DEUX PROCUREURS de Sergei Loznitsa : dans l'antre de la bête totalitaire
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Notre avis :
Deux procureurs, c'est Kafka chez Staline, au temps des purges sanglantes de 1937.
Les purges des années 1930 ont peu inspiré le cinéma, hormis Soleil trompeur (1994) de Nikita Mikhalkov (devenu depuis un des cinéastes officiels du régime de Poutine) et L’Ombre de Staline (2019) d’Agnieszka Holland.
Pour cette leçon historique, Sergueï Loznitsa, qui ne délaisse le documentaire que pour des fictions fortes et maîtrisées de bout en bout (Dans la brume, Une femme douce) raconte une histoire simple et implacable, celle d'un fonctionnaire idéaliste, zélé et honnête, qui n'a pas compris quel système il est censé servir.
Avec Deux procureurs, Sergei Loznitsa nous apporte la pièce à conviction qui manquait à ce dossier historique essentiel, afin de mieux comprendre "L'histoire avec sa grande hache", pour paraphraser Georges Perec.
Prises les unes après les autres, les scènes peuvent sembler austères, souvent marquées par l'attente dans des bureaux du principal protagoniste, inconscient des mâchoires qui vont le briser, mais le temps, s'il est étiré, ne semble jamais long, car perçu comme une sorte d'engrenage fatal.
Deux procureurs offre certainement l'une desexpressions les plus maîtrisées de l'art de la distanciation recherché par Sergei Loznitsa, comme si le cinéaste retenait toute émotion pour mieux cerner au plus près le mécanisme de la Terreur
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Loznitsa sait où il va, contrairement à son héros, et rend palpitant chaque moment de confrontation face aux rouages humains d'une machine qui concasse sans états d'âme.
On peut évidemment y voir un effet miroir sur la Russie d'aujourd'hui, mais le film n'a pas besoin de parler de l'actualité pour forcer l'admiration, ne serait ce que dans sa progression féroce et évidente, eu égard au régime dont il décrit le fonctionnement imperturbable.
Le procureur candide est comme un fétu de paille emporté par une tempête tranquille, au sein d'une logique arbitraire dénuée de toute humanité.
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Deux procureurs est une tragédie épurée construite en échos constants d'une séquence à l'autre, comme si chaque motif en engendrait un autre
Ce n'est pas la première fois, depuis notamment L'Aveu de Costa Gavras , qu'un régime totalitaire est ainsi décrit, mais Deux procureurs prend assurément place parmi les réussites de genre aussi glaçantes que brillantes du genre.
Deux procureurs constitue ainsi une saisissante expérience physique dans l'antre de la bête totalitaire, qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hu
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