les-impostures-du-reel-frederick-tristan-9782368900307Après vous avoir parlé en début de semaine des livres qui ne nous ont pas vraiment séduit, j'ai voulu enfin placer cette semaine spécial trois chroniques sous un signe positif, en mettant en avant des livres de cette rentrée littéraire  qui nous ont plus emballés, et à Michel et à moi.

Trois romans de cette rentrée littéraire de septembre 2013, et pas forcément les livres dont on parle le plus, ni par les médias, ni par les personnes qui font les listes des prix Littéraires, et pourtant des livres, qui, à notre avis, valent largement le coup d'oeil, voire même plus.

1.Les impostures du réel  de Fréderick Tristan:

Je pensais naivement connaitre au moins de nom tous les écrivains vivants ayant été lauréat du Prix Goncourt. Or, lorsque les éditions Le passeur m'ont proposé, bien avant que ne soit lancée la rentrée littéraire, de découvrir le roman d'un ancien lauréat du plus prestigieux de ces prix,le Goncourt, en la personne de Frédérick Tristan, je vous avoue que ce nom m'était totalement inconnu. Or, en faisant mes recherches j'ai appris que ce membre éminent du courant littéraire de la Nouvelle Fiction avait obtenu en 1983 ce prix Goncourt avec «les Égarés» et a écrit quantités d'autres romans, tels  que «le Dernier des hommes» (1993), «l'Énigme du Vatican» (1995),

Ma première expérience avec l'univers de Frédérick Tristan fut donc pleinement convaincante car ce roman , que  le romancier a avoué avoir commencé  à l’âge de 15 ans et avoir attendu plus de 60 ans pour le mettre à l'écrit, est très riche et traite de pas mal de thèmes divers et variés.

 En suivant les errances de Paul, un adolescent mal aimé en quête de sa véritable identité, ce roman foisonnant et d'une ampleur indéniable nous plonge dans l'univers des grandes fortunes où tout n'est qu'arrangement sordides avec un seul impératif: augmenter encore le patrimoine sans que soit pris en compte les dégats  engendrés sur l'être humain .
 
Mais les incertitudes du réel ( beau titre!) embrase également d'autres thématiques tout aussi passionnantes tels que :le monde du théâtre et de la littérature ou bien encore  le pouvoir vénéneux des femmes ( toutes celles du roman sont fragiles psychologiquement) qui peuvent faire tourner la tête au plus solide des hommes.
Le livre, certainement un poil trop long, souffre de quelques disgressions inutiles et des passages plus inégaux, mais l'ensemble est quand même d'une vraie et belle tenue et on suit ces personnages jusqu'au bout du roman ( et accessoirement jusqu'au bout du roman) avec le plus vif intéret.

restaurant amour 2. Le restaurant de l'amour retrouvé d'Ito Oagawa

 J'ai lu ce livre dans le cadre de la sélection du prix du roman Fnac ( troisième  sur 5 que je chronique), et cela m'a permis de me familariser avec une littérature que je connais mal, la littérature japonaise, par le biais de ce que je connais mieux concernant le pays du soleil levant, à savoir sa cuisine.

Ce roman nous entraine en effet dans les coulisses du restaurant l’Escargot tenu par la jeune Rinco, qui a comme pouvoir, et cette idée magnifique, donne le la du roman,  de redonner aux gens qui viennent y dîner le goût de vivre.

Comme l'’histoire se situe au Japon, et même si on connait un peu la cuisine japonaise, on fait connaissance avec   des produits locaux dont on n'a jamais entendu parler, mais  on se surprend à saliver forcément en suivant les nombreuses pages nous expliquant la préparation des repas.

Histoire d’une renaissance, Le Restaurant de l’amour retrouvé est aussi celle d’une réconciliation entre une mère et une fille.

Certaines scènes ( toutes celles notamment avec le cochon, animal domestique assez incongru pour nous) peuvent paraitre un peu déroutantes car on ne voit pas bien  toujours où l'auteur veut nous mener, et le livre prend un petit virage dans sa narration dans le dernier tiers,  mais il n'empeche, ce restaurant de l'amour retrouvé distille un charme atypique et évident tout du long de ses 242 pages. On souhaite au roman de surfer sur le succès des émissions culinaires pour faire son trou dans la rentrée littéraire, il le mérite amplement!!

dernièreLa dernière séance de Chahdortt Djavann

En refermant « La dernière séance » le cœur serré, aucun doute n’est possible Chahdortt Djavann est une formidable conteuse. Téhéran 1991 première phrase du roman : « le lendemain de son mariage, Donya décida de s’enfuir ». Nous ne quitterons plus Donia, l’auteure nous prend par la main et nous accompagnons son héroïne  sur le chemin de la liberté, mais une femme Iranienne, où qu’elle soit, peut- elle être libre à l’aube de l’an 2000 ?

Deux récits se répondent,1991 Donya  à Istanbul, première étape vers la femme qu’elle rêve d’être et 1999 Donya à Paris, dans le cabinet de son psychanalyste ,toujours en quête de la femme qu’elle n’arrive pas à être .

Entre les deux, c’est une véritable  Odyssée qui attend la jeune femme : une logeuse Stambouliote bienveillante, un prétendant Anglais persuadé d’avoir à faire à une princesse Iranienne, donc très riche, un voyage jusqu’à la frontière Bulgare dans un autobus bordel rempli de prostituées, de clients et de maquereaux, un suspens au mariage blanc juste avant son arrivée à Paris, un psychanalyste Parisien en pleine débâcle amoureuse ; Chahdortt  Djavann a la force et le talent des grands romanciers, elle nous fait vivre les aventures de son héroïne au rythme de ses battements de cœur.

Tout est puissant dans ce roman, la charge féministe bien sûr, mais aussi et surtout, une véritable déclaration d’amour à la langue française que la romancière maitrise à la perfection.

Qu’elle dénonce de la condition de la femme en Iran à la fin du 20e siécle,qu’elle règle son compte à la misogynie de Houellebecq ou bien qu’elle compare les théories  analytiques de Freud et Lacan avec Onfray son écriture est intelligente, fine et serrée,beaucoup de choses sont dites en peu de mots «  La dernière séance »est, selon Michel, mon complice de ces chroniques littéraires ( que je remercie une fois de plus), un des grands roman de la rentrée.