LE OFF D' AVIGNON VU EN AVANT PREMIERE : SarkHollande : comédie mémorielle ou identitaire d’une fonction présidentielle démonarchisée ?
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Amatrice du théâtre explorateur des lieux de pouvoir de Léo Cohen-Paperman avec son Génération Mitterand, j’attendais ce nouveau volet de « Huit rois » avec impatience. D’une manière plus mémorielle et moins sociologique et anthropologique que Hugues Duchêne, cet épisode sur les présidents de la Vème République rassemble les mandats sarkozyste et hollandais sous un mantra : ils ont tous les deux participé à démonarchiser la fonction présidentielle.
Léo Cohen Paperman et Julien Campani convoquent un Sarkozy juste parfaitement interprété par Clovis Fouinstandupper à ses heures perdues, à convaincre la salle de voter pour lui. Le comédien reproduit avec précision les tics, le débit saccadé et l’énergie fébrile de l’ancien président. Devant un rideau bleu scintillant, le blanc de la chemise et le métal de la grosse montre (absolument à détenir sinon nous avons tous raté notre vie), l’ex-timonier de la droite débarque avec un stock de blagues de droite, aussi frais à appeler « un chat un chat, un chien un chien et une racaille une racaille ». Derrière les rires jaunes et les interpellations d’un public de gauche sur qui ses pioches sont efficaces (taper sur les profs, toujours efficace aujourd’hui !), il ne lésine pas à balancer tous ces mots, aujourd’hui commun au vu de la droitisation de notre vie politique (si ce n’est l’extrême-droitisation) : la culpabilisation des plus précaires, la criminalisation des quartiers populaires, la sauvegarde des banques en 2008 quitte à appauvrir la Grèce… L’effet séduction que la peoplelisation de sa vie privée entraîne s’effrite rapidement, par risibilité. Tel un stand-upper qui souhaite absolument garder son micro quoi qu’il en coûte, les attaques sous soi-disant fond de blagues ne couvrent plus les affaires Bismuth d’écoute ou de financement lybien.
Le rythme monte en gamme peu à peu sans gros accroc. L’écriture très subtile contraste avec les grossier du clown imaginé pour Hollande (très bien incarné par Valentin Boraud), qui elle, se retrouve être davantage inégale et surtout le reflet plus marquant d’une image de « l’opinion publique » que du fond du mandat (sauf à partir de 2015). Ce hic participe à reprendre l’image d’un président non pas « normal » comme il se déclarait mais comme s’il n’était pas conscient du mandat entamé. L’homme chute encore et encore sans toujours comprendre ce que ces chutes racontent au-delà du gag lui-même. Le clownesque est vraiment repris aussi dans ses grandes lignes avec grandes chaussures, le bureau instable… Peut-être signe d’une envie d’ordre dans du chaos ? (ça me rappelle quelqu’un dis moi…). Un point où à mon sens, l’écriture pêche un moment : c’est penser dans la continuité de Génération Mitterand qui parlait justement de l’évolution de l’électorat de gauche. Or le mandat hollandais fut l’illustration même (en plus de la fameuse note pour Terra Nova) de pourquoi l’électorat traditionnel de la gauche s’est détourné du PS. Seule la gestion de la guerre au Sahel et les suites des attentats de 2015 semblent lui faire reprendre pied dans ses immenses chaussures.
C’est alors que la dernière partie surprend parce qu’elle est imprévisible, irréaliste, symbole de pleins de fantasmes d’images entre le soi-disant idéal républicain et le refrain collé aux générations d’immigrés extra-européens mais vraiment bien amenée par les coupures et le débit à pic de Ada Harb. Son récit mêle histoire familiale fictive, ascension sociale, ambitions personnelles et rapport à l’identité. Peu à peu, la sincérité sort par vagues et non plus par petites interstices.
Dans ce nouveau volet, la satire est présente, tout comme la subtilité de l’écriture (déjà observée dans d’autres opus mais juste plus inégale ici) et sans oublier le talent merveilleux des comédiens. Mais cette focalisation sur la démonarchisation amène à quelques trous dans la raquette…
Crédits photos : Valentine Chauvin
SarkHollande (comédie identitaire)
Écrit par Julien Campani, Léo Cohen-Paperman et Clovis Fouin
Mise en scène par Léo Cohen-Paperman
Avec Valentin Boraud, Clovis Fouin, Ada Harb
Collaboration à la mise en scène Esther Moreira
1H30
La pièce s’est jouée du 4 au 20 juin 2026 2026 au Théâtre 13 / Bibliothèque (Paris 13ème)
Cet été au Festival OFF d’Avignon
A 10h au Théâtre du Train Bleu
du 4 au 23 juillet (relâche les 10, 17 juillet)
Tournée :
- Du 20 septembre 2026 au 4 avril 2027 au Théâtre de la Pépinière (Paris)
du 20 septembre 2026 au 4 avril 2027
- Le 25 novembre à la MJC Calonne (Sedan)
- Le 3 décembre à la Halle aux Grains - Scène nationale de Blois
- Le 15 décembre au Théâtre du Cormier (Cormeilles-en-Parisis)
- Le 22 janvier 2027 à La Faïencerie - Théâtre de Creil
- Le 28 janvier au NEST - CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est
- Le 4 février au Parvis - Scène nationale de Tarbes
- Les 5 et 6 février à la Scène nationale du Sud-Aquitain (Bayonne)
- Le 3 mars à L’Avant-Scène (Cognac)
- Du 11 au 13 mars au Théâtre du Fil de l’Eau (Pantin)
Jade SAUVANET
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