Baz'art  : Des films, des livres...
2 février 2025

Les petites bêtes : Le conte iceberg de Delphine Théodore qui brise le cercle vicieux de l’amour filial - Théâtre 13 (Paris)

 

La morale du Petit Chaperon rouge semble limpide : méfiez-vous des prédateurs inconnus et de la forêt pleine de dangers. Jusqu’à ce que la linguiste Lucile Novat dans son dernier essai De grandes dents, enquête sur un petit malentendupropose une autre lecture : le conte ne met pas en garde contre le danger extérieur, mais contre celui venant de l'intérieur, de la famille.

 

Il était une fois trois femmes, trois générations : la grande mère, atteinte par la maladie, donne cette impression de veiller sur sa descendance venue lui rendre visite. Elle veut couvrir d’affection sa petite fille, jusqu’à presque l’engloutir ! Puis arrive la mère de la petite fille, hyper-active, le sourire aux lèvres figé, enseveli par le poids (émotionnel ?) de ses valises, prête à s’occuper de sa mère, de partager un doux moment de complicité. Elle raconte à sa mère ses accomplissements de la journée, les patients et s’attarde à la rassurer de tout ce qui pourrait la contrarier. L’objet d’irritation du jour : le manteau de la petite fille pas assez chaud. « Il lui en faut un autre » réclame la grand-mère. La mère de la petite fille passe ses nuits à confectionner ce prochain cadeau jusqu’à l’acharnement du petit détail. L’incident semble se résorber, jusqu’à… Jusqu’à ce que la grand-mère tire sur le fil qui dépassait, qui ne fait de l’accomplissement de sa fille un tas de poussière. Parce qu’elle semble être la mieux placée pour « réparer » les erreurs de sa fille, la grand-mère, sortie de la taverne de son lit aux draps blanc, en fabrique un autre qui nous paraît, nous spectateur.rices, similaire. Sa fille, se confond en excuses à ses pieds, la console et la rassure en vain. Une entreprise sans fin, qui suit une mécanique précise d’emprise et de toxicité.

 

La petite fille, interprétée avec foi par Louise Legendre, observe cette relation de ses deux modèles, cet embrasement d’amour au goût étrange. Elle ne comprend pourquoi elle est habitée par la crainte, elle se résout à aider sa mère : « Tant que les filles sont aux yeux de leur maman de toutes petites, toutes petites filles, les mamans restent de grandes et de robustes mamans. Oui c’est ça ! Pour que les mamans restent toujours de grandes et de fortes mamans, leurs filles doivent rester à leurs yeux de toutes petites, toutes petites filles. […] Pour que jamais maman ne soit enfermée dans un caveau et grignotée par les petites bêtes sous la terre, je promets de rester pour toujours à ses yeux une toute petite, toute petite fille ». La petite fille tente toutes les formules, reprenant les sacs lourds qui plombent le dos de sa maman ou usant d’une casserole, jusqu’à se faire du mal. Puis une petite tache rouge se pose sur sa culotte, la grand-mère se meurt. Les petites bêtes ne grignotent pas l’humus mais dévorent notre trio, les condamnant à l’inquiétude.

 

La plume délicate et subtile de Delphine Théodore use du conte afin de décortiquer les traumatismes transgénérationnels, le cercle vicieux de l’amour filial où les liens justifient l’emprise nichée, le poids des non-dits et la légitimation des émotions.

Ici le loup, apparaissant sous les traits d’une marionnette et conduit par la voix de Yannick Choirat, apprend à dire non et encourage la petite fille à briser la chaîne de culpabilité, clin d’œil à ces générations qui entament l’introspection pour briser le cercle répétitif, quitte à être maudites par les anciennes. La forêt n’est pas habitée par le mal enseigné par ces contes. Dans cet univers enchanteresse, l’obscur succède au clair et loge là où on ne le pense pas. Les draps blancs de la grand-mère cachent un secret familial que la petite fille découvre auprès de sa mère. La mise en scène fluide poétique est réglée comme une partition, exhumant les mécanismes que la petite fille arrive à briser. Le trio de comédiennes nous livre une performance forte et glaçante à la fois, quant à l’espièglerie de la mère interprétée à merveille par Amandine Dewasmes et la malsanité de la grand-mère que Claire Aveline arrive à dégager avec un sourire.

