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"Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet."

Deuxième roman de Fabrice Caro dit Fabcaro, connu au delà du cercle des initiés depuis le triomphe de sa BD,  bientôt adapté au cinéma, "Zaï Zaï Zaï Zaï" (publié chez 6 pieds sous terre, 2015, 250.000 exemplaires vendus),   "Le discours" est un des bijoux littéraires de cet automne littéraire qui fait assurément du bien, vu les sujets toujours très sombres et très noirs qui ornent les bacs de ventes des librairies .

Ce roman Fabrice Caro inaugure la nouvelle collection Sygne, de Gallimard, lancée pour accueillir des auteurs venus d'autres horizons que la littérature et par la même nous fait découvrir une facette toute autre de l’auteu: si une grande  partie de son humour est intacte, le cynisme disparait au profit d'une mélancolie tenace et évidente.

Unité de temps, unité de lieu, unité de décor : , tout dans le Discours se déroule dans la tête du personnage principal,au rythme tumultueux de la pensée du personnage , le même jour, dans un même lieu, au cours d’un repas familial.

Le point de départ de l’histoire ? Une demande de discours à Adrien, le personnage principal et le narrateur, de la part de son futur beau-frère pour le mariage de sa soeur. Comme Adrien est plutôt un « looser » l’idée de parler en public le plonge dans un grand désarroi, début d’un monologue intérieur qu’on imagine très bien façon stand up.

Adrien n’attendrait pas désespérément le SMS de sa petite amie Sonia, qui lui a imposé « une pause », son regard sur son environnement serait moins sévère. Mais là tout l’agace, tout le déprime et c’est très drôle .

Le discours de Fabrice Caro aurait pu tomber dans un certain cynisme car il se moque de pas mal de conventions mais le roman fourmille de petits détails qui montre la tendresse sous le regard mordant et ce sens aigu de la formule absolument formidable de Fabcaro.

"La descente du « Mon cœur d’amour » à Adrien est une piste noire verglacée qu’on descend sur les fesses, sans pouvoir rien faire d’autre qu’attendre d’être en bas, passif et résigné."

 "Je suis celui qui ne vient pas par deux, je ne suis qu'une moitié d'entité"

"Le discours" peut se lire comme une pièce de théâtre aux allures de one-man-show, où l'on rit énormément et qui est traversé par une forme de mélancolie , qui parle de malentendus avec nos proches et de désilusions , et cet égocentrisme et individualisme qui est le mal de notre époque.

  Adrien, génial anti héros du quotidien nous réjouit et nous ravit .tant l’auteur maitrise l’art de la chute et des situations absurdes...