Alors que J'accuse de Polanski sur l'affaire Dreyfuss  sort les écrans cette semaine ( avec la  nouvelle polémique que l'on sait et qui devrait faire mal à la carrière du film) et un André Marcon dans le rôle d'Emile Zola, il est temps de vous parler d'un très bon roman de la rentrée qui parle également du grand romancier de la saga des Rougeot Macquard, un livre de Jean Paul Delfino qui tente et réussit une biographie en creux du grand Zola qui a bercé notre  adolescence..

 

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 « Sévère, la voix d’Henri Galli venait de claquer dans la salle à manger. Á demi dressé sur sa chaise, l’index martelant chacune de ses phrases sur la poitrine de Buronfosse, il gronda : « Le plus beau jour de votre vie, ce sera lorsque tous les juifs seront chassés de France. Ce sera lorsque nous aurons nettoyé l’armée et toutes les institutions de cette engeance maudite. Ce sera lorsque nous pourrons ouvrir à nouveau le dossier Dreyfus. Ce sera lorsque nous pourrons réhabiliter nos amis injustement frappés d’infamie par la République. Ce sera lorsque nous serons au pouvoir. Et pas avant. » 

Paris 1902. En ce début de siècle plein de promesse, la France antisémite se porte bien, on peut lire le pamphlet d’Edouard Drumont, « La France Juive » 1200 pages publiées à compte d’auteur chez Flammarion et en vente partout.

Chaque semaine l’hebdomadaire « L’antijuif » dirigé par Max Régis s’inquiète de l’état de la France, tirage 120 000 exemplaire tout de même. Au quotidien, le journal « La Libre Parole » appelle les bons français à se méfier du Juif. Alphonse Daudet peut être très fier de son rejeton Léon qui n’en finit pas de dauber sur l’engeance juive et sur tous les Dreyfusards. N’a-t-il pas surnommé Zola « le Grand Fécal ».

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 Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902 Emile Zola meurt asphyxié à cause d’un poêle à bois défectueux, un accident d’après la police, peut-être pas d’après les historiens.

Depuis l’affaire Dreyfus, le grand écrivain s’est fait beaucoup d’ennemis.

Plongée suffocante dans la France des derniers jours de Zola, une France rance et moisie qui ne rêve que de repli sur soi, une France bravache et revancharde mais terrifiée.

Jean-Paul Delfino mène l’enquête, recoupe les témoignages, fouille  des archives malodorantes pour mettre à jours les agissements d’une bande d’écrivains, de politiciens, de journaliste nationalistes et racistes et se pose les bonnes questions sur leur implication dans la mort d’Emile Zola.

"Dans un costume noir, lune maigre mèche raide battant sur son front bombé, Maurice Barrès se récria aussitôt: « Le discours que vous attendez de moi nécessite un minimum d’application et de méthode, je vous l’ai déjà dit. Vous, vous vous réservez les aboiements et la vindicte. Et moi… moi… – Vous, quoi? – Comment voulez-vous que j’explique à un public de déguenillés, de crève-la-faim, qu’il est à sa place et qu’il ne doit rien espérer de mieux dans l’avenir? Tout de même! – C’est pourtant bien ce que vous avez déjà écrit, non? –

Entre écrire et dire, la différence est de taille, ne vous en déplaise. Il faut que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance, car c’est la condition première de la paix sociale. Mais le clamer à une tribune est une autre paire de manches. Et si j’étais mal compris? Et si l’on me huait? »

« Assassins !  » est un vrai bon roman historique qui nous ramène dans une époque, un début de siècle qui pourrait ressembler au notre si nous ne prenons pas garde. "Restons vigilants", semble nous dire l’écrivain.

Au fait Henri Galli à encore un très joli square à son nom dans le quatrième arrondissement de Paris. 

Jean-Paul Delfino, Assassins ! Roman 240 pages  18 €

© Éditions Héloïse d’Ormesson, 2019 | www.heloisedormesson.com