crocodile

 Malgré mon admiration presque sans borne pour Fabrice Eboué, dont j'ai parlé une nouvelle fois pas plus tard qu'hier matin lors de ma sélection des 3 films de la semaine, j'avais hélas raté en salle son premier essai de réalisateur (en coréalisation avec Lionel Steketee),  à savoir ce "Case Départ" sorti pendant l'été 2011 et qui avait connu un bien beau succès surprise, le public étant généralemement ravi qu'une comédie française aborde enfin des sujets qui fachent (l'esclavagisme) de façon grincante et plutôt intelligente.

Ayant rattrapé le film l'été dernier en DVD, j'avais effectivement été de ceux qui avaient applaudi des deux mains cette comédie maligne et bien écrite qui osaient tapait un peu sur tout le monde, négriers et victimes et  cultivant un humour grincant et plein d'autordérision  avec une grande jubilation qui donnait lieu à des scènes assez tordantes,  sans tomber dans les clichés ni la caricature même si sur la fin, la charge avait tendance à s'émousser quelque peu.

En tout cas, plus d'un million de spectacteurs qui se ruent en salles pour un film sans grosse tête d'affiche ( en 2011 ce duo Njigol/ Eboué  tout juste sorti du Jamel Comedy Club était encore peu connu en dehors du cercle de leurs fans), ca donne forcément des idées aux producteurs et aux financeurs pour que le duo, et même le trio devrais je dire, si l'on y ajoute Lionel Sketetee, plus chargé du coté technique de la réalisation...Le film avait, comme je l'ai dit,  trouvé son public, mais avait quand même essuyé son flot de polémiques, certains détracteurs du film reprochant le fait que pour une fois que le cinéma français s'interessait au sujet de l'esclavage (un des grand cheval de bataille de Dieudonné), il aurait pu le faire par le biais d'une fiction plus sérieuse (comme l'a fait dernièrement de manière majestueuse Steve Mc Queen) que cette comédie sous forme de  farce un peu potache sur les bords.

Et après l'esclavagisme, ce fameux trio a décidé d'aborder un autre sujet qui fache, les relations Europe/ Afrique, et surtout les excès des didacteurs africains coupables  de toutes les folies des grandeurs; un sujet délicat,  qui donne l'occasion de traiter de pas mal de sujets "chauds" comme la corrpution en Afrique, le lien entre dirigeants de grand groupe pétrolier et ses dirigeants, mais évidemment encore une fois  non pas sous l'angle du film didactique et sérieux ( on n'est pas dans le très beau Dernier Roi d'écosse), mais sous celui de l'humour grincant et corrosif, et même parfois un peu regressif.

Et ce coup ci, je n'avais pas envie d'attendre la sortie du DVD pour me gondoler, et du coup, grace à cinefriends, j'ai pu voir le film en avant première plus d'un mois avant sa sortie en salles mercredi dernier dans une salle pleine à craquer et chaud bouillante d'une salle de part Dieu où l'équipe du film, mené par un Eboué en grande forme  (Thomas Njigol est venu en retard, soi disant car il avait rv pour l'échographie de son prochain bébé :o) était présente pour présenter son film à un public visiblement conquis d'avance.

 

Permalien de l'image intégrée 

Peu de bavardages pour présenter le film, le public étant visiblement pas venu pour les palabres, mais bien pour se marrer, et pour cela, ce Crocodile du Bostwanga remplit largement son office. Le film commence d'ailleurs très fort avec cette scène présente dans la bande annonce où l'on voit le personnage Eboué, toujours aussi veule et  lache se moquer de l'hymne du pays qui l'acceuille, mais sans l'assumer totalement, devant un chef d'état à la fois terrifiant et grotesque.

Dans ce role de tyran  populaire sanguinaire,  paranoïaque obsédé par l'éventualité qu'un de ses bras droits lui prenne sa place, Thomas Njigol, qui a retrouvé pour l’occasion l’accent camerounais de son pays natal, s'en donne à coeur joie dans une composition assez jubilatoire. A coté, Eboué, je dois le reconnaitre, lasse un peu dans un rôle qui ne change pas vraiment de ce qu'il joue d'habitude, même s'il maitrise parfaitement évidemment ce genre de personnage. 

Même s'il parait un peu outrancier, le personnage du dictateur, joué par Ngijol, s’inspire de plusieurs dictateurs réels, et notamment de Dadis Camara, l’ancien Président de Guinée-Bissau réputé pour son « clownesque absolu et ses nombreuses tueries » et c'est ce personnage qui amène les idées les plus saugrenues et les plus hilarantes du film ( le soda qui permet de lutter contre le SIDA, le micro planqué dans les jouets de son fils de 5 ans). Ngijol s'éclate visiblement dans ce rôle "bigger than life", et son duo avec Claudia Tagbo en épouse de dictateur plus interessée par les apparats du pouvoir que par son mari, fait bien fonctionner aussi les zygomatiques.

botswanga

 Bref, on rit pas mal dans ce Crocodile du Bostwanga, mais  sans doute pas autant que j'aurais aimé  et surtout de moins en moins au fur et à mesure que le film dure.  En effet, pratiquement toutes les bonnes idées du scénario sont dans la première heure, et la comédie patine sérieusement dans le virage final, où la farce a tendance à se répeter et à s'alourdir dans des situations quand même fortement caricaturales et qui perdent pas mal de leurs mordants.

Comme je l'ai dit au début de mon billet, Case départ connaissait déjà ce problème, ce qui tendrait à prouver que les auteurs ont un peu de mal à faire tenir la distance d'un long métrage et à exploiter jusqu'au bout leur brillante idée de départ.

Malgré ce bémol, ce second long métrage du trio Eboué Njigol Sketekee reste une comédie efficace, et bien au dessus de la moyenne des productions comiques françaises qui sortent actuellement (je n'ai pas encore vu au jour d'aujourd'hui le retour des Inconnus, mais j'en entends tellement du mal que je m'attends au pire), et rien que pour cela, si vous voulez vous payer un film divertissant et pas trop con, vous pouvez tenter ces Crocodiles du Bostwanga sans risques de morsure!!