{Musique classique} - Bach, Martin, Mendelssohn : une traversée spirituelle au Théâtre des Champs-Élysées.
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Il y a des concerts qui s’écoutent.
Et d’autres qui se traversent.
Au Théâtre des Champs-Élysées, l’Orchestre de chambre de Paris proposait un programme exigeant, presque méditatif, articulé autour de trois univers : Bach, Frank Martin et Mendelssohn. Une construction en deux parties qui, loin de la simple juxtaposition, esquissait un véritable parcours intérieur.
La première partie reposait sur une alternance singulière : des chorals de Bach entrelacés avec le Polyptyque de Frank Martin, œuvre contemporaine inspirée de la Passion du Christ. Une idée forte, presque audacieuse. Car là où Bach installe une forme d’évidence spirituelle, Frank Martin introduit une écriture plus fragmentée, plus moderne, parfois plus âpre.
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Les chorales de Bach — d’une simplicité apparente — déploient une profondeur immédiate. Une musique de l’évidence, où chaque ligne semble aller droit à l’essentiel. À l’inverse, les six images du Polyptyque de Frank Martin explorent la Passion comme une succession de tableaux intérieurs. L’écriture y est plus contrastée, plus narrative, presque picturale, voire cinématographique.
L’alternance entre ces deux langages crée une tension. Par moments, elle peut dérouter. Mais c’est précisément dans cet écart que le programme trouve son intérêt : mettre en regard une spiritualité héritée et une spiritualité réinterprétée.
Sur scène, l’Orchestre de chambre de Paris, ici composé uniquement de cordes, dialoguait avec la Maîtrise de Radio France.
Institution emblématique, la Maîtrise de Radio France forme de jeunes chanteurs à un très haut niveau, mêlant exigence musicale et transmission pédagogique. Leur présence apportait une clarté et une fraîcheur particulièrement justes dans ce répertoire.
Au cœur de ce dispositif, le violoniste Christian Tetzlaff imposait une présence à la fois sobre et habitée. Son jeu, d’une précision presque intérieure, ne cherchait jamais l’effet, mais construisait une ligne, une pensée. Il ne s’agissait pas d’un soliste face à un orchestre, mais d’une véritable conversation musicale.
Cette impression était renforcée par la disposition scénique : deux groupes de cordes placés de part et d’autre, créant un espace sonore presque théâtral. La musique circulait, se répondait, se cherchait. Une architecture qui donnait à entendre la partition autant qu’à la voir.
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À la direction, Thomas Hengelbrock guidait l’ensemble avec une gestuelle précise, presque organique. Sans jamais surligner, il laissait la musique respirer, trouvant un équilibre subtil entre rigueur et abandon.
La seconde partie proposait un basculement avec la Symphonie n°5 « Réformation » de Felix Mendelssohn. Ici, l’orchestre se déploie pleinement : cordes, cuivres, percussions. Le langage change, mais la cohérence demeure.
Mendelssohn, héritier de Bach autant que compositeur romantique, fait dialoguer tradition et élan. Sa symphonie oscille entre tension dramatique et élans lumineux. Le célèbre choral final vient comme une réponse, presque une résolution, à ce qui s’était esquissé dans la première partie.
Sous la direction de Hengelbrock, l’Orchestre de chambre de Paris déploie une énergie maîtrisée, jamais démonstrative. La musique avance avec clarté, portée par une respiration commune.
Au fond, ce programme dessine une trajectoire : de la contemplation à la tension, de la tension à la lumière.
Et dans ce passage d’un langage à l’autre, d’une époque à l’autre, quelque chose se révèle : la musique comme espace de dialogue entre les siècles, mais aussi entre les sensibilités.
Un concert qui ne se contente pas de juxtaposer des œuvres.
Un concert qui propose une expérience.
Par Maxime Dorian — Correspondant culturel
Théâtre des Champs-Élysées
Thomas Hengelbrock direction
Christian Tetzlaff violon
Orchestre de chambre de Paris
Maîtrise de Radio France
Prochain concert : C.P.E BACH, BEETHOVEN, le 9 avril à 20h.
Andrea Marcon direction
Alexander Gadjiev piano
Orchestre de chambre de Paris
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