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Avec Simple comme Sylvain, son troisième long métrage,  présenté ce vendredi dans le cadre des avant premières du Festival Lumière, Monia Chokri, l’ancienne actrice fétiche de Xavier Dolan, signe assurément son meilleur film et sans doute aussi son plus accessible.   

"Simple comme Sylvain » prouve que la néo-cinéaste a un terrain de jeu et un univers bien à elle mais qu'elle a réussi à oter de son cinéma  ces maniérismes et un certain cynisme qui pouvaient laisser le public de coté ( même si certains chez nous avaient déjà beaucoup aimé Babbysitter. ou la Femme de mon frère) 

En braquant sa focale sur les amours d’un couple qui traverse une passion fulgurante, à défaut d’avoir grand-chose en commun, Monia Chokri fait le pari risqué de situer son dernier film dans un terrain déjà bien défriché par le cinéma francophone  le territoire amoureux, sauf que son histoire d’amour passionnelle réussit le tour de force de sortir des sentiers battus tout en parlant à tout un chacun.

Sophia, universitaire aisée,  incarnée par une Magalie Lépine Blondeau absolument géniale dans tous les registres,  est  , un beau jour, totalement bouleversée par l’approche franche de Sylvain, qui représente l’antithèse même de l’homme qui partage sa vie depuis dix ans.  

Sylvain assume son franc-parler et sa condition modeste. Pas de longs discours, que de la spontanéité – parfois déroutante. Il la désire et s’étonne de l’intensité de son affection croissante.

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Bientôt, il lui déclare même sa flamme, alors que Sophia s’efforce de réprimer ses pulsions, contrainte par la pression sociale et la culpabilité.  Que ce soit sur le versant des sentiments ou celui du rire, Chokri frappe fort et juste. 

Et cette variation sur le thème du coup de foudre ravageur se démarque par ce qui fait la grande force de sa réalisatrice :un sens indéniable du comique et du rythme, qui évoque d’évidence les belles heures d'un Woody Allen. 

L'amour peut-il naitre et survivre parmi de trop grandes différences? Le désir peut-il survivre à la routine quotidienne? 

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 Simple comme Sylvain répond à ces questions tout en parlant de désir féminin, d’amour passionnel, et d'histoire d’amour qui réfléchit aux différences entre les classes sociales.  

Car une fois le désir et la passion retombée, la réalité fait son retour et la différence intellectuelle, culturelle, de niveau de vie et de centre d’intérêts – en gros de milieu social - vient mettre un grain de sable dans la passion.

Et « Simple comme Sylvain » le démontre avec doigté, finesse et beaucoup d’humour.  Les scènes de repas chez les familles respectives, piquantes mais pas caricaturales, sont réalistes et jouissives et la scène finale, qui emprunte aux Parapluies de Cherbourg est cruellement douce-amère.

Acvec une pointe d'ironie mais sans juger ses personnages, Chokri jongle entre théorie (raconter comment les plus célèbres philosophes ont pensé l’amour) et pratique. 

 À une époque où le cynisme a supplanté le romantisme et la candeur, la réalisatrice choisit d’exposer sa sensibilité sur pellicule, dans une oeuvre que beaucoup pourraient qualifier de « film de la maturité ».  

Simple comme Syvlain flirte habilement avec les genres : la comédie de situation, la comédie à saveur sociale, comédie érotique,  drame familial et le drame sentimental.

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Avec une habileté déconcertante, elle convoque à la fois le coeur et l’esprit, et sait doser tendresse et beaucoup de moments cocasses et décalés mais pas trop. 

Simple comme Sylvain est un film d’une énergie contagieuse, aussi tendre que cruel, aussi mélancolique que revigorant.

 Une des plus grandes réussites du dernier Festival de Cannes à découvrir en salles le 8 novembre et des cet après midi au Comoedia .