Baz'art  : Des films, des livres...
28 mars 2026

{Musique classique} - Bach, Martin, Mendelssohn : une traversée spirituelle au Théâtre des Champs-Élysées.

Il y a des concerts qui s’écoutent.
Et d’autres qui se traversent.

Au Théâtre des Champs-Élysées, l’Orchestre de chambre de Paris proposait un programme exigeant, presque méditatif, articulé autour de trois univers : Bach, Frank Martin et Mendelssohn. Une construction en deux parties qui, loin de la simple juxtaposition, esquissait un véritable parcours intérieur.

 

La première partie reposait sur une alternance singulière : des chorals de Bach entrelacés avec le Polyptyque de Frank Martin, œuvre contemporaine inspirée de la Passion du Christ. Une idée forte, presque audacieuse. Car là où Bach installe une forme d’évidence spirituelle, Frank Martin introduit une écriture plus fragmentée, plus moderne, parfois plus âpre.

 

Les chorales de Bach — d’une simplicité apparente — déploient une profondeur immédiate. Une musique de l’évidence, où chaque ligne semble aller droit à l’essentiel. À l’inverse, les six images du Polyptyque de Frank Martin explorent la Passion comme une succession de tableaux intérieurs. L’écriture y est plus contrastée, plus narrative, presque picturale, voire cinématographique.

L’alternance entre ces deux langages crée une tension. Par moments, elle peut dérouter. Mais c’est précisément dans cet écart que le programme trouve son intérêt : mettre en regard une spiritualité héritée et une spiritualité réinterprétée.

Sur scène, l’Orchestre de chambre de Paris, ici composé uniquement de cordes, dialoguait avec la Maîtrise de Radio France.

Institution emblématique, la Maîtrise de Radio France forme de jeunes chanteurs à un très haut niveau, mêlant exigence musicale et transmission pédagogique. Leur présence apportait une clarté et une fraîcheur particulièrement justes dans ce répertoire.

Au cœur de ce dispositif, le violoniste Christian Tetzlaff imposait une présence à la fois sobre et habitée. Son jeu, d’une précision presque intérieure, ne cherchait jamais l’effet, mais construisait une ligne, une pensée. Il ne s’agissait pas d’un soliste face à un orchestre, mais d’une véritable conversation musicale.

Cette impression était renforcée par la disposition scénique : deux groupes de cordes placés de part et d’autre, créant un espace sonore presque théâtral. La musique circulait, se répondait, se cherchait. Une architecture qui donnait à entendre la partition autant qu’à la voir.

À la direction, Thomas Hengelbrock guidait l’ensemble avec une gestuelle précise, presque organique. Sans jamais surligner, il laissait la musique respirer, trouvant un équilibre subtil entre rigueur et abandon.

La seconde partie proposait un basculement avec la Symphonie n°5 « Réformation » de Felix Mendelssohn. Ici, l’orchestre se déploie pleinement : cordes, cuivres, percussions. Le langage change, mais la cohérence demeure.

Mendelssohn, héritier de Bach autant que compositeur romantique, fait dialoguer tradition et élan. Sa symphonie oscille entre tension dramatique et élans lumineux. Le célèbre choral final vient comme une réponse, presque une résolution, à ce qui s’était esquissé dans la première partie.

Sous la direction de Hengelbrock, l’Orchestre de chambre de Paris déploie une énergie maîtrisée, jamais démonstrative. La musique avance avec clarté, portée par une respiration commune.

Au fond, ce programme dessine une trajectoire : de la contemplation à la tension, de la tension à la lumière.

Et dans ce passage d’un langage à l’autre, d’une époque à l’autre, quelque chose se révèle : la musique comme espace de dialogue entre les siècles, mais aussi entre les sensibilités.

Un concert qui ne se contente pas de juxtaposer des œuvres.
Un concert qui propose une expérience.

 

 

Par Maxime Dorian — Correspondant culturel


Théâtre des Champs-Élysées

Thomas Hengelbrock direction
Christian Tetzlaff violon
Orchestre de chambre de Paris

Maîtrise de Radio France 

Prochain concert : C.P.E BACH, BEETHOVEN, le 9 avril à 20h.

Andrea Marcon direction

Alexander Gadjiev piano

Orchestre de chambre de Paris

Commentaires
Qui sommes-nous ?

 

Webzine crée en 2010, composé d'une dizaine de rédacteurs qui partagent  la même envie : transmettre notre passion de la culture sous toutes ses formes : critiques cinéma, de littérature adulte et jeunesse, critiques de pièces de théâtre, concert , expositions, musique, interviews et portraits d'artistes, comptes rendus de spectacles,  tests de jeu de société., couverture de festivals de cinéma ou de musique...

Visiteurs
Depuis la création 8 250 827

 

Depuis vingt-six ans, le Festival Cinémas du Sud, organisé par Regard Sud, offre un panorama du cinéma contemporain du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers des œuvres rares

(Fictions, documentaires) avec la présence exceptionnelle de leurs cinéastes.

 Cette 26e édition qui se tiendra du 15 au 18 avril 2026, permettra de découvrir aussi des œuvres du patrimoine arabe, comme le film Gare Centrale de Youssef Chahine, et Said Effendi du cinéaste irakien Kameran Hosni (né en Irak et décédé en 2004 à Los Angeles) et le film du cinéaste marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam.

Cet évènement sera aussi l’occasion de découvrir des œuvres inédites, des premiers long-métrages et d’assister à une avant-première. Elle accueillera des invités témoignant de l’importance du Festival Cinémas du Sud à l’Institut Lumière.

https://www.institut-lumiere.org/25e-festival-cinemas-du-sud

 

mauvais gones
 

Les Mauvais Gones 2026 : Lyon au cœur du cinéma criminel du 20 au 24 avril

Du 20 au 24 avril 2026, Lyon accueillera la 8e édition du festival Les Mauvais Gones, un rendez-vous désormais installé dans le paysage culturel lyonnais, dédié au cinéma policier et de gangsters.

Pendant cinq jours, le cinéma UGC Ciné Cité Confluence se transforme en véritable immersion dans l’univers du crime à l’écran, avec une programmation de films cultes, des soirées thématiques et des échanges avec des invités du monde du cinéma.

 https://www.lesmauvaisgones.fr/

 

 

Festival Caravane des Cinémas d’Afrique

La 18e édition du Festival Caravane des Cinémas d’Afrique aura lieu du 21 au 26 avril 2026 au Ciné Mourguet et dans 30 salles partenaires à travers la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Créé en 1991, le Festival Caravane des Cinémas d’Afrique avait initialement lieu chaque année avant d’adopter un rythme biennal dès 1992. En 2026, il retrouvera son format annuel, marquant ainsi une nouvelle étape dans son histoire. Ce retour à une périodicité annuelle permettra au festival d’accompagner plus étroitement la vitalité et la diversité du cinéma africain contemporain, en écho à la richesse de sa production et à l’enthousiasme croissant de son public.

Le Festival en quelques chiffres : une trentaine de films présentés, 30 salles partenaires en Région Auvergne-Rhône-Alpes, une vingtaine de nationalités et invités, environ 80 séances, 6 films en compétition pour le Prix du Public, 10 courts métrages pour le Prix du Jury Jeune. 

Nous contacter

Une adresse mail : philippehugot9@gmail.com 

Newsletter
169 abonnés