amitiés sinceresMardi dernier, je vous ai parlé du film Amitiés sincères que j'avais vu dans le cadre d'une avant première, mais j'avais omis de vous raconter ce qui m'avait frappé lors de cette soirée, à savoir l'inanité des interventions du public lors des questions à l'équipe après la projection du film.

Bon, je sais, dit comme cela, ces propos font un peu condescendants, mais, pour ma défense, je vous dirais que je ne suis pas le seul à avoir eu cette impression. En effet, l'ami qui m'accompagnait  ce jour là , et qui se dit moins cinéphile que je ne le prétends était encore plus choqué que moi par l'incongruité et la bétise de ces questions. Et du coup, il ne cessa de me donner des coups de coude, persuadé que, si j'osais prendre la parole ( ce que je n'osa jamais faire), j'allais forcément remonter le niveau, qui de toute façon ne pouvait descendre plus bas.

La première intervenante se foutait royalement du film, elle voulait simplement savoir comment les réalisateurs et scénaristes avaient réussi à s'ouvrir les portes du 7ème art alors qu'elle, auteur, à ses yeux de scénarios absolument formidables mais que les méchants professionnels du cinéma refusent à tour de bras (gros silence géné devant cette intervention pas du tout à propos) restait totalement en dehors du monde du cinéma qui n'attendait qu'elle.

Le second qui a levé la main, quant à lui, voulait absolument savoir quels étaient les comédiens que Gérard Lanvin détestait, et devant le refus -poli mais ferme- de ce dernier de répondre à cette question, l' a reformulé, mais le propos restait le même: le type était convaincu que Gégé avait plein d'inimités dans ce milieu (moi j'en connais au moins deux), et il allait pas lacher le morceau tant qu'il ne lui dirait pas de qui il s'agissait... Sauf que Lanvin sait bien y faire pour montrer qu'une question commence à l'agacer un tant soit peu, et le type qui tenait le micro l'a oté avant que le spectacteur si curieux repose une troisième fois sa question et se fasse là complétement allumé par monsieur Lanvin...

La troisième, de son côté,  parti dans une interprétation complétement mystico philosophique du film, à des années lumières de la sypathique comédie populaire qu'on avait vue sur l'écran et là encore, un silence  et des toux génés parcoururent la salle...

Bref, toutes les questions les plus décalées et plates se sont données rendez vous ce soir là, sans oublier cerise sur le gateau, la fin des hostilités, où là mon poté finissait d'être atttéré par ce qu'il voyait : la foule de spectacteurs descendant de l'estrade pour aller claquer la bise aux acteurs, Lanvin en tête; certains n'hésitant pas à aller offrir des peluches aux comédiens, et d'autres,  évidement de se laisser filmer avec leurs portables, en posant la tête sur les larges épaules du Gégé, qui semblait être  en train de se demander si la promo d'un film  valait le coup de se  préter à ce genre de mascarade.

Gérard Lanvin, sincère et décontracté lors de la rencontre hier soir au Gaumont de Rennes

Cette expérience aurait pu être une parenthèse (des)enchantée, qui ne reflète pas du tout le lot de ce genre de débats d'avant première de films, sauf que ce n'était pas du tout la première soirée de la sorte; celle que j'avais notamment  passé quelques mois plus tot en compagnie de Jean Pierre Bacri pour la présentation de son cherchez Hortense avait également donné lieu  à des interventions du public soit très agressives envers l'équipe du film, soit completement à coté de la plaque...

Et dans ces deux cas, ce n'est pas le maitre de cérémonie, le type embauché par le multiplexe pour faire le lien entre les questions des gens et les réponses des acteurs, qui allait relever le niveau, vu la médiocrité des questions qu'il a posé ces deux soirs là (du sous Laurent Weil, vous voyez le genre?)

