Petite sélection en ce mercredi de janvier  de nouveautés poches  lues - et pour deux d'entre elles parues- en ce début d'année :

1/ Peine perdue; Kent ( J'ai Lu 22/01/2020)

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"Il n'était pas envieux. Il aurait dû. Il avait été trop passif. Maintenant, il soupçonnait Karen d'avoir eu, dès leur première rencontre, l'intention de l'accaparer pour ses projets personnels."

 "Peine perdue", le dernier roman  de Kent le musicien lyonnais très connu et très talentueux  raconte, l'histoire d'un musicien  qui se retrouve l'oeil et le coeur complètement sec, une fois confronté au deuil de la femme qui a partagé sa vie. 

 Alors que cette tragédie devrait  totalement anéantir Vincent (claviériste et compositeur de profession, autant parler d'un milieu que l'auteur connait quand même un peu pour assoeir la crédibilité des situations), ce dernier se rend compte que le chagrin tant attendu n'arrive pas. 

On voit ainsi que le titre "Peine perdue- qui aussi celui d'un célèbre roman d'Olivier Adam-  sied parfaitement à ce beau livre car Vincent va passer une bonne partie de son temps à chercher en lui sa peine à lamanière d'un objet qu'il aurait simplement égaré.

Forcé de se plonger dans ses souvenirs et livrer une introspection forcément douloureuse,  Vincent va se rendre compte qu'il n'aimait plus sa femme et qu'il se sentait dépossédé de son vrai soi-même par celle ci, et par les compromissions que la vie de couple implique le plus souvent.

Tentant de se ré-approprier ce qu'il pense être  sa vraie personnalité,  et profitant de sa vie de musicien en tournée pour se confronter à soi même, Vincent va finalement se rendre compte que la réalité est plus complexe que ce qu'il pensait et que cette souffrance égarée pourrait bien se retrouver là ou il ne pensait pas la trouver.

"En tournée, chacun est ce qu'il veut, certains tombent le masque, d'autres s'en inventent, d'autres encore demeurent eux même."

L'occasion pour Kent, qui a toujours manifesté dans ses chansons et dans ses livres, une vraie inclinaison  et une vraie tendresse pour les  perdus et les résignés,  de "faire la nique " à ce cynique qui s'est trompé sur ce qu'il pensait savoir de sa vie.

L'occasion également de nous offrir une ballade intérieure un peu désenchantée, mais qui a le mérite de n'être jamais nihiliste ni complétement désespérée - on n'est pas chez Houellebecq- sur l'usure du couple et la renaissance d'un être au coeur gelé.

 Kent, qui a commencé  au début des années  80 à écrire , un peu par hasard, sur proposition d'une jeune éditeur de polars, a eu bien fait de perseverer dans cette voie  : avec  "Peine perdue",  en cet hiver littéraire particulièrement froid,  Kent nous livre un très beau roman qui réchauffe le coeur par sa justesse et son humanité..

 https://www.jailu.com/Catalogue/litterature-francaise/peine-perdue

 2/ Avalanche Hôtel/ Nico Tackian,  Le Livre de poche

avalanche hotel

 «  Il y eut un silence d’église. Joshua réalisa soudain qu’il se trouvait en peine montagne, dans les entrailles d’un hôtel en ruine en train de discuter avec un gars qui passait la plus part de son temps à errer dans des couloirs vides en parlant tout seul. Il eut un frisson en imaginant Robert, hache à la main, courant dans un labyrinthe végétal derrière son petit garçon gémissant « REDRUM » avec des yeux révulsés. » 

Rescapé d’une avalanche qui aurait pu lui couter la vie, Joshua Auberson lieutenant de la police de Vevey, petite ville paisible au bord du lac Léman,  se retrouve à faire des rêves récurrents qui le plonge dans une grande perplexité. Des souvenirs très clairs de sa propre enfance se retrouvent mêlés à la progression d’une enquête actuelle.

Depuis longtemps Joshua ressent un vide existentiel profond que rien, dans sa vie, ne comble. Pourquoi a-t-il alors la nette impression que la recherche de l’identité d’une jeune femme sans connaissance dans le centre de réanimation de Lausanne pourrait l’apaiser ?

Fouiller dans le passé d’un luxueux hôtel abandonné, sur les hauteurs de Montreux, va le rapprocher de ses propres souvenirs. Joshua Auberson, en réécrivant l’histoire du Bellevue Grand Palace va enfin pouvoir écrire sa propre histoire.

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Evidemment,  l’ombre de L’Overlook Hôtel chère à Stephen King plane sur le cauchemar éveillé de Niko Tackian. Ce page-turner plutôt efficace  plonge le lecteur dans la psyché humaine et la construction de la mémoire.

Un bon  polar helvétique qui nous parle, sans en avoir l’air, des traumas de l’enfance et du syndrome d’abandon, cette blessure vive qui saigne encore à l’âge adulte.

Une lecture haletante et aussi roborative.

 3/ La conversion, James Baldwin (Rivages Poche)

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  "Mais qu'adviendrait-il alors de son âme appelée un jour à mourir et à se présenter, toute nue,devant son juge ?Fallait-il pour un moment de confort, renoncer aux splendeurs de l'éternité ?"

"La conversion"  est le Premier roman de James Baldwin, un grand auteur américain revenu sur le devant la scène littéraire en France il y a quelques années seulement,  depuis le succès du documentaire de Raoul Peck qui lui était consacré.

Par  le truchement du récit autobiographique, "La Conversion " récrit en 1952 raconte l’examen de conscience de John, le jour de ses 14 ans, en attente d’une révélation mystique.  

Dès ce premier roman, James Baldwin plaide la cause des Noirs et de leur lutte pour l’égalité en mettant en scène une société forcément énormément dominée par l’idéologie ségrégationniste.

 Il se concentre surtout sur la place occupée par la religion catholique (et notamment évangéliste) dans les familles noires. 

Le ton du roman est particulièrement sombre, même si la lumière de la présence divine est toujours visible!

Un grand premier roman dans lequel on ressent les promesses du grand romancier en devenir!