peurJ'ai déjà tellement tendance à forcer la main à un peu tout le monde pour participer à tel challenge ou tel jury littéraire que lorsqu'on me vient me chercher pour m'en proposer un, je ne me vois pas faire la fine bouche et le refuser, d'autant plus quand ci s'avère être très excitant.

 Ainsi, lorsqu'Audrey, du service WebMarketing de Gallimard, m'a contacté pour me demander si j'étais intéressé pour recevoir et chroniquer  deux ouvrages qui sonnaient  le retour  en force de la collection Sueurs Froides des éditions Denoël (lié à la Maison mère Gallimard), je n'ai pas hésité un instant et j'ai accepté dans la foulée.

En effet, en ce début 2013,  les Éditions Denoël ont  eu  l'excellente idée de relancer la collection Sueurs Froides.  Créée   il y a cinquante ans, elle a accueilli les plus grands auteurs tels que Boileau-Narcejac, Sébastien Japrisot, Hubert Monteilhet avant de baisser papillon il y y a quelques années …

Début 2013, cette collection mythique renait donc de ses cendres pour accueillir une nouvelle génération d’écrivains, français et étranger, qui par leur voix singulière, sauront émouvoir, faire frémir et déranger le lecteur.

Et c'est avec deux romans, un français  de Sandrine Collette, Des nœuds d’acier et un autre américain  celui de Matthew F. Jones, Une semaine en enfer que les Éditions Denoël inaugurent la version 2013 de la collection. Du coup, j'ai recu les 2 ouvrages dans la foulée pour me faire ma dose de sueurs froides et de palpitations en tous genres.

Et, alors même qu'au vu de la nationalité de l'auteur et de l'histoire sur le dos de la couverture, je pensais largement avoir plus de plaisir avec un roman qu'avec l'autre, c'est le contraire qui s'est produit une fois que j'ai achevé la lecture de ces deux ouvrages.

Petite revue rapide de ces deux ouvrages, avec un résumé de leurs intrigues et mon avis :

1. UNE SEMAINE une-semaine-en-enfer-e-jones-9782207114247EN ENFER, Matthew F. JONES

   L'histoire  : Abandonné par sa femme et leur jeune fi ls, John Moore vit dans une misérable caravane en lisière de forêt, désabusé et aigri. Un jour, parti braconner, il croit tirer sur un cerf et abat en fait une jeune fille. À côté du corps, un sac plein de billets. Il dissimule le cadavre et prend largent. Cest sa première erreur. Les autres suivront… Un engrenage infernal qui broie celui qui a tenté de se révolter.

 L'auteur :  Matthew F. Jones vit à Charlottesville en Virginie. Il a écrit de nombreux romans noirs, ainsi que des scénarios de films. Une semaine en enfer est en cours dadaptation au cinéma. C'est le premier roman de Jones publié en France - il en a écrit six, celui-là est le troisième -

Ce que j'en pense  : Dès les premières pages, on se doute qu'on va entrer  avec ce John qui tue une fille à la place d'un cerf dans une spirale infernale qui va aller de mal en pis.  Le roman suit une semaine dans la vie de son (anti) héros, et celui ci cumulera chaque jour encore plus de déveine, de malheurs et de crasse en tous genre.   On comprend vite que chaque chapitre à venir va noircir le tableau de la vie morose de ce red-nek mal inspiré.

Le livre ne lache jamais son héros qui sombre progressivement dans un cauchemar le plus opressant, et on ne peut pas dire qu'il soit suffisament armé intellectuellement et moralement pour s'en sortir.

L'écriture de Jones est précise, coupante, tendue comme un arc, mais j'avouerai que l'intrigue et le personnage m'ont laissé un peu de glace : on pense évidemment beaucoup aux films des frères Coen où des redneck de l'amérique profonde  semblable à ce John se retrouvent également embarqués dans ce cercle de malchance , mais ici , fait défaut deux éléments essentiels à ce type de récit, la singularité et l'ironie.

Au bout du 3ème ou 4ème jour, on comprend vite que le destin de John va aller de mal en pis, et on s'en désinteresse malgré nous, en se disant que malgré le talent de plume de l'auteur, ce genre d'intrigue a été écrit et réalisé mille fois ailleurs, et en mieux...Du coup, on devrait avoir les mains de plus en plus moites, et à la place, on attend paisiblement que l'intrigue se termine...dommage!!

des-noeuds-d-acier-3521203-250-4002. DES NOEUDS D'ACIER, Sandrine Collette  :

L'histoire  : Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, quil a passés concentré sur un seul objectif : sa libération. Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte dune forêt noire et dense. Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer. Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable.

L'auteur :

Sandrine Collette est née en 1970. Docteur en science politique, elle partage son temps entre luniversité de Nanterre et le Morvan. Des nœuds dacier est son premier roman.

Mon avis :

Comme dans une semaine en enfer, ce roman est noir, très noir et nous plonge petit à petit dans un cauchemar éveillé, un huis clos étouffant, et  qui devient de plus en plus irrespirable au fil des pages. 

Le sujet de la séquestration d'une victime par des fous furieux est assez classique, et  le modèle de référence est sans doute Misery de Stephan King (dont le livre et le film m'avait terrorisé quand j'avais 15 ans).

Récemment le Vertiges de Franck Thilliez sur le même thème m'avait peu convaincu, trop "gentil" pour un tel sujet qui nécessite de ne pas avoir peur de nous partager les angoisses et les sévices de son héros, même les plus terrifiantes.

Du coup, je commençais ma lecture en me disant qu'une romancière française, novice, qui plus est, ne serait pas assez armée pour tenir la distance d'une telle intrigue. Et passé les quelques premières pages d'épilogue (où un médecin raconte le contexte de l'histoire de Théo qui va suivre dans les 50 pages restantes), j'ai été totalement bluffé par la maitrise de Sandrine Colette, sa capacité, pour son premier roman, à tenir parfaitement son intrigue du début à la fin, et de nous rendre absolument captivant et passionnant cette description d'un enfer qui nous parait à la fois totalement réaliste et totalement incroyable en même temps.

Sans que jamais l'auteur ne verse dans les rivages où ce récit pourrait l'amener, à savoir le trop scabreux ou le gore, elle n'édulcore néanmoins jamais son sujet, et traite frontalement son histoire de séquéstration et d'esclavage quotidien.

On est complètement avec Théo, comprenant ses doutes, ses angoisses, sa perte peu à peu d'énergie qui se mue en fatalisme, ses tendances à ressentir aussi le syndrome de Stockolm pour ses bourreaux, tout cela est très crédible et très bien amené par Sandrine Colette.

Cet enfer, d'où toute trace d'humanité a disparu, la romancière nous le retranscrit tant et si bien qu'on est bien heureux de retrouver à la fin de notre lecture notre quotidien, certes bien plus ordinaire, mais tellement plus tranquille que l'enfer qu'à vécu Théo.

Vraiment un must du genre pour qui aime les récits angoissants et haletants.

Bref, entre l'enfer américain et le français, sans hésiter, j'opte sans hésiter pour la version frenchie.

Mais que ceux qui aiment les bons polars peuvent aussi se laisser tenter sans hésiter pour les deux ouvrages de cette collection Sueurs Froides qui font ainsi un retour fracassant dont on espère les autres livraisons toutes aussi prometteuses!!