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Troisième et dernier film présenté à Cannes et que j’ai eu la chance de voir à distance avant sa sortie en salles le 3 février dernier,  La terre et l'ombre y fut présentée dans le cadre d’une semaine de la critique et a d'ailleurs obtenu la Caméra d'or, aux nez et à la barbe de prestigieux concurrents tels que Mustang ou ni la terre ni au ciel ...

Il est l’œuvre d’un jeune réalisateur colombien de 28 ans, César Acevedo, dont c’est le tout premier long métrage et qui visiblement a beaucoup vu le cinéma de Tarkovski ou de Bresson dans sa jeunesse.

C’est donc un cinéma à la fois exigeant et indubitablement un peu austère, mais en même temps d’une maitrise visuelle et cinématographique assez épatante, a fortiori pour un premier long métrage- et c'est cela que le jury de la caméra d'or a sans doute voulu récompenser, même si le Mustang deDeniz Gamze Ergüven me semblait être encore un cran au dessus à ce niveau là.

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Le film est un portrait- un peu comme l’était aussi A Volta Verra autre film du festival dont je vous ai parlé- d’un monde agricole profondément en déclin  puisqu’on y suit, à travers le retour d’un vieux patriarche dans sa ferme d’origine après des années d’exil le quotidien d’une famille de cultivateurs de  cannes à sucre profondément exploités par le système.

Le fils de la famille, devenu lui-même jeune patriarche, est condamné par la maladie, profondément atteint dans ses poumons,  et le vieux  Don Alfonso revient auprès des siens, et y découvre un paysage  assez apocalyptique puisque l’exploitation des plantes provoque en effet une pluie de cendre continue qui a enveloppé la maison d’un voile obscur.

Le film est lent, comme on peut s’y attendre dans ce genre d’œuvres et vu les références que je viens de citer, mais jamais ennuyeux tant on est fascinés par la splendeur visuelle du film et notamment la beauté de la photographie  qui mettent parfaitement en valeur ce paysage apocalyptique.

 Le réalisateur- qui a perdu ses deux parents-  s’inspire de son enfance dans la campagne colombienne pour faire revivre à l’écran le souvenir de sa famille et arrive, en plus de cette mise en scène au cordeau à toucher par ce  lien intime et viscéral unissant les différents membres de cette famille meurtrie ; le retour du grand père étant l’occasion de reconstruire des liens familiaux distendus ou inexistants ( belle relation toute en pudeur avec son petit fils).

A la fois chronique sociale sur un monde rural qui se meurt et dont les plus faibles sont opprimés sans coup férir, drame familial avec ses trahisons et ses non dits et film catastrophe au final apocalyptique surprenant, la terre et l'ombre, premier long métrage de César Augusto Acevedo s’impose comme une œuvre intense,  sensible et importante qu’il ne faudra pas rater  dans la cinquantaine de salles qui ont eu l'heureuse initiative de le diffuser.

Bande-annonce : La Tierra y la Sombra - VOST