Nouveauté en poche : Abdellah Taïa, Le Bastion des larmes
«Nous, nous sommes âgées, presque vieilles. Et puis, après la mort de notre mère, nous sommes devenues les gardiennes. Celles d'une certaine mémoire.
La mémoire de notre mère. La mémoire de notre père. De leurs sacrifices. De leurs combats. Et de leurs folies. La mémoire de ce qui nous a liés depuis tant d'années. C'est nous qui faisons des efforts pour garder vivante cette mémoire. Pas vous, les garçons. Ni le grand frère Slimane qui nous a oubliées depuis des années. Ni toi, Youssef, là-bas à Paris, en train de vivre je ne sais quoi de soi-disant libre et dont tu ne dis jamais rien.
/image%2F1371318%2F20260228%2Fob_2a0658_files-1.jpg)
Youssef, professeur marocain exilé en France, revient à Salé, la ville de son enfance, après vingtcinq ans. Ce voyage lui permet de revisiter son passé, son homosexualité dans le Maroc des années 1980, la haine, les injures et les viols, son amour pour son aîné Najib, qui lui parle en rêves. Il ira au Bastion des larmes, muraille à côté de la plage de Salé, lieu magique où s'apaise la douleur.
Abdellah Taïa écrit sans doute toujours un peu le même livre mais en même temps il est différent à chaque fois Il faut dire qu'il construit une œuvre cohérente autour des thèmes récurrents qui lui sont si chers : la mère, la pauvreté, les sœurs, l’homosexualité, la ville de Salé au Maroc, la solitude, la fragilité et l’exil.
On est assez frappés dans ce roman par la violence qui s’exerce sur les homosexuels avec l’approbation silencieuse des passants comme des proches. Et touchés en même temps, fortement, par la sensibilité avec laquelle l’auteur restitue la tectonique des liens au sein de la fratrie.
Abdellah Taïa alterne les scènes crues et les passages d’une beauté à couper le souffle. Toute la psychologie du personnage se tient dans cette oscillation entre souvenirs d’une réalité dure et cruelle et chant d’amour absolu et puissant pour les siens et son pays. On s’attache à ce Youssef romantique et courageux. Et sa quête de lumière est servie par l'écriture dialoguée d'Abdellah Taïa, sa prose singulière belle, évocatrice, rythmée qui entraînerait presque le lecteur dans une transe.
Abdellah Taïa, « Le Bastion des larmes », Folio, janvier 2026
/image%2F1371318%2F20260204%2Fob_515b1d_1000063170.jpg)
/image%2F1371318%2F20260222%2Fob_4792a1_affiche-a3-ecrans-mixtes-2026-new.jpg)
/image%2F1371318%2F20251204%2Fob_3c566e_template-cdm-2026-insta-carre-prog-108.jpg)
/image%2F1371318%2F20251226%2Fob_211419_fcem2026-a3-v1-1.jpg)