Bertrand Usclat : "L’humour c'est pas mal pour faire ce qu’on ne peut vraiment pas faire ailleurs."
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Carton plein pour 'De La Comédie Française' qui en est actuellement à près de 500 000 entrées.
De la Comédie-Française est la comédie française réussie de cet été. Drôle, rapide, surprenante.
Explications de son coréalisateur Bertrand Usclat qu'on avait croisé deux fois à Avignon aussi bien en mmars aux Rencontres du Sud que pour le OFF d'Avignon pour présenter aussi en rodage son seul en scène. "Drôle (titre non contractuel)", au Théâtre des Béliers dans le cadre du Off d’Avignon.
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Bonjour Bertrand, quelques mots sur votre seul en scène qu'on vient de découvrir sur Avignon : on se demandait si vous pourriez aller aussi loin sur scène qu’en vidéo, mais est-ce que finalement vous n’allez pas encore plus loin ?
Bertrand Usclat : (Rires) Pas tant dans ce spectacle que sur scène en général. Il y a quand même un espace d’extrême liberté au théâtre qu’il faut exploiter. L’humour est pas mal pour faire ce qu’on ne peut vraiment pas faire ailleurs.
Si une blague du spectacle est mise hors contexte, sur les réseaux je pense que ça peut être "cata". Et c’est ça que j’aime avec le théâtre et ce spectacle.
Pourquoi choisir Avignon pour ce premier spectacle, quand votre notoriété aurait pu vous permettre un rodage plus serein ailleurs ?
Bertrand Usclat : Merci pour la notoriété, assez relative si on la compare à d'autres (sourires)..
Disons que Avignon, cela nous mettait une échéance. En début d'année, on s'est posés avec Martin et on s'est dit : "Alors, 2026, ce sera quoi ? Il y a le film, mais ce spectacle, ça fait des années que j'en parle... J'ai dit : C'est maintenant ou jamais. » Martin propose Avignon.
Un coup de fil aux Béliers, c'est réglé en cinq minutes... On a sauté aussitôt dit aussitôt fait dans le grand bain, quitte à apprendre à nager ensuite...
Ce n’est pas du "one man", ni du stand-up, ni de la comédie musicale, mais un peu tout ça. C’est quoi pour vous ce spectacle ?
Bertrand Usclat : Je crois en fait que c’est une revanche d’adolescent dans sa chambre qui s’est dit : 'Tiens plus tard j’aimerais faire tous ces métiers' sauf qu'au lieu d’en choisir un, je vais faire un spectacle où je les ferai tous.
Il y avait des envies de chant qui ont rarement dépassé les murs de ma chambre.
Et surtout une envie de donner un aboutissement à ces envies parce que c’est aussi ça, être artiste : écouter ce qu’on a envie de faire.
La scène permet t-elle encore plus la liberté créatrice que la vidéo?
Bertrand Usclat : Pour moi, l’exercice de la scène est plus dangereux que les vidéos car quand ce n’est pas drôle, la sanction tombe directement et en même temps c'est la ou je me sens le plus libre.
On joue a vec beaucoup de règles quand on fait de la vidéo. Sur scène, il y a un principe de prise d’otage du spectateur quand, au contraire, les réseaux sociaux obligent à une position plus séductrice pour capter l’utilisateur, avant qu’il ne passe à la vidéo suivante.
La scène reste un endroit d’essai, qui peut tolérer les imprécisions. Il peut y avoir des ratés et je trouve ça précieux dans une époque où on a tendance à attendre une certaine perfection.
Est-il vrai que vous avez appris le piano pour ce spectacle ?
Bertrand Usclat : Oui, je me suis mis au piano pour le spectacle mais je me demande en fait si j’ai n'ai pas créé ce spectacle pour me mettre au piano (sourires).
À 30 ans, j’avais abandonné cette idée en me disant c’est trop tard. Et en fait, j’ai vu le documentaire sur Vincent Lindon. Il a un énorme piano chez lui, il joue trop mal, il dit : 'Putain, qu’est-ce que j’aurais aimé jouer du piano !'
Et je me suis dit que je ne voulais pas finir comme Vincent Lindon (rires).
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Des humoristes célèbres vous ont-ils inspiré pour l’écriture ?
