sens orientation

« Au fond de la salle, assise sur la banquette, une fille brune à la belle poitrine, les cheveux longs sur les épaules d’un manteau qu’elle aurait emprunté à un copain plus grand qu’elle, Paola attire le regard. Le sac posé sur la table, elle rêve les yeux ouverts et ne boit pas, ne mange pas, ne lis pas : elle s’est installée là après la nuit et retarde encore le moment de rentrer chez elle. Ses paupières se ferment en signe de bonjour lorsqu’elle rencontre le regard de Ferdinand ; ils se croisent souvent à cette heure. »

Ferdinand aime le foot, la moto, la montagne et tombe amoureux de Paola, ça tombe bien car Eléonore sa femme vient de le quitter. Mais peut-il  compter sur l’aide de Valentin, son psychanalyste, joueur invétéré fasciné par la perte et ornithologue à ses heures, ou sur celle de Pascal son coéquipier de varappe lunaire et distrait pour retrouver le sens de l’orientation ?

Eléonore, elle, mathématicienne émérite, essaie de donner un sens à sa vie dans les bras de Samir couturier bisexuel qui classe l’humanité en deux catégories : utile/inutile.

Il est très fier d’appartenir à la deuxième catégorie. Ferdinand lui est forcément utile puisqu’il est chirurgien cardiaque, mais bien qu’il répare les cœurs, il sait aussi très bien que l’on ne guérit pas de la vie. Qu’il est dur de retrouver son chemin dans une vie amoureuse en morceau !

Formidable récit tout en mouvement et en oscillation, en tous petits paragraphes se dessine un roman exquis. Lessana a l’habileté et la précision du chirurgien, son premier métier, pour nous dessiner une carte tendrement surréaliste que n’aurait pas renié Eric Rhomer ou Woody Allen. Entre diastole et systole, il a tout simplement remplacé son bistouri par un stylo. Bravo.

 Michel D