Søren Prévost investit en ce moment le Théâtre Lepic avec Balance ton père, un one-man-show où il y a pas mal de monde qui passe, dans lequel il se livre avec auto-dérision, et tendresse.

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Cher spectateur, rassure-toi, Søren Prévost ne va pas, une heure vingt durant, t'assommer avec ses déboires de fils de, ni régler ses comptes en public avec son père, Daniel.

Il va certes, exploiter la figure du père en faisant allusion au sien - qu'il ne nommera d'ailleurs jamais -, mais va aussi et surtout nous parler de lui, en tant que père d'une fratrie de quatre enfants. En tant que fils d'une maman partie trop tôt, il y a presque dix ans. Il va, encore, évoquer son métier de comédien, sa vie professionnelle qu'il décrit comme assez peu glorieuse. La seule nomination qu'il ait jamais reçu ? Celle du Gérard pour la Carrière Qui ne Décollera Décidément Jamais. Sa plus grande consécration ? Son rôle de 218, dans les spots de publicités 118-218, où il était affublé d'un short rouge et d'une perruque et qui lui a valu de pas mal vadrouiller. Sa plus grande fierté ? Véridique, cette fois : ses trois filles et son garçon, dont il décrit les arrivées respectives dans notre monde avec force métaphores que nous vous laisserons découvrir...

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On parle de one-man-show, mais à vrai dire, nombreux sont les personnages qui peuplent ce spectacle : il y a d'abord Philippe Dusseau, qui débarque quelques minutes après le début avec l'envie manifeste de se faire remarquer, et qui s'incarne tour à tour sous les traits d'un spectateur odieux, puis d'un médecin ou encore d'un journaliste. Grâce à leur complicité, leur duo fonctionne bien et fait plaisir à voir. Il y a ensuite la femme de Søren, dont le caractère bien trempé transparaît au travers de conversations téléphoniques auxquelles on assiste, moqueurs, en direct. Et enfin, il y a cette figurine articulée qu'il manipule à l'envi, qu'il menace de son fusil sur fond de musique angoissante et de lumière tamisée : c'est une allégorie en chiffon de ce père qui, selon lui, le suit par son regard et par son nom, qui l'observe, l'épie presque. 

Il y a des moments très drôles dans ce spectacle - mention spéciale pour le témoignage de l'addict aux machines à laver -, des moments émouvants où il parle de sa maman, avec son portrait projetté en fond de scène. Et d'autres qui, malheureusement, pêchent par manque de finesse et font disparaître toute poésie. Le texte est en tout cas bien écrit, avec de sympathiques jeux de mots et références, et extrêmement bien mis en scène par Philippe Lelièvre : le recours aux accessoires (au faux tableau de Miro, et à d'autres dont la présence peut sembler surprenante), les jeux de sons et de lumières, les interventions diverses de personnages qu'on ne voit pas toujours, sont autant d'éléments qui permettent d'ajouter originalité et dynamisme à un ensemble déjà solide.

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Sans jamais tomber dans la méchanceté ni le clash gratuit, et toujours avec un regard tendre, Søren Prévost offre une ode toute personnelle à la famille qui en réjouira plus d'un !

Les mardis et mercredis à 21h, jusqu'au 18 décembre au Théâtre Lepic, 1 avenue Junot, 75 018 Paris