Bref, moi qui ai toujours adoré entendre les cinéastes et les acteurs parler de leur travail et du processus de création, j'étais assez consterné de voir que ces rencontres débouchaient sur autant de néant, et j'étais d'autant plus géné pour l'équipe du film, venu souvent en nombres et ayant fait plus de 600 kms pour dire -au mieux- deux ou trois banalités d'usage et toute la mascarade promotionnelle qu'on entend à longueur d'émission de télé (" oui le tournage a été comme une grande famille", "oui j'ai été ravi de tourner avec ces réalisateurs", non je vous répète que je n'ai pas d'ennemis dans le cinéma :o)).

jean-pierre-ameris-etait-present-lors-de-l-avant-premiere-organisee-a-archamps-photo-dl-c-pHeureusement, la semaine passée, un autre débat ciné aprés une projection a complétement renversé la donne, tant je suis sorti enchanté de cette rencontre avec le cinéaste venu présenter son dernier film.

Ce cinéaste, il n'a pas fait 500kms pour venir, car c'est un lyonnais, Jean Pierre Améris, qui était présent mercredi soir de la semaine passée dans mon cinéma de quartier, pour parler avec le public pendant plus d'une heure après la projection de son Homme qui rit, la fameuse adaptation du roman de Victor Hugo avec un autre Gégé, encore plus connu, Dipardiou lui même.

Et les specateurs, formant le public en question, étaient bien peu nombreux à se déplacer, puisque, pour des raisons que le directeur du cinéma, qui présentait la soirée, n'a cessé de nous et (de se) poser ( froid glacial? mauvaise promotion de l'évenement? ou plus surement boycott de Depardieu qui joue dans le film?), on était à peine une petite trentaine à être venus à la rencontre de grand cinéaste ( ne serait ce que par la taille, il fait plus de 2 m) alors que la salle pouvait contenir facilement 500 places de plus...

Jean Pierre Améris, je ne l'avais jamais vu en vrai, mais j'en avais déjà entendu beaucoup de bien lors de mon séjour à Annonay l'an passé. En effet, une  blogueuse ciné reconnue m'avait informé avoir été membre du jury quelques années avant moi, alors qu'Améris en était le président.  Elle n'avait pas tari d'éloges sur la simplicité et la sympathie de ce cinéaste, et m'avait avoué avoir conservé  des liens amicaux avec lui.

Tout cela, je ne peux que le croire après l'avoir vu discuter avec les heureux spectacteurs du cinéma Saint Denis. Et si je reviendrais prochainement sur mon sentiment sur cet homme qui rit, je dois avouer que l'intervention d'Ameris m'a  presque donné envie sinon de le défendre, en tout cas de le voir sous un oeil un peu plus indulgent. 

Comme il l'avait affirmé lors de la promotion de son précédent film Les émotifs anonymes, l'homme était un vrai timide, à un degrès carrément pathologique, pendant une bonne partie de sa vie ( problème que je connais bien).

D'ailleurs, il laissa transparaitre à certains moments, des restes de ce manque de confiance en lui avec quelques "euh" et quelques tics corporels. Mais le fait est qu'il est également devenu au fil de ses expériences professionnelles( on peut plus vraiment jouer les timides devant un Depardieu) un conteur extraordinaire qui sait parfaitement communiquer sa passion du cinéma.

Jean Pierre Ameris a en tout cas parfaitement réussi ce soir là à nous convaincre facilement, avec tellement de persuasion et de sympathie, à quel point ce projet était primordial et essentiel pour lui.

En tout cas, si je reviendrais donc plus en détail dans un précédent billet  sur ce film et sur l'adaptation du roman d'Hugo que j'avais eu la chance de lire, ce qui est certain c'est que cette rencontre fut absolument mémorable pour moi.

Etait ce du à la personnalité du cinéaste? A la faible affluence dans la salle, ce qui rajoutait du coup plus de proximité et de convivialité? Au fait que le film était déàa sorti et que du coup les jeux étaient déjà fait (hélas pour le film qui a donc connu un bel échec commercial)? Certainement un peu de tout cela en fait...

En tout cas, je continuerais évidemment à aller assister à des projections avec des équipes de film, sauf peut etre si je suis accompagné de mon pote qui m'a juré la prochaine fois de lever la main pour moi pour que ce coup ci j'ose poser les questions à la place de ceux qui n'ont rien à dire...pas sûr que je l'invite encore dans des avant premières, cet ingrat :o)