L-ARABE-QUI-CACHE-LA-FORET-FOUDIL-KAIBOU

A l'instar d'un François Xavier Demaison qui, comme chacun sait, exercait la profession d'avocat fiscaliste avant de choper le virus des planches,  Foudil Kaibou était quant à lui, un éminent cadre financier avant de devenir comédien puis humoriste depuis maintenant quelques années.

Or, nul ne sait si le monde de la finance pleure la perte d'un excellent représentant de son corps de métier, mais ce que je sais après avoir vu le show de Foudil, c'est que le milieu-pourtant si prolixe des humoristes français a incontestablement gagné au change avec cette reconversion professionnelle (ce qui n'est pas forcément le cas concernant FX Demaison, je sais,c'est pas bien sympa, je sors)!! 

En effet, si Foudil Kaibou n'est pas encore une star médiatique de la scène comique hexagonale, il a absolument tout en mains pour le devenir. 

Avant de voir son spectacle "L'arabe qui cache la foret- beau titre- un one man show qu'il joue à l'espace Gerson jusqu'au 18 juin prochain-courrez vite le voir si vous êtes dans le coin-, je savais simplement que Foudil Kaibou avait remporté pas mal de prix de différents festivals comiques, ce qui constitue quand même un bon a priori, et aussi (et surtout) qu'il avait joué deux rôles dans des pièces de théâtre à succès : "Le Presque Grand Amour" et surtout "Couscous aux lardons" de Farid Omri, que pas mal d'amis parisiens avaient vus et adoré- hélas elle n'est jamais venue jusqu'à Lyon.

Ces deux pièces abordaient toutes deux la question du couple mixte et de la difficulté de s'intégrer lorsqu'on est de culture magrhebine, et c'est donc tout naturellement que pour son tout premier spectacle, Foudil évoque les  mêmes problématiques, en creusant autour de la question de savoir ce qu'est vraiment être un maghrébin de nos jours, les stéréotypes auxquels on les rattache, les inconvénients et les ( très rares) avantages,  et y soulève plus globalement ce que recouvre ce concept si passe partout de l’intégration.

Une thématique pas forcément toute neuve chez les comiques d'aujourd'hui (je pense notamment à tous les membres du Jamel Comedy Club qui creuse le sillon du comique communautaire avec plus ou moins de bonheur), mais la grande force de Foudil c'est d'arriver à apporter un regard neuf et d'éviter toutes situations et blagues faciles et éculées.

Foudil Kaibou développe en effet un sens de l'observation très fin concernant les différences culturelles,ou bien la façon dont on arrive à s'intègrer ou pas..Foudil aborde même des sujets pas si consensuels que cela  (le sketch sur Al Qaida vu comme une multinationale, la question de l'éducation pour le moins virile des pères turcs, gitans ou antillais...)bref, des questions rarement traitées par la nouvelle génération de comédiens issus des minorités visibles ( comme on dit lorsqu'on use du politiquement correct)...

foudilLa qualité de l'écriture du spectacle est vraiment à saluer; Foudil parvenant à la fois à allier finesse de l'écriture, avec même une certaine érudition, à des punchlines vraiment percutantes qui font mouche de suite, et cet équilibre est pourtant très difficile à trouver chez les humoristes d'aujourd'hui (c'est soi drôle mais un couillon ou érudit mais du coup trop écrit pour déclencher l'hilarité)...

Et en dehors de la finesse d'écriture et de l'originalité de l'angle pris, il faut aussi ajouter que Foudil possède un jeu d'acteur assez formidable, une présence et une énergie sur scène comme jen'avais rarement vu...

On imagine difficilement le temps qu'il a fallu à l'artiste pour observer ses contemprains afin de parvenir  à un tel degrès mimétisme (et même pour les personnages féminins de la copine bourrée), mais le fait est que jamais on ne trouve ses compositions exagérées ou caricaturales- là encore un écueil sur lequel tombe souvent les comiques actuels-

Bref, à peine 3 minutes après son entrée en salle et son dézingage en règle du pauvre Faudel-, je m'étais déjà essuyé les larmes de rire qui coulaient sur mes joues...Et force est de constater que l'ensemble du public était aussi chaud que moi et l'est resté pendant l'heure-trop courte, on en aurait bien redemandé une de plus- du show, tant c'est si bon de rire à gorge déployée en discontinuité pendant une heure...

C'était, d'après ce qu'il a dit ce soir là , la toute première fois que Foudil se produsait sur une scène lyonnaise, et gageons que si l'accueil des autres soirs est aussi bon que celui de mercredi dernier, il reviendra se reproduire à nouveau les autres soirs, et j'irais encore l'applaudir,  tant ce type est un des très grands de la scène actuelle, et je vous demande de me faire pleinement confiance sur ce coup là et d'aller vérifier par vous même  (et voici quand même un petit extrait vidéo pour vous faire une idée plus précise de son immense talent)..

Foudil Kaibou - Le cousin Hicham