 

Derrière le pic de l’iceberg, ce conte dévoile la complexité des relations familiales avant une possible libération, ce qui se niche derrière les apparences fusionnelles. Les contes n’ont jamais été réservés aux enfants ; désormais l’enjeu est de se demander : qu 'est-ce qu'on fait dire aux histoires qu'on raconte, et pourquoi y a-t-il d'autres histoires qu’on préfère taire ? Le vortex d’angoisse est si grand que la secousse des spectacteur.rices en est démultipliée. La seule trace d’onirisme réside par la voix du narrateur Mathieu Amalric. Delphine Théodore réussit le défi de sa première création de haute volée avec délicatesse. Il est clair, une autrice est née et elle est à suivre !

 

Crédits photos : Anne-Cécile Pistenon

 

 

Les Petites Bêtes

Écrite et mise en scène par Delphine Théodore

Interprété par Louise Legendre, Amandine Dewasmes, Claire Aveline

Avec les voix enregistrées de Mathieu Amalric et Yannick Choirat

Marionnettiste et régie plateau – Géraldine Zanlonghi
Marionnettiste – Delphine Théodore

1h40

Tous les jours à 20h

Jusqu’au 24 janvier

Théâtre 13 – Bibliothèque (Paris 13ème)

 

En tournée :

Le Grand R, Scène nationale de La Roche-sur-Yon
les 29 et 30 janvier

 

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 367 386
LE FESTIVAL DU FILM DE LAMA DÉVOILE SA PROGRAMMATION !
 

 

Cette année encore, pour sa 32ème édition, le Festival du Film de Lama vous propose une programmation qui ravira petits comme grands, faisant une belle part aux œuvres présentées au Festival de Cannes avec des films venus du monde entier. Comme l'indique la devise du festival, rendez-vous aux "Chroniques d'un village monde" !
 
Le festival s'ouvrira sur le film de Sarah Arnols L'espèce explosive, présentée à la Quinzaine des Cinéastes cette année et mené par Alexis Manenti, Ella Rumpf et Vincent Dedienne.
 
Pour continuer sur cette lancée cannoise, le festival aura l'honneur de vous présenter La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet mais aussi Notre Salut (Prix du Scénario - Festival de Cannes 2026) d'Emmanuel Marre, Minotaure (Grand Prix de Cannes 2026) de Andreï Zviaguintsev, La Bola Negra (Prix de la mise en scène - Festival de Cannes 2026) de Javier Calo et Javier Ambrossi ou encore Histoires de la nuit de Léa Mysius.
 

Festival du Film Italien de Villerupt

49e édition - Du 23 octobre au 8 novembre 2026

www.festival-villerupt.com

 

 

 

Hommage à Monica Vitti et rétrospective autour de la figure du père, la 49e édition du Festival de Villerupt dévoile ses premiers éléments de programmation et son affiche officielle.

 

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, cette dernière dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays. Une évolution qui sera illustrée travers une sélection d’une dizaine de films.

 

Le festival rendra aussi hommage à l’une des plus grandes icones du cinéma mondial : Monica Vitti, disparue en 2022. Reine de la comédie à l’italienne et égérie de Michelangelo Antonioni, elle est notamment célèbre pour ses rôles dans L’avventura ou Le désert rouge.

DE L'ÉCRIT À L'ÉCRAN MONTELIMAR FILM FESTIVAL 15 ème édition

DU VENDREDI 18 AU JEUDI 24 SEPTEMBRE 2026- Montélimar


Le festival De l'écrit à l'écran revient en septembre 2026 pour sa quinzième édition.
Véritable temps fort de l'action culturelle menée par l'association éponyme, le festival conjugue au présent cinéma et littérature, crée des ponts inter-culturels et interartistiques stimulants et enrichissants. Il s'articule autour de 3 axes fondamentaux: ce qui s’écrit, ce qui se dit et ce qui se pense, sur la toile comme au-delà, et les met en lumière. En 2025, le festival a accueilli plus de 147 invités, organisé 140 événements dont 89 séances de cinéma et réuni plus de 33 000 spectateurs.

De l'écrit à l'écran - Cinéma Festival - Montélimar - 2024 | De L'écrit à l'écran

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
171 abonnés