photo-J-enrage-de-son-absence-2011-2Dimanche de la semaine passée, alors que je pouvais voir avec ma mère et mon fils le tout dernier Asterix, j'ai décliné l'invitation ( fort dommage, n'est ce pas?) et suis allé, à la place, voir un film dont le sujet est à des années lumières des aventures comico-loufoques des irréductibles gaulois.

Car, après avoir lu l'année passée plusieurs histoires autour d'une mort d'enfant (Le fils de Michel Rostaing, Tu Verras de Nicolas Fargues et d'autres encore), j'ai du me dire que cette année, j'avais pas eu assez mon lot de ce genre de fictions, et qu'après les romans, il fallait voir du coté du cinéma.

Car l'histoire de J'enrage de son absence, la première fiction réalisée par l'actrice Sandrine Bonnaire (après son documentaire très remarquée sur sa soeur, Elle s'appelle Sabine"), est en effet tournée entièrement autour d'un décès d'un enfant, celui du petit Mathieu, 4 ans, mort à 4 ans dans un accident de la route, neuf ans avant le début de l'histoire.

De retour en France pour enterrer son père, Jacques, le père de cet enfant, retrouve celle qui fut sa femme, Madeleine,qui s'est remariée, a eu un autre fils, Paul.

Et c'est sur lui que la passion de Jacques se fixe, désespérée, dévorante, absurde. Une déraison, que le spectacteur peut bien sur plus facilement comprendre qu'une folie d'un psychopathe (car celle ci ne possède pas de repère rationnel auquel s'accrocher), n'est pas, pour autant, confortable à regarder, notamment dans le dernier tiers du film où l'existence de Jacques, déjà très tenue, ne se raccrochera qu'au lien avec cet enfant, celui qui vit encore, et qui servira à Jacques de bouée de sauvetage, à défaut d'être l'enfant de substitution dont il révait d'avoir.

Cette dernière partie, dérangeante à souhait, qui se passe pratiquement constamment dans la pénombre d'une cave où Jacques a pris place, n'est malheureusement pas assez forte et maitrisée pour susciter l'interet du spectacteur. La tension est là, palpable, mais l'intrigue est vraiment trop ténue pour captiver vraiment.

Cela est d'autant plus dommage que Sandrine Bonnaire avait largement réussi son examen de passage durant la première d'heure, d'excellente facture. Les premières scènes, en peu de mots, et de gestes, arrivent parfaitement à nous retranscrire l'acuité des sentiments et des douleurs enfouies entre ce couple qui se sont aimés follement, avant que la tragédie ne les bouleverse.

William Hurt, l'ex mari de Sandrine Bonnaire, livre notamment une prestation très impressionnante de fantôme qui ne vit que sur les souvenirs, et dont chaque parole semble être une souffrance et ses scènes avec Alexandra Lamy, dans  ce qui est sans contexte un de ses meilleurs rôles (avec peut -être ssa prestation dans le volet des Infidèles) sont très réussies. Par ailleurs, le petit garçon du film, d'une émotion incoyrable, est 100 fois plus convaincant que la plupart des gosses de cinéma.

En revanche, le personnage du mari actuel, joué plutôt fébrilement par un Aurélien Legrand (temporairement?) sorti de ses combats avec les Don Quichotte est moins convaincant, Bonnaire et Jérome Tonnerre, les coscénaristes ayant visiblement voulu resserer le film autour des 2 personnages principaux, cet être dévasté par le chagrin et ce petit garçon qui pourrait lui redonner gout à la vie, et les autres personnages semblent du coup être un peu sacrifiés.

En fin de compte, à cause de cette dernière partie ambitieuse, mais hélas un peu ratée, les premiers pas de Sandrine Bonnaire dans la fiction ne sont pas une complète réussite, mais reste tout de même à saluer pour l'ambition  et  l'intelligence de son sujet.