Bertrand Usclat : Le premier spectacle de Gad Elmaleh, le fait qu’il arrive à créer une histoire, ça m’avait rendu dingue.
Puis pas mal de références anglo-saxonnes. Flight of the Conchords, les rois de mon panthéon, Demetri Martin, Anthony Jeselnik. En France, pour moi, Thomas VDB fait partie des plus forts.
Il y a aussi Thomas Wiesel, Fanny Ruwet : je trouve qu’ils prennent vraiment le public pour des gens intelligents.
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Vous êtes inséparables avec Martin (Darondeau) , autant en coréalisant de la comédie française qu'en mettant en scène votre premier seul en scène.. Comment travaillez-vous tous les deux ?
Bertrand Usclat : C'est ainsi depuis notre première collaboration, quand Martin Darondeau est venu me prêter main-forte sur l'écriture de « Broute ».« Ça a bien matché, on a continué, on a fait deux saisons, on a adoré bosser ensemble. Avec Martin, on arrive à faire les choses assez simplement. On y va, on tente. » « Il faut remettre le titre en jeu, c'est ce qu'on dit à chaque fois »
On a d'ailleurs envie de refaire un truc ensemble prochainement un film ou une série, ou les deux .
Ce qu'on a le plus appris ensemble, c'est à se débarrasser de l'ego pour laisser parler le projet On se fait confiance et on n'a pas de mal à se dire : Euh, je suis pas sûr de ton idée? »
L’avantage de travailler depuis quelques années ensemble fait qu’on est vraiment vraiment raccord : sur les blagues : on se fait très très confiance.
On a aussi ce luxe d’avoir chacun un premier spectateur à notre blague — à savoir le coauteur — ce qui aide à aller très vite.
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Avec un des membres de Baz'art
Et sur le film, cette collaboration à succès a t-elle facilité les choses?
Bertrand Usclat : Oui bien sur, au moment où ce projet était une série, on savait que les chaînes prenaient des réalisateurs chevronnés et des débutants. Quand c’est devenu un film, on s’est dit : « ah là, on aimerait bien le faire parce qu’on a très très envie de conserver cette flamme qu’il y a eue à l’écriture '— et on pense être les mieux placés pour le faire étant là depuis le début.
Notre grande chance a été d’arriver ensemble, avec un texte qu’on assume tous les deux.
Sur le plateau, Martin était beaucoup à la technique, à la mise en scène, aux caméras ; moi beaucoup avec les acteurs. Ce qui nous permettait de travailler deux fois plus vite.
Donc c’était trois semaines de tournage, mais peut-être six semaines en vrai puisque pendant que Martin mettait tout en place, j’étais avec les acteurs et on arrivait très vite avec des premières prises exploitables — ce qui n’arrive quasiment jamais.
Là, on était un peu en télépathie (parce que parfois lui était dans les balcons et moi sur scène). Dès qu’on disait « action », on se retrouvait derrière le combo, on échangeait. Et puis on ajustait.
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Pour en revenir au film est ce qu'après vos exploits sur des formats courts, notamment avec Broute, le long-métrage vous démangeait-il à ce point ?
Bertrand Usclat. : Pas du tout. Ce qui me fait avancer, ce sont les idées que jai et de trouver le format qui leur va le mieux.
Au départ, Bertrand Schaaff, directeur des productions de la Comédie-Française, croise Pauline Clément (interviewée aussi par nos soins pour ce film) dans les couloirs et lui avoue aimer Brout et Moitié.e.s dans lesquels elle joue.
Il lui demande de réfléchir à des formats courts qui pourraient être postés sur les réseaux sociaux de la Comédie Française.
Pauline nous en parle, à Martin Darondeau [le coréalisateur] et à moi, et on se dit qu’il y avait mieux à faire que des petites vidéos.
On s'est donc lancé dans l’écriture d’une série un peu à la manière de Dix pour cent où les acteurs de la Comédie-Française joueraient des acteurs de la Comédie-Française mais sous un autre nom.
Le fil rouge était Nina, interprétée par Pauline:on la suivait pendant la création d’une pièce qui durait plusieurs mois, entre les répétitions, la fabrication des décors, la mise en scène, etc.
