Le marathon d'écoutes effectuées pour le Prix Audiolib 2019 se poursuit avec celle de La Toile du Monde d'Antonin Varenne, parue en version brochée aux éditions Albin Michel à la rentrée littéraire d'août dernier. Un titre dont la couverture, sublime, laissait présager d'un joli voyage dans le Paris du début de XXème siècle...  

 

                                        La Toile du monde 

L'histoire...

Le récit se déroule en 1900, au moment de l'Exposition Universelle, qui, pendant six mois, a fait rayonner Paris à travers le monde. L'avènement de l'électricité la transforme en Ville Lumière et la Dame de fer, décriée depuis sa récente création, devient un symbole de grandeur et de modernité. 

Ou du moins, d'une modernité d'apparat, car les moeurs, les mentalités, elles sont cruellement dépassées. Nous sommes plongés dans une époque où les femmes doivent avoir des autorisations de la préfecture pour porter des pantalons. Où porter des corsets à s'en étouffer est, pour elles, de mise. Où parmi les "attractions", les zoos humains ont une place normale.

Journaliste au New York Tribune, Aileen Bowman y est envoyée pour couvrir cet événement sans précédent en France. Cette jeune femme frondeuse aux cheveux d'un roux flamboyant, parfaitement bilingue, libre aussi bien dans ses idéaux, ses pensées que sa sexualité, semble chercher dans ce voyage l'occasion de mener une quête plus personnelle, qui sera dévoilée au fur et à mesure du récit. Pendant son séjour à Paris, elle côtoie les journalistes féministes de La Fronde, qui, comme elle, militent pour l'émancipation des femmes, mais aussi des artistes, dont le peintre Julius LeBlanc Stewart pour lequel elle n'hésite pas à poser nue. Elle retrouvera un "frère" amérindien au Pawnee Bill's Show, village humain installé pour l'Exposition Universelle, rencontrera un jeune ingénieur et sa femme qui donneront une nouvelle couleur à son voyage. 

Je n'ai malheureusement pas vraiment été embarquée dans le récit des aventures d'Aileen Bowman. Le personnage me semblait incarner le parangon exacerbé de la femme sulfureuse, je trouvais que sa liberté se manifestait plus dans ses moeurs que dans ses idées. Son histoire avec ce frère issu de la communauté de sa mère, m'a parue mal imbriquée dans la sienne. J'aurais aimé passer plus de temps en compagnie de ce "trouple" qu'elle forme avec Joseph et sa femme. Leur histoire s'achève, à mon goût, trop rapidement.  

C'est surtout la toile de fond historique qui m'a intéressée : dans ce roman, on croise des personnages qui ont réellement existé comme Rudolf Diesel - j'ai par ailleurs appris, dans l'entretien qui suivait la narration, que c'était un homme profondément dépressif et qu'il avait mis ses concitoyens en garde déjà en son temps, sur les dangers de l'industrialisation, sur l'impact dramatique qu'elle pouvait avoir sur l'environnement, si elle n'était pas maîtrisée de facon raisonnée, quel visionnaire ! -; on entend parler d'artistes comme Gustave Courbet et de son scandaleux L'Origine du Monde. D'ingénieurs comme Fulgence Bienvenüe, grand architecte du métro parisien, pour lequel Joseph travaille. Pour autant, j'aurais aimé que l'exposition Universelle soit bien plus présente dans l'histoire, plutôt qu'elle soit traité comme un événement en toile de fond. 

Le style de l'auteur est quant à lui fluide, agréable. Certains passages sont très beaux, empreints de sensualité. 

La narration

Je ne connaissais pas du tout Julien Defaye. Sa lecture est très agréable et réussit à porter toute la sensualité du texte. 

J'ai une fois de plus beaucoup apprécié l'entretien avec l'auteur à la fin du récit, c'est un moment intime toujours éclairant. Il y parle notamment de son envie de voir son roman lu par un homme, vous découvrirez pourquoi en l'écoutant par vous-même... 

Pour vous faire votre propre avis sur la version audio de La Toile du Monde d'Antonin Varenne ? Rendez-vous sur le site d'Audiolib pour le découvrir !