sandor-nora-couv-licorne-1

 

"Maëla prit une autre poignées de bonbons : c'est ainsi qu'elle passerait sa soirée : chauve et rose. Cependant, en regardant Instagram de Belle Beauté, il lui semblait participer même si c'était sous un mode dégradé à ses soirées parisiennes, à ses robes de princesse, pleine de dentelles et de paillette- de sa chambre on voyait la tour Eiffel illuminée."

La vie de Maëla, vingt ans, s'écoule au rythme des réseaux sociaux. Quand elle ne s'ennuie pas sur les bancs de l'université de sa petite ville de Bretagne,  ou à la caisse du supermarché  où elle travaille, elle passe l'essentiel de son temps dans un monde virtuel, faits de visites sur instagram et de post sur son compte qui ne décolle pas, malgré tous ses efforts. 

Maëla est fascinée également par une star du hip hop qui a inventé une mystérieuse identité virtuelle, et se met en scène accompagné de son ours des Carpates, Baloo. qui fascine particulièrement  notre héroine 2.0

Peu de romans français  - à part sans doute Camille Laurens dans celle que vous croyez ou  Frédéric Ciriez avec BeetieBook- s'étaient jusqu'à présent osé s’engouffrer dans des thématiques  aussi contemporaines  que celles des réseaux sociaux,  et  nous montrer à quel point le virtuel tend à prendre le pas sur le réel.

"Licorne"  premier roman d'une jeune romancière  assez mystérieuse décrit bien l'illusion de vies parfaites montrées sur Instagram et le sentiment de nullité qu'il peut engendrer sur les gens "normaux" dont la vie n'a rien d'Instagramable.

L'héroine de Nora Sandor, sorte d'Emma Bovary 2.0, à la recherche d'un bonheur hypothétique, jeune fille  désabusée et mélancolique, va vite ressentir une confusion entre réel et réalité, portée par sa terrible addiction aux likes.

Nora Sandor montre parfaitement comment l:idée de faire de sa vie un scénario où la notion d'intimité n'existe plus (il faut toujours en montrer plus sur sa vie privée), un monde à part dans lequel la viralité, la popularité qui peut vous porter aux nues et vous descendre en flèche dans un très court laps de temps, tout ceci est très subtilement montré dans un roman aussi crépusculaire que poétique, avec cette image de l'Ours des Carpates, monstre métaphorique assez fascinant.

On voit à quel point  les réseaux sociaux promeuvent un idéal de réussite très individualiste et libéral,  Nora Sandor n'hésite pas dans sa satire à se moquer du positionnement de ces influenceuses qui nous font des leçons de morale sur "consommer moins, consommer mieux" alors qu'elles affichent une tenue différente tous les jours et nous "vendent" un nouveau produit un jour sur deux .

Un percutant tableau de la modernité virtuelle  ironique, cruel et terriblement juste, à ne pas manquer dans les lectures de cet été !