Vous l'avez vu la semaine passée, et aussi étrange que cela puisse paraitre, je n'ai pas classé beaucoup de films français dans le haut de mon top ten de 2013, alors même que je vois énormément de films français, quasiment deux films sur trois.

Mais si, dans le courant de l'année passée, j'ai exprimé certaines déceptions sur de nombreux films français qui étaient susceptibles de me plaire ("Elle s'en va", "Grand Central", "La vie domestique"...), la fin de 2013 a quand même bien relevé le niveau avec pas mal de longs métrages hexagonaux que j'ai trouvé d'excellentes qualités.

Ce fut le cas avec deux films dramatiques un peu à part, et surtout qui proposaient une vraie ambition, et dans leurs formes et dans les sujets abordés: "Suzanne" et surtout "Mon âme par toi guérie".

Si je reviendrais dès demain sur le second,  Suzanne ( qui m'a vous le verrez, un peu moins emballé), j'aimerais d'abord aborder le premier de ces deux longs métrages.

"Mon ame par toi guérie", de Francois Dupeyron est un film qui est maintenant sorti il y a plusieurs mois de cela (le 25 septembre dernier exactement), et que j'ai eu la chance de visionner dans mon ciné de quartier courant novembre, donc déjà tardivement pour inciter mes lecteurs à le voir.

J'avais en fait prévu d'en parler lors de sa sortie en DVD, mais ne trouvant pour le moment aucune date de sortie prévisionnelle, j'en dis quelques mots maintenant, d'autant plus que le film ressort sur quelques salles, notamment grâce à l'initiative du 17ème Festival Cinéma Télérama qui propose en lien avec pas mal de cinéma (dont sur Lyon mon ciné fétiche le Comoedia, associé à l'opération depuis pas mal de temps) de diffuser les films préférés de  l'an passé, ceux classés en haut du top de la rédaction et des lecteurs de la revue).

Et la démarche de Télérama (qui met en avant ce film au milieu d'autres oeuvres qui ont fait bien plus parler d'elles) est louable, tant ce film est effectivement parmi les très bonnes surprises de l'an passé, surprise d'autant plus inattendue que je n'attendais plus grand chose de son cinéaste, François Dupeyron ( cinéaste entre autres de "Drole d'endroit pour une rencontre" et surtout de "La chambre des officiers", un des très grands films sur la Grande Guerre), surtout qu'il trainait ce projet de film depuis pas mal d'années, ayant essuyé énormément de refus de la part des financeurs (producteurs, chaines de TV) et qu'il a du produire  l'ensemble de son oeuvre de manière totalement indépendante.

 Cette marge de manoeuvre est d'ailleurs à porter au crédit du film, tant "Mon âme par toi guérie" est un long métrage qui semble totalement libre, là ou pas mal de films semble cadenassés et répondre à des cahiers des charges précis. Ici, le récit et la caméra semblent parfois aller un peu dans tous les sens, mais c'est profondément cela qui rend  ce cinéma profondément lyrique, puissant et vraiment atypique…

On y suit avec un intéret énorme et qui ne démentira jamais tout le long de ces plus de 2 heures de films, Frédi, joué par un acteur que je trouvais déjà génial dans d'autres rôles, mais qui ici, explose totalement tant sa présence emporte tout et magnifie le film, c'est Grégory Gadebois, vu notamment dans "Angèle et Tony" ou la série "les revenants", et qui est vraiment de la trempe des Gabin, Ventura et Depardieu avec une force et une fragilité prete à exploser à tout moment.

Frédi est en effet un type un peu paumé, angoissé (magnifiques scènes de crise d'angoisse qui sonnent terriblement juste- il faut dire que je connais un peu le sujet:o)), à qui sa mère, récemment décédée, a laissé pour seul héritage un don de guérisseur, qu'il ne veut surtout pas assumer, mais qu'il sera contraint d'accepter pr la force des choses.

 

De rencontres en rencontres, semblable au chemin initiatique d’un prophète moderne, va in fine  se dessiner le parcours d’un homme prêt à accepter la lourde tâche confiée par sa génitrice.

Ce qui séduit énormément dans ce film, comme du reste dans les meilleurs Dupeyron, c'est son talent d'observation des protagonistes de l'histoire, sans que jamais le moindre jugement ne soit porté sur eux: en effet, tous les personnages sont de vrais écorchés vifs, des paumés au grand coeur qui cachent cette humanité sous des apparences un peu rustres, et que du coup, et même les types vaguement ordures sur les bords (par exemple, l'ami de Frédi joué par l'épatant Philippe Rebot, qui quitte sa femme pour une jeunette) restent profondément attachants. Et sincèrement, on a vraiment l'impression de vivre parmi ces gens vivant dans leurs caravanes dans le Sud de la France, l'effet de miroir est vraiment saissisant.

Bref, Dupeyron nous propose un cinéma viscéralement à hauteur d'hommes, et qui dit de fort jolies choses sur la difficulté d'aimer et de communiquer, dans la souffrance à trimballer l'héritage de nos parents.

Certaines scènes sont bouleversantes d'émotion et le film est irradié par une lumière blanche et une formidable bande son entrecoupée de musique  presque psychédélique ( Nina Hagen, une artiste que je n'avais jamais appréhendé de la sorte) entrecoupée fort à propos de  beaux moments de silence.

Certes, le film présente 2-3 maladresses dans l'écriture ou la réalisation, mais on s'en fiche éperduement, car elles vont totalement avec la liberté et l'humanité qui suinte de tous ses pores l'amour pour les êtres humains.

Croyez moi sur parole, "Mon âme par toi guérie" est un film si jubilatoire que, si vous avez l'occasion de le voir (soit grâce au Festival Télérama, soit lorsqu'il sortira enfin en DVD), ne le ratez pas!!.

 Mon âme par toi guérie Bande-annonce