vengeance-CDSi,  concernant mes gouts musicaux, je me suis toujours senti généralement un peu en décalage avec les gens de ma génération et la presse  "bien pensante", il existe au moins un artiste avec lequel mes gouts rejoignent quand même pas mal ceux de l'opinion publique: il s'agit évidemment de Benjamin Biolay.

En effet, comme une bonne partie des gens, je ne me suis vraiment mis à accrocher terriblement avec cet artiste en 2009 avec la parution de son album tellement adulé, la Superbe que j'ai écouté des heures et des heures en boucle, complétement scotché par la beauté des textes et la perfection des mélodies. Auparavant, je connaissais déjà Biolay, mais son univers m'apparaissait peu accessible, trop référencé ( trop proche de Gainsbourg aussi, notamment dans son phrasé), trop "bobo" (le gros malentendu avec ce type, issu de la classe moyenne), et surtout trop hautain, même si là, comme beaucoup de monde, j'avais tendance à confondre l'artiste avec l'homme et surtout avec l'image que les médias renvoyaient de lui.

Mais, donc, comme beaucoup d'autres, j'ai fait mon mea culpa avec la Superbe: rarement j'avais eu l'occasion d'entrer en osmose à ce point avec un disque, et rarement j'avais entendu une  telle oeuvre qui mêle aussi superbement( c'est le cas de le dire) le fond ( l'amour, le seul sujet qui vaille pour moi, mais écrit sans aucune mièvrererie et avec une rare poésie), et la forme (un lyrisme tellement juste et mélodique)

Et d'ailleurs, par un juste retour des choses, Biolay lui même nous avait enfin paru plus apaisé, plus serein, plus libre que jamais avait une trop image à vendre, certainement plus fidèle à ce qu'il est, et on était tous trés impatients et très curieux de savoir comment Benjamin allait pouvoir faire évoluer sa carrière après cette nouvelle étape de sa vie, post Superbe...

 Et ce n'est que deux  années à peine après– et un an après Pourquoi tu pleures?, le film et la bande sonore que Biolay revient à la charge avec une oeuvre dont le titre était assez étrange : pourquoi parler de revanche alors que pour la première fois de sa vie , tout le monde ou presque semble l'aimer?

Biolay n'en est pas à son premier contrepied, et c'est aussi pour cela qu'on l'aime, et ici, contrairement à la Superbe, qui envoutait dès la première écoute, pour revanche, il m'a fallu plusieurs écoutes ( et d'après les échos glanés ici ou là ,il ne me semble pas que je sois le seul) pour tomber dans les filets tissés par l'orfèvre.

La Superbe était effectivement, du moins en apparence, plus doux, plus tendre, plus voluptueux,  alors que là, dans ce Vengeance, Biolay a mis un peu de côté les cordes et la docueur pour aller vers un son un peu plus lourd, un peu plus brut, sans que cela ne verse non plus dans le saturé ni la fusion ( ouf!!) .

 Ce qui surprend aussi à l'écoute de ce disque, c'est la voix de Biolay, qui prend une ampleur jamais entendue jusqu'à présent, même si dans la Superbe, elle semblait déjà se libérer quelque peu : A presque 40 ans, sa voix prend (enfin?) une vraie assurance, et Biolay  ne murmure plus comme il le faisait sur Rose Kennedy  ( que j'ai réécouté juste avant la sortie de Vengeance, mais dont le débit trop chuchoté me génait vraiment)....

Mais si la forme change, le fond reste le même, à mon grand bonheur.  Car  en effet Biolay continue de ne parler que  d’amour, sur toutes les gammes, de la passation de passion (Aime mon amour) aux douleurs sentimentales (; Trésor, Trésor).  Mais loin d'une vision sombre et nihiliste de la vie et des sentiments ( qui était la gamme dominante dans ses albums avant la Superbe) , Biolay sait s'adonner à un authentique  hédonisme  en célébrant la vie, la pare de plusieurs couleurs. Et cela se ressent dans les orchestrations, et les chansons qu'il interprete en duo illustrent peut etre encore mieux que les autres cette nouvelle façon de voir la vie chez lui :  ainsi  son duo avec Vanessa Paradis Profite pourrait sans problème servir de bande originale à un feell good movie,  celui  avec l’Australienne Julia Stone, Confettis  est aussi léger qu'enchanteur, tandis que celui avec Oxmo Puccino, Belle époque, remémore de fort jolie manière  les soirées old school en mélangeant habilement pop et  hip hop. 

Car, contrairement à la superbe, les genres musicaux abordés par Biolay sont très variés et éclectiques : dans certains morceaux, Vengeance surfe sur un univers new wave, des sonorités électro-punk et psychédéliques, et évidemment le souvenir des années 80 se greffe devant nos yeux. Sur la plage 6, Marlène Déconne, Biolay arrive à trousser  l’un des titres les plus dansants de l'album , alors que paradoxalement, le texte est surement l'un des plus sombres ("oh mon amour je t’aime et tout ça me perdra; Toi mon amour tu m’aimes mais tu ne me touches pas")

Car Biolay possède ce génie bien à lui d'associer des rythmes et des  sonorités  qui provoquent chez l'auditeur des mouvements de corps et de coeur ....

 Oui, de coeur aussi, car Biolay ne serait plus Biolay s'il ne savait plus trousser des chansons d'amour aussi bouleversantes que La Superbe... Et personnellement, et de  très loin, la chanson la plus belle de l'album qui ne cesse de me bouleverser lorsque je l'écoute est la plage numéro 7 , Personne dans mon lit, ballade  absolument déchirante  sur une rupture sentimentale... que voulez vous, on ne se refait pas.....

Benjamin B., de son côté, lui, sait totalement se renouveller, et c'est aussi pour cela qu'il vogue actuellement à 100 coudées au dessus des autres artistes français du moment...Et vu que 95% des auditeurs, de ceux qui aiment la chanson française de qualité l'admettent sans détour, on peut dire que Monsieur Biolay n'a plus besoin du tout de se venger!!!!