres, sur l'interprétation des deux protagonistes. Josiane Carle n'interprète pas Mamie Luger, elle EST Mamie Luger. Et Antoine Herbez complète avec vérité ce duo, jouant tour à tour la stupeur, la colère, et enfin une l'empathie qui le fait dégringoler de son piédestal - et fait valser ses préjugés.

Et je ne saurais que trop vous recommander de lire le roman qui en est à l'origine (disponible aux éditions Les Arènes / Livre de Poche) et qui est un véritable petit bijou d'humour noir.

                                                                                                                         Mamie Luger 4

Mamie Luger, jusqu'au 30 juillet au Théâtre des 3 Soleils, 4, rue Buffon, 84 000 Avignon 

2) La délicatesse au Théâtre Le Chêne noir 

Vous l'avez lu, sûrement, ce roman culte de David Foenkinos. Vu son adaptation sur écran avec Audrey Tautou, François Damiens et Pio Marmaï. Si vous aussi, vous êtes touché par la plume de l'auteur - auquel on doit également Charlotte ou encore Le Mystère Henri Pick - et par l'histoire d'amour hors du commun de Nathalie et Markus, poussez les portes du Théâtre du Chêne Noir pour découvrir son adaptation, sur scène par Thierry Surace et la Compagnie Miranda.

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Nathalie (Sélène Assaf) et François (Jean Franco) s'aiment, éperdument. Leur amour se scelle avec un coup de foudre et un jus d'abricot, se cristallise avec une bague à l'annulaire et se brise, après cet accident qui coûtera la vie à François. Tout ce qui semblait immuable au fabuleux destin de Nathalie, s'effondre, d'un coup. Elle tente de se reconstruire, faisant fi du manque de subtilité de son entourage, de l'indélicatesse de ce patron qui n'a toujours eu d'yeux que pour elle. Et c'est de la plus surprenante des manières, ou plutôt, aux côtés du plus étonnant des partenaires, que le goût de vivre lui reviendra.

Que cette mise en scène m'a semblée charmante !

délicatesse

Copyright : Site Compagnie Miranda

Un exceptionnel trio de comédiens, aussi émouvant que drôle, nous embarque dans le tourbillon de cette histoire, dont l'on ne perd pas une miette, dont on ne manque de savourer une réplique. Sélène Assaf campe une touchante et nostalgique Nathalie, tandis que Jean Franco incarne tour à tour avec brio ces hommes qui peuplent le cœur et l'esprit de la jeune veuve. Aussi à l'aise dans le costume étriqué d'un patron mangeur de Krisprolls que dans les pulls mal fagottés de Markus, Jean Franco se glisse dans plusieurs peaux, très différentes, avec un naturel déconcertant. Jérôme Schoof a, lui aussi, sa partition à jouer, dans le rôle de ce majordome qui semble omniscient, toujours là au bon moment pour apporter un nouvel accessoire ou en retirer un qui n'est plus d'utilité, jaugeant par moments, et avec une ironie tendre, les différents personnages du drame de la vie de Nathalie. La mise en scène donne un véritable coup de projecteur aux petits détails, qui s'inscrivent jusqu'aux motifs dessinés sur les vêtements, aux couleurs qui se font écho, en passant par un pot de fleurs inondées comme sous un puits de lumière, se fanant ou resplendissant au gré des élans du cœur d'une veuve sublime et éplorée. Autant de clins d'œil qui, eux aussi, nous font sourire, parfois à travers les larmes.

Une totale réussite.

La délicatesse, jusqu'au 30 juillet 15h30 au Théâtre du Chêne Noir, 8, rue Sainte Catherine, 85 400 Avignon 

3) Le journal intime d'Adam et Ève au Sham's Bar Théâtre 

Imaginez un plateau plongé dans le noir, uniquement éclairé par des guirlandes lumineuses, là pour délimiter l'indélimitable. Deux bien petits (et bien symboliques) objets viennent rompre cette régularité qui se précipite vers le sol : une rose et une pomme. Et c'est tout. Bienvenue au paradis. Une femme met un premier pied sur cette terre inhabitée - ou presque. Et ainsi démarre... l'Humanité.

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Nous faisons la connaissance d'un homme et d'une femme, dont la genèse de l'histoire a des airs de déjà-vu : ils ont commencé par s'ignorer, se jauger, se toiser (quelle est donc cette créature aux cheveux longs ?), s'agacer (comment la créature peut-elle décreter que cette chose est un "doo-doo" ?) avant de mutuellement s'intriguer (mais où est-il passé ?) et, par la force des choses, à nouer conversation, puis, par ce miracle qui arrive (parfois) sur la terre et ailleurs, à s'apprécier. Et à s'aimer. Leurs prénoms ? Ève (Carola Urioste) et Adam (Julien Grisol). Eux-mêmes.

Ils consignent dans leur journal leur quotidien au Jardin d'Éden, leur découverte émerveillée des alentours et des êtres vivants qui y ont aussi élu domicile. Leurs récits, souvent en décalage, nous amusent et nous touchent. Ils nous les livrent à nous, spectateurs, comme si nous étions leurs confidents, les témoins privilégiés en droit de lire (ou plutôt, d'écouter) leurs journaux intimes. Ils arrivent tous deux à tirer parti du petit espace qui leur est attribué. Leur éloquente façon de se positionner, par exemple, suffit à faire passer les (res)sentiments qu'ils nourrissent l'un envers l'autre.

Le texte écrit par Mark Twain est en soi une adaptation, celle pour la scène de trois ouvrages de l'auteur : Extraits du Journal d’Adam, Le Journal d’Ève et La Bible selon Mark TwainJulien Grisol (lui-même) a eu la belle idée de le revisiter et Mario Aguirre de le mettre en scène. Ils poussent tous deux l'audace jusqu'à introduire dans le texte des petits plaisirs d'aujourd'hui comme les bains à remous (et la sieste !) et des danses endiablées sur du Joe Dassin. On aurait bien envie de rester un peu plus longtemps avec ce couple, dans l'insouciance de la vie au paradis.

L'interprétation des deux comédiens sert parfaitement le ton du texte, drôle, profond, souvent touchant. Il n'aura pas fallu plus d'une heure pour nous attacher à eux. 

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Même si vous connaissez l'histoire des deux premiers hommes, on parie que vous serez, vous aussi, surpris. Et émus. 

À noter que l'adaptation par Julien Grisol est disponible aux Éditions des Cygnes.

 Le journal intime d'Adam et Ève, jusqu'au 30 juillet au Sham's Bar Théâtre, 25, rue Saint Jean Le Vieux, 84 000 Avignon 

 

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