audela

 Après le Festival Sport  Littérature et Cinéma qui s'est achevé hier par une belle avant première en clôture dont je n'ai pas encore fini de vous parler,  l’Institut Lumière n'en a pas fini pour autant avec d'autres événements de la rentrée de début d'année, et pas plus tard que ce jeudi avec la soirée Jia Zhangke  qui verra l'illustre Jean-Michel Frodon, collaborateur du site internet Slate.fr, et ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma venir à L'institut pour évoquer la carrière du réalisateur chinois autour d'un de ses films "Touch Of Sin", certainement le plus impressionnant de son auteur, et un documentaire de Walter Salles consacré à celui qui est sans doute le cinéaste chinois en activité le plus reconnu par ses pairs et par les festivals de cinéma.

Cette manifestation est ainsi pour moi l'occasion de revenir  sur le film Au-delà des montagnes qui  connait un beau succès dans les salles de cinéma, ce dont je me réjouis, même si alors que je l'ai vu le jour de la sortie en salles, le 23 décembre dernier, je n'ai pas été aussi emporté que j'aurais aimé l'être et autant que d'autres que moi ont semblé l'être, surtout au vu des emballements des cinéphiles de tous bords que je suis sur la toile. 

Car comme je le disais en préambule de ma chronique du film back home, cet Au delà des montagnes , le dernier long métrage de l'auteur présenté à Cannes en sélection officielle d’où il est rentré bredouille, et  en dépit de de toutes ses qualités manifestes,   ne m’a pas assez  emballé pour que je daigne le faire pour figurer dans mon classement final.

Sur trois temporalités, 1999, 2014 et 2025, et même plusieurs continents- l’Asie et l’Océanie pour une dernière partie australe- la plus réussie à mon goût-Jia Zhangke  dresse le portrait d’une Chine en pleine mutation qui perd un peu son identité à force de s’industrialiser et dont les deux versants de cette industrialisation, les ouvriers et les patrons, en feront forcément les frais, aux deux bouts de la chaine.

Mais contrairement à A touch of sin, ce portait social n’est pas le sujet central de son film, qui est plutôt celui d’un triangle amoureux dont les choix et les tourments auront des incidences sur plus de 25 ans.

Jia-Zhang-ke-film-critique-au-dela-des-montagnes

Et malheureusement, alors que je suis un grand fana d’histoires de triangle amoureux- de Jules et Jim à César et Rosalie en passant par les récents Marie Jo et ses deux amours et à trois on y va- et que cet angle choisi par ce grand metteur en scène chinois me mettait l’eau à la bouche, le traitement de cette histoire triangulaire est finalement un peu décevant car ne possède pas la densité romanesque et émotionnelle à laquelle elle aurait pu prétendre de prime abord.

Je ne verserais pas dans les généralités peu avenantes, mais il est vrai que la pudeur et la retenue très asiatique dont fait preuve le cinéaste ne sied pas forcément à ce genre d’histoire qui demanderait plus de souffle, d’épique, voire  de lyrisme, et non pas une mise en scène assez plate, à base d’instantanés photographiques.

Pour comparer avec un autre film chinois récent,et au delà de son scénario un peu embrouillé, le Black Coal avait une beauté visuelle et une force qui aurait été parfaite pour l’intrigue développée ici.

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Ici, peu de scènes vraiment marquantes ou alors peu : un voyage en train entre une mère et son fils d’autant plus belle qu’on la sait éphémère, un ouvrier malade qui revient dans sa maison natale complètement abandonnée, une belle scène dans un lit entre un jeune étudiant qui cherche ses racines et une professeur divorcée assez fragile, c’est assez peu sur deux heures et quart d’un film qui s’étire un peu trop et dont la petite musique toute en sobriété frise la monotonie…

Et le scénario, qui oublie en route certains personnages (l’ouvrier malade justement) ne compense pas vraiment le coté terne de la réalisation….

Bref, au dela des montagnes est incontestablement un film sensible et intéressant parce ce qu’il dit sur cette radiographie d’une Chine qui va mal, mais qui n’atteint pas les sommets de A touch of sin, bien plus percutant et intense et dans l’histoire et dans la réalisation…Autrement dit, ce n'est pas forcément  étonnant que c’est ce film là qu’on choisi l’institut Lumière pour rendre hommage à Jia Zhangke !! :o)