gaminA en croire une grande partie de la presse lors de la projection à Cannes du nouveau film des frères Dardenne, le gamin au vélo, les  frères du cinéma les plus connus après les Coen auraient totalement bouleversé leur cinéma : de la musique dans les scènes, des acteurs professionnels et trés connus en vedette ( Cécile de France) et surtout  de la légereté et un peu d'optimisme dans leurs scénarios, eux les rois du réalisme social souvent sombre et glauque, où les personnages ne connaissent que l'égoisme et la trahison pour apprendre à survivre dans ce monde hostile.

Après  séance de visonnage de ce film, une nouvelle fois primé par les festivaliers ( par le grand prix ex aequo avec un film turc), je suis hélas en droit de modérer ce discours, pour ne pas effrayer ceux qui ne connaissaient pas trop l'univers dardénien et qui s'attendaient à voir une gentille comédie fraiche et anecdotique. Non, les frères Dardennes ne sont devenus des émules de  Judd Apatow ou de Luc Besson, et leur dernier  film  est quand même de la même famille que leurs précédents.

Encore une fois, on suit un personnage en pleine dérive et pleine rebellion contre cette société ( un garçon de 12 ans vivant en foyer qui fait tout pour que son père, égoiste et immature s'interesse à lui)  et comme dans leurs autres films, la caméra ne le lache pas d'une semelle. Pas de montage à 100 à l'heure avec ralentis et musique dégouliante;ici, une fois de plus, on est  à mi chemin entre le documentaire et la fiction, et une nouvelle fois, comme dans tous leurs films, je reste partagé entre les qualités évidentes et les limites de ce cinéma là.vélo

Comme on est au plus près de ces personnages, toutes les scènes frappent par la justesse et la véracité des situations: on  semble tellement être  dans la vraie vie, où tout peut arriver et rien ne fait artificiel comme dans certains scénarios holywoodiens. Les acteurs, une fois de plus, sont criants de vérité: jamais on a l'impression qu'ils jouent et le gamin en question est encore une révélation de la trempe d' une Emilie Duquennes révélée par les Dardenne il ya plus de 10 ans dans Rosetta. Cécile de France est au diapason et Jérémy Régnier, dans un rôle un peu similaire à celui qu'il jouait dans le dernier Dardenne le silence de Lorna est également trés convaincant. Le film est également certes un tout petit peu plus solaire que les autres ( la scène du pique nique dans l'herbe- vir photo- offre une petite  respiration salutaire) et ce soleil sied bien au cinéma de Dardenne.

Cela étant dit, et comme dans tous leurs films, je trouve que l'on ne ressort pas de ce film aussi ému que l'on voudrait. Le cinéma des Dardenne, à force de trop verser dans ce naturalisme social, reste toujours aussi sec et aussi froid. Evidemment, on est à mille lieux du pathos que les frères doivent détester plus que tout, mais j'aurais aimé  quand même un peu plus de lyrisme et de souffle pour que ce cinéma me transporte comme par exemple sur une veine similaire, les films de Ken Loach.