On a proposé cette idée de série à toutes les chaînes de télé de France... qui ont toutes refusé.
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Avec Martin Darondeau aux Rencontres du Sud
Pour quelles raisons ?
B.U. Trop niche. La Comédie-Française ferait peur au public semble t-il... Ce refus nous a beaucoup surpris.
Mais nos producteurs n’ont pas lâché, :ils nous ont appelés en février 2025 pour nous dire qu'en juin, la salle Richelieu de la Comédie-Française était libre pendant cinq jours, ce qui n'était pas arrivé depuis trente ans, et qu’il fallait en profiter.
Ils nous ont donc proposé de transformer la série en film.
Les délais étaient très courts mais on a dit OK.
Résultat:on a écrit le scénario en deux mois, on l’a financé en un mois, on l’a préparé en un mois et on l’a tourné en quinze jours.
C’est la grande vitalité du cinéma français de nêtre pas formaté comme peut l’étre une série télé.
Qu'est-ce qui a changé dans le scénario entre la télé et le cinéma ?
B.U. On s’est dit qu'il fallait concentrer le propos.
On avait réécrit la série en supprimant l’aspect chronique pour jouer sur la tension qui existe à trois heures de la première d’une pièce. Un projet certes toujours refusé par les chaînes, mais c'est ce récit-là que nous avons gardé pour le film.
Pourquoi avoir choisi Macbeth de Shakespeare comme pièce alors que vous êtes dans la maison de Molière ?
B.U. Il nous fallait une tragédie pour contrebalancer l’humeur comique du scénario. Or le répertoire de Molière est plutôt joyeux, notamment ses tubes:Le Malade imaginaire, L’Avare...
Il ne faut pas oublier que Macbeth est une pièce maudite où les pires catastrophes peuvent arriver. Ce qui crée une ambiance un peu étrange et mystique, qui nous a permis de convoquer les fantômes du théâtre.
Voir tous ces comédiens s'engueuler en robe victorienne, c'était quand même assez jouissif.
Ce que nous voulions aussi, c’était entrer dans les coulisses de la Comédie-Française pour le public qui ne voit que la scène. Dans le film, on passe dans les couloirs, les loges, la cantine, le foyer des comédiens, le bureau de l’administrateur...
J'ai comme l’impression que le film donne une image un peu plus punk et plus rock que celle que la majorité du public en a.
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Avez-vous dû convaincre les acteurs à participer à cette aventure?
B. U. Sincèrement, pour convaincre les acteurs, ça a été simple: zéro refus.
Pauline est une personne très appréciée et tout le monde lui a fait confiance.
Dès qu'on envoyait le scénario à quelqu’un, il disait oui immédiatement. Très vite, tout le monde a dit oui, ce qui nous a donné confiance, on n’a pas eu à se battre.
Même pour un petit rôle. On avait écrit le personnage principal pour Laurent Stocker:il a accepté sans lire une ligne. Guillaume Gallienne, pareil. Et on a réussi à avoir la voix de Denis Podalydès. :
On a eu la chance de n’avoir que des gens qui ont accepté : aucun refus sur le script.
Et c’est d’ailleurs ce qui l’a emmené beaucoup plus haut, je crois — même ce qui nous a aidé sur le financement à plein d’endroits.
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C'est quoi les références de votre film?
BU :Klapisch est une grande référence pour Martin et moi, notamment sur l’apparition d’un fantôme à un moment dans le film : il le fait très très bien dans L’Auberge espagnole et dans sa série Salade grecque.
Les autres références, c’était quand même beaucoup Birdman : impossible de ne pas y penser. À un moment on a voulu s’en détacher ; en fait, c’est impossible de faire sans : ça nous a tellement marqués
Et sur cette notion de compte à rebours, de time lock — il va y avoir un événement, il faut s’y confronter —, on avait aussi Le Sens de la fête pas mal en tête, avec ce moment où le mariage doit arriver.
Là, c’est pareil : il faut aller sur scène et que tout se passe bien. On était pas mal dans ces eaux-là.
DE LA COMEDIE FRANCAISE A VOIR EN SALLES DEPUIS LE 22 JUILLET 2026
Crédit photo : Les Rencontres du Sud et l'Agence French Lights
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