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" Barthélémy observe, veille, accompagne, répare. Il explique aux ouvriers dépassés par le métier capricieux pourquoi le fil craque ou bien comment régler la vitesse de la pédale. Après quoi les travailleurs reprennent la couture mécanique, tous ensemble, concentrés. Quelques secondes, il forment un coeur qui vibre, claque, siffle puis, à nouveau, déraille. À force d' interventions, Barthélémy comprend que ce ne sont pas seulement les bras des ouvriers qui manquent d' entraînement et de dextérité. Son métier doit encore être perfectionné. Il doit l'améliorer jusqu'à ce qu'il se confonde avec le corps de l' ouvrier. Pour une couture parfaite, ce dernier doit porter le métier au bout de son bras comme la bêche prolonge la main du paysan qui retourne la terre."
A la machine ou la vie terriblement triste d' un génial inventeur.
C' est en regardant amoureusement Madeleine, son épouse, broder une pièce de mousseline que Barthélémy Thimonnier a l' idée de reproduire, par une machine, le mouvement habile effectué par la main de sa chère brodeuse.
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 Barthélémy est un tailleur confirmé et un bricoleur de génie. Il inventera le premier métier à coudre à point de chaînette qui servira de modèle type à toutes les machines à coudre moderne. 
Hé oui, même Isaac Singer devra s' incliner lorsque, le 15 novembre 1855, le jury de l' Exposition Universelle rétablira officiellement que Barthélémy Thimonnier est bien l' inventeur de la machine à coudre.
Mais pourquoi donc alors, Barthélémy mourra-t'-il deux ans plus tard dans le dénouement le plus total ?
" Elle relève le pied-de-biche en le poussant de son index pour dégager le tissus, le libère définitivement en tranchant les fils nacrés d' un coup de ciseaux, sûr et net. Elle se lève, présente le vêtement couleur pêche face à elle, ne relève aucune anomalie. Elle pose la robe contre elle, retient le col sous son menton collé à sa poitrine : les emmanchures et la taille sont parfaitement ajustées, la longueur tombe à mi-mollet, tout comme elle le souhaitait. Je suis émerveillé par les beaux vêtements qu'elle coud, à l' oeil nu, sans mannequin, sans patron. Je l' admire de pouvoir utiliser cette machine. Il me semble qu' elle manie un dangereux engin de chantier, qu' il faut de l' habileté et probablement du courage pour le maîtriser et ne pas provoquer d' accident."
La vie misérable des ouvriers en ce début de XIX ème siècle dans la région lyonnaise, et le triste destin d un homme qui croyait en ses rêves, mais aussi de tendres souvenirs d' enfance et une déclaration d'amour d'une fille à sa mère.
Passionnante histoire que celle de Barthélémy Thimonnier, et doux et caressant le regard d'une petite sur sa mère au travail.
D'une écriture poétique et engagée, la romancière lyonnaise Yamina Benahmed Daho mêle habilement l'historique et l'intime et nous offre deux tendres biographies.
Un très beau roman.

Yamina Benahmed Daho, A la machine, L’Arbalète-Gallimard, février 2021, 176 p., 18 €