confession

Mercredi dernier,  est sorti simultanément deux très beaux films romanesques, parlant d’amour éternel ou/et impossible, que j’ai vu en avant première longtemps avant leurs sorties, mais dont je n’avais pas encore eu l’occasion de parler.

 On reviendra bientôt sur le premier d’entre eux, Monsieur et Madame Adelman, le bijou du si talentueux et agacant  Nicolas Bedos, mais arretons nous auparavant sur le second , «La Confession»  de Nicolas Boukhrief  dont on parle malheureusement beaucoup moins dans les médias.

A l'origine, ce remake de Léon Morin pretre de Jean-Pierre Melville sorti en 1961 pouvait faire peur tant il avait tout de la fausse bonne idée ; l’intérêt de refaire un remake conforme à l’original n’apparaissant pas une nécessité absolue à notre époque où les enjeux ont grandement évolué et où les films sur la seconde guerre mondiale ont été  légions,  et pour tout vous dire, on craignait un peu avant de le voir  le téléfilm scolaire et appliqué,  avec de beaux relents d'académisme dedans.

La Confession film romain duris

 Et pourtant le film de Boukrief s’avère être une belle surprise et une franche réussite qui n'évite certes pas totalement certains éceuils en terme de réalisation - une profusion de gros plans  alors que les plans larges auraient été parfois bienvenus - ou d'écriture - on pense aux séquences en début et fin de film de retour au présent pas nécessaire mais qui dans sa grande majorité laisse une très belle impression d'ensemble pour une oeuvre soignée et captivante.

Le sujet du film La Confession peut de prime abord étonner lorsqu’on connait la filmographie du cinéaste Nicolas Boukhrief . Ex journaliste à Starfix, et grand fan de cinéma de genre, le réalisateur est en effet considéré comme un cinéaste de polars genre toujours légèrement  dévalué en France.

Et d'ailleurs la grande force du film est que Boukhrief semble avoir à  cœur de respecter les codes du mélodrame, exactement comme  il avait tenter de respecter ceux du film policier et du thriller, surtout dans Le Convoyeur, plus belle réussite de son auteur avant cette confession.

50 ans après Jean-Pierre Melville, Nicolas Boukhrief adapte le roman de Béatrice Beck Goncourt 1952 avec Léon Morin, prêtre, véritable mélodrame autour d'un amour impossible avec la foi pour thème central. Libre d’adapter ce roman comme il en avait envie, avec juste chevillée au corps et à la caméra,  l'envie assumée d’être un raconteur d’histoires.

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Délaissant sa veine habituelle de polar et films d’actions sociaux, 2 ans après l'échec artistique et commercial d'un  Made in France  plombé par l'actualité des attentats, son adaptation du roman Léon Morin, prêtre  (mais le roman de Béatrix Beck publié en 1952, et non pas le film dont les droits n'ont pas été cédés), aborde finalement un thème prédominant abordé dans la plupart des autres  films  du réalisateur français: celui de la transgression et des convictions inébranlables qu'un être peut garder en soit.

 Pour illuster cette thématique, le réalisateur et scénariste  met progressivement et avec une belle habileté  en place le duel psychologique qui va opposer une jeune communiste anticléricale Barny et le nouveau prêtre.

Cette confrontation sera le moteur même du récit qui donne tout le seul à ce beau récit qui met en avant la quête de la spiritualité d'une façon moins ennuyeuse que ce qu'a pu faire Scorsese avec son récent Silence.

Alors que Léon Morin voue sa vie à  un Dieu auquel il a pleine confiance,  Barny , disciple de Karl Marx, va le pousser dans ses retranchements avec un débat d’idées qui donne lieu à de beaux échanges rhétoriques  mais jamais verbeux où chacun des deux  interlocuteurs vont s’apprivoiser se tester et également se troubler, et ce qui devait arriver arrivera..enfin plus ou moins :o)

Et ces joutes verbales longues et passionnantes auxquelles se livrent notre duo sont vraiment jouissives à suivre tant  elles sont filmées avec intensité et jouées avec beaucoup de conviction par un duo d'acteurs dont la complicité saute aux yeux :  Romain Duris, remis d'un moyen Iris,  est  excellent  dans ce rôle de prêtre charismatique prônant l'acceptation de l'autre et la recherche du salut, alors qu' en face de lui, la toujours aussi sublime  Marine Vatch, jeune fille  insoumise en proie au doute, nous fait vibrer en tentant d'ébranler les certitudes d'un homme représentant une idéologie qu'elle exècre, mais dont la sérénité et les certitudes pourraient avoir raison de ses emportements.

Ce beau duo transcende le matériau de cette histoire d'amour interdit qu'on pourrait avoir vu des centaines fois au cinéma mais dont on ne se lasse pas, lorsqu'elle est racontée ainsi.

 

L'écriture du scénario s'éloigne avec bonheur du manichéisme attendu  en nuançant le traitement de ses personnages et les situations,  conférant ainsi une bonne dose de singularité à cette énième oeuvre mettant en toile de fond l'occupation allemande.

Sans trop de rapport finalement avec le film de Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo et la regrettée Emmanuelle Riva- film vu il y a trop longtemps le concernant pour m'en souvenir-  cette relation amoureuse qui ne dit pas son nom porte à bout de bras un très beau film juste et sensible qui vaut bien mieux que ses ce qu'on pourrait penser.

Une des belles surprises  du cinéma français de ce début d'année 2017 qui prouve que loin d'être mort le cinéma  romanesque pur respire encore et on l'espère pour longtemps encore!!