Critique : Seule la vie- Quand cinéma autrichien rime avec émotion
Dans les yeux d'un vieux clown, il y a toute la vie.
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On a tendance à considérer le cinéma autrichien comme un cinéma très froid, désincarné, un peu moralisateur, la faute en premier lieu à ses chefs de files qui courent les festivals, de Michael Haneke à Ulrich Seidl.
Heureusement, les festivals internationaux peuvent aussi nous dévoiler parfois une autre facette de la cinématographie autrichienne, et pas plus tard que cette année avec le beau "Seule la vie", présenté sous son titre original (Vier minus drei soit Quatre moins trois )lors de la dernière Berlinale.
Adapté du best-seller autobiographique éponyme de Barbara Pachl-Eberhart, Seule la vie d’Adrian Goiginger raconte comment Barbara une clown professionnelle travaillant dans le service pédiatrique d’un hôpital, son monde s’écroule lorsque son mari et son collègue clown Heli, ainsi que leurs deux enfants, sont tués dans un accident de voiture.
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Avec son monde détruit en une fraction de secondes, Barbara ne sait pas comment aller de l’avant, elle tente de trouver lentement une issue à l’obscurité du chagrin.
Barbara lutte avec la grande absence dans sa vie, elle devient de plus en plus isolée de ses proches et tente maladroitement de submerger son chagrin dans des clubs et un coup d’un soir raté.
Attention sujet casse gueule et potentiellement tire larmes d'autant plus qu'il est tiré d'une histoire vraie.
Heureusement Adrian Goiginger, dont c'est le premier long métrage à sortir dans les salles France réussit à se tirer avec un grand panache des pièges attendus.
Son film impressionne moins par la brutalité du drame qu’il raconte que par la délicatesse avec laquelle il accompagne les mouvements contradictoires du deuil : sidération, déni, résignation, chagrin … puis lente réappropriation d’une existence bouleversée à jamais.
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Le film suit avec énormément de sensibilité et en évitant le pathos les séquences traditionnelles d’un mélodrame sur le deuil et la perte d’une famille qui sont montrées sans qu'elles soient surlignées ni signalées.
L’utilisation de flashbacks non chronologiques se distingue comme un choix stylistique réussi et parviennent à mettre en évidence les effets psychologiques du deuil.
Cet équilibre sur le fil du rasoir est particulièrement évident dans la séquence où Barbara prend conscience de la gravité de l’accident et de l’impact médical de l'accident sur ses jeunes enfants.
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Le film s’avère toujours également touchant grâce à l'impressionnante performance de la comédienne Valerie Pachner, vue notamment dans une Vie cachée de Terence Malik, qui oscille entre effondrement et tentative pour rester dans la vie. Valérie Pachner exprime viscéralement le sentiment de choc profond et de tristesse de Barbara, ce qui rend d’autant plus émouvant son accès de chagrin après la mort inattendue d'un des membres de sa famille
La singularité du film repose aussi sur la façon dont est montré le déni chez Barbara avec son fantasme de voir sa fille revenir par le biais d’une nouvelle grossesse.
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Une autre scène forte du film qui résume le parti pris du cinéaste- est celle des funérailles qui apporte un contrepoids presque baroque à la solennité de l'instant.
L’événement rassemble des parents, des voisins et un grand groupe de clowns.
La procession, avec des artistes qui jonglent, crachent le feu et roulent à monocycles autour d’un grand cercueil et de deux petits cercueils sur un cimetière tout en chantant « Ol' Dan Tucker », une chanson dans l’église qu’Héli et les enfants adoraient, tout ceci transforme une scène attendue dans un film sur le deuil en un spectacle que l’on trouve habituellement dans les œuvres d’Alejandro Jodorowsky.
C’est le cœur même du film qui est traité dans cette très belle scène : chagrin et joie de vivre ne s’excluent pas mutuellement.
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Car sur un sujet- le pouvoir des clowns face au chagrin et à la souffrance, que Reda Kateb avait abordé dans son premier long métrage Sur le fil, le film fonctionne également comme un hommage à la pratique circassienne. Les clowns apportent aussi une dimension tragicomique et marquante au langage du film, aussi bien visuel que dans le propos.
Plus qu'un drame sur l'horreur qu'un telle tragédie entraine, le film montre que le plus important est l'importance de profiter des moindre instants de bonheur que la vie nous offre et de réussir à trouver au fond de soi la force de remonter des enfers.
Pas forcément le film le plus gai de l'été qui arrive, mais assurément un film profondément émouvant et digne.
SEULE LA VIE un film de Adrian Goiginger- En salles le 8 juillet 2026
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