L’amour qu’il nous reste de Hlynur Pálmason: retour sur le film et nos questions à Hlynur Pálmason:
Notre chroniqueuse Virginie Dessine, grande fan de culture islandaise, revient sur ce film dont on avait déjà parlé à l'occasion du dernier festival Lumière.
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Malgré mon goût prononcé pour la littérature islandaise, je ne suis pas sûre d’aller un jour en Islande. La vie y est très chère, la voiture est indispensable pour se déplacer en dehors de la capitale et j’ai peur d’être déçue en confrontant toutes les images créées par mes lectures et la réalité. Par contre, je guette les films qui se déroulent là-bas comme L’amour qu’il nous reste et je m’offre le voyage pour le prix d’un ticket de cinéma.
Un film dans la veine pour moi de Perfect days où beaucoup s’ennuieront peut-être car il ne se passe pas grand chose mais dont chaque image montre la beauté, la saveur, l’absurde, la drôlerie, la tristesse aussi parfois des petites choses du quotidien et du temps qui passe. Et puis la femme de cette famille est une artiste (sans succès).
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Hlynur Pálmason, rencontré à l'occasion du dernier Festival Lumière, nous a donné quelques clés sur son cinéma et sur ce film qui ne ressemble à aucun autre.
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L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE semble marquer un tournant après vos œuvres précédentes, notamment GODLAND et son approche épique. Pourquoi vous être lancé dans un film si différent, à la fois dans ses thèmes et son esthétique ?
Je préfère me mettre au travail sans idées trop précises à l’avance, pour garder autant d’honnêteté et de spontanéité que possible dans mes films, en restant au plus proche de l’expérience humaine réelle.
Quant aux sujets, je brasse toujours large. Celui-ci parle de la nature, de ce que l’on construit, reconstruit ou détruit, de ce qui nous rassemble et nous sépare, de problèmes de communication et de sentiments contraires. Mais en son coeur, c’est d’abord une oeuvre sur la famille, dans le prolongement de mes courts et longs métrages précédents.
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À travers le titre, L’Amour qu’il nous reste, le « nous » se distingue…
Le film est en effet un portrait de famille, qui englobe tout ce qu’il y a autour d’elle. Il inclut les grands-parents, les amis, tous ceux qui la façonnent au même titre que la nature. C’est un titre que je continue d’aimer, même après l’avoir beaucoup prononcé et entendu, ce qui est bon signe. Il agit pour moi comme le cœur battant du film.
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Il est difficile de ne pas s’interroger sur le degré d’autobiographie du film. Même s’il n’en est rien, pourquoi avoir écrit et réalisé un film plus personnel et plus proche, à certains égards, de votre propre vie ?
Je considère tous mes films comme personnels, car l’équipe et les acteurs sont souvent des proches et je connais en général les lieux de tournage, les maisons, les voitures… Je prends ce que je trouve autour de moi. C’était déjà le cas de mes autres longs métrages, mais c’est peut-être en effet mon film le plus personnel à ce jour – avec mon court métrage NEST – car mes trois enfants jouent dedans.
L’idée de L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE m’est du reste venue pendant que je tournais NEST, pour lequel j’ai filmé mes enfants dans une cabane dans un arbre sur une période d’un an et demi.
À force de filmer, j’ai commencé à me demander ce que faisaient les parents pendant ce temps, puisqu’ils étaient toujours hors-champ : on entendait parler d’eux, sans jamais les voir. Peu à peu, j’ai imaginé d’autres fils narratifs qui s’entremêlaient et s’enrichissaient mutuellement.
Vous savez, la vie privée ne m’intéresse pas, c’est le caractère de ce qui est personnel qui m’intéresse. Comme je n’ai pas énormément de moyens, je me débrouille avec ce que j’ai. J’ai donc utilisé ma vieille voiture et j’ai fait appel à mes trois enfants, à ma chienne, , à mes poules. J’ai enfin intégré une part de mon travail plastique. Dans le film, la mère de famille est une artiste, qui travaille surtout hors de son atelier, à l’air libre.
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L'évocation de la relation entre le père et la mère de la famille sonne très juste, avec sa complexité et ses zones grises. Il y a de l’amour y compris dans la séparation. Comment êtes-vous parvenu à obtenir cet équilibre ?
Dès le début de l’écriture, j’ai su très clairement que je ne voulais pas que le film ne fasse entendre qu’une seule voix ni prenne parti. Dans la vraie vie, on veut souvent quelque chose sans le vouloir, on ressent un sentiment et son contraire en permanence. Tout le monde est fragile et complexe, c’est ce qui donne matière à des personnages intéressants. Il fallait laisser le film ouvert aux interprétations, qu’elles soient émotionnelles ou narratives.
On n’est jamais uniquement le gentil ou le méchant de l’histoire. Concernant la rupture des parents, l’important n’est pas pourquoi ils se quittent ni s’ils se remettront ensemble – à ce sujet, je ne donne ni ne cherche aucune réponse ni explication.
La question du film, en premier lieu, c’est : que faisons-nous de notre temps ? Qu’est-ce qui compte vraiment ? Le temps qu’on passe avec sa famille, ceux qu’on aime, les souvenirs qu’on se crée. Et ça touche à la vie même, à la mémoire, au sentiment d’appartenance. Qu’arrive-t-il à une famille quand les parents se séparent, que deviennent les souvenirs et les moments partagés ? Que devient l’amour qu’il leur reste ?
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Quelle place occupe l'improvisation dans votre travail?
John Cassavetes est sans doute un des réalisateurs que j'admire le plus, même si nos méthodes différent. Je travaille avec des gens que je connais bien qui me sont proches car l'improvisation peut ainsi être vu comme un jeu, je leur fais jouer une scène écrite ils la jouent à leur façon et je la réécris en intégrant leur fraicheur et leur insouciance.
Abandonner le contrôle du navire , rester attentif à tout ce qui le tournage vivant, c'est essentiel surtout que je viens de vous dire que j'avais aussi mon chien qui jouait dans le film ( rires)
Entre cinéma et votre travail de plasticien, peut-on savoir comment votre travail se répartit?
J’ai toujours peint. Depuis une dizaine d’années, je travaille vraiment les deux activités en parallèle. Je viens de publier un livre, Lamentation pour un cheval ,une série de photographies qui s’étale sur trois années, autour de la décomposition d’un cheval — on en a un aperçu dans Godland. Je me suis toujours considéré comme un artiste « audio-visuel ». Quand je suis arrivé au Danemark, j’ai candidaté à la fois à l’École des beaux Arts et à l’École de cinéma. Et c’est à cette dernière que j’ai été reçu....
Crédit photo: Loic Benoit
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