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Alors que 2017 marque l'année du quarantième anniversaire de la disparition d’Henri-Georges Clouzot,  il était plus que naturel pour le Festival Lumière de marquer le coup avant même que  la Cinémathèque française qui proposera, dès le 8 novembre prochain et jusqu'à l'été 2018, une large  rétrospective de ses films.

Pendant toute la semaine du festival Lumière, l'intégralité de son œuvre, restaurée en 4K a été ( et continue jusqu'à dimanche soir ) d'être proposée : L’assassin habite au 21, Quai des Orfèvres, La Vérité Le Corbeau, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques, Le Mystère Picasso et d'autres films moins connus comme Manon ou la Prisonnière.

L’occasion idéale de réhabiliter totalement l’œuvre de ce  véritable maître du suspense , et qui est d’ailleurs le  seul avec Michelangelo Antonioni et Robert Altman à avoir fait ce grand chelem    qui rend fou d’admiration tout cinéphile : puisqu'il a remporté au cours de sa carrière le Lion d’or de la Mostra de Venise, la Palme d’or du Festival de Cannes et l’Ours d’or du Festival de Berlin.

 

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Surnommé le «  Hitchcock français  », ce cinéaste majeur est en effet devenu une véritable référence du film de genre, n’ayant pas son pareil pour tisser une œuvre dans lesquelles la noirceur et la perversité ( le sadomasochisme même pourrait on dire) règnent en maitre.

Pour parfaire mes lacunes dans la filmographie d'un cinéaste qui a été -trop?) longtemps dénigré, notamment par les tenanciers de la Nouvelle Vague, j’ai eu l’occasion, durant le festival,  de voir deux films de Clouzot- surement ses deux plus emblématiques Les Diaboliques et "le salaire de la peur", et surtout j'ai eu la chance de dialoguer avec deux sgrands pécialistes du metteur en scène.

Ces spécialistes, ce sont Chloé Folens, qui a consacré un livre récent, "Les métamorphoses d’Henri Georges Clouzot", paru aux éditions Vendémiaire au cinéaste et Pierre Henri Gibert qui a, quant à lui, réalisé un documentaire d’une heure, projeté lors du Festival, "Le Scandale Clouzot" ,  m'ont dévoilé pas mal de ficelles et d'anecdotes pour mieux cerner  l'homme et l'artiste,  dont la vie intime et artistique s'imbrique avec encore plus de force que pour les autres grands cinéastes.


Le livre et le film documentaire se complètent et se font miroir, et s’appuient tous deux sur des archives inédites conservées par la Cinémathèque française et prennent bien soin de redorer le blason de Clouzot et de mettre en avant le génie de l’artiste Clouzot, au détriment de sa légende.

Une légende forgée d'une part par son ambiguité politique puisqu'on ne peut oublier ;  Henri-Georges Clouzot a ainsi réalisé des films sous l’occupation nazie, avec la bénédiction de la Continental, à Paris, studio créé par Joseph Goebels (ministre de la Propagande nazie) et d'autre part par son comportement radical sur les tournages.

 

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Car la réputation d'exigence de Clouzot est connue de tous et de toutes –et ses acteurs, et surtout ses actrices, de Bardot en passant par ses épouses et muses Suzy Delair et Vera Clouzot, décédée tragiquement en subirent gravement les conséquences. À ses yeux, seul  lui importe le film qu'il a rêvé de faire et qu'il réalise exactement comme il l'entend sans aucune concesssion de toute nature!

Cette image, réelle mais réductrice,  d’un cinéaste tyrannique et pervers,  aura sans doute trop un peu vampirisé le génie créatif d’un cinéaste qui n’a eu de cesse de réinventer son cinéma et d’utiliser tous les arts qu’il aura expérimenté de près et de loin  au cours de sa vie : le théâtre, la musique, la peinture, l’écriture, tout cela digéré et mélangé afin de  réaliser une œuvre cinématographique d’une grande cohérence et d'une grande audace formelle.

  L'ouvrage de Cholé Folens détaille avec une grande clairvoyance et une grande richesse documentaire et iconographique,  comment chacune de ses œuvres séquence la vie du cinéaste et comment il n’a eu de cesse de puiser son inspiration,  ans sa propre vie et dont chaque étape éclaire son processus de création.

Si nous reviendrons longuement sur ces ouvrages à l’occasion du rendu de ces entretiens, nous pouvons d’ores et déjà proclamer, alors que le Festival Lumière touche bientôt à sa fin, à quel point l’œuvre de Clouzot, qui a inspiré nombre de cinéastes notamment étrangers, d’Hitchcock (jaloux des Diaboliques dont  il a voulu copier la virtuosité scénaristique avec son fameux "Vertigo", aussi adapté des Boileau-Narcejac) est essentielle et fait largement partie du patrimoine cinématographique mondial.

 

 

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 Livre :   Les Métamorphoses d'Henri-Georges Clouzot; Chloé Folens

Éditeur : Vendémiaire

Collection / Série : Cinéma

Prix de vente au public (TTC) : 25 €

 Film documentaire :  Le Scandale Clouzot de Pierre-Henri Gibert (Documentaire, 2017, 1h) S’il a influencé des cinéastes contemporains majeurs (Friedkin, Spielberg), Clouzot reste sous-considéré en France. En se penchant sur sa vie romanesque et son œuvre, on découvre un homme insaisissable, touche-à-tout et inventif.  Villa Lumière di 22 à 11h45 et sera diffusé sur arte en novembre prochain

Projections des films de Clouzot réalisateur durant le week end :

L’Assassin habite au 21   ICiné Caluire sa 21 à 20h30 I Lumière Terreaux di 22 à 16h45 

Le Corbeau  Cinéma St-Denis sa 21 à 14h30

Quai des Orfèvres I UGC Astoria sa 21 à 18h

Le Salaire de la peur I Pathé Bellecour sa 21 à 14h30 I Comœdia di 22 à 14h30

Les Diaboliques I Pathé Bellecour di 22 à 16h30

Les Espions  Lumière Fourmi sa 21 à 14h30 

La Vérité I Cinéma Bellecombe sa 21 à 20h30 

La Prisonnière  sa 21 à 19h30

  

                

 À noter enfin  que "Les diaboliques" et  "Le salaire de peur"  seront disponibles en combo Blu-ray/DVD chez TF1 Studio à partir du 24 octobre.