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9 avril 2026

{Concert} On a assisté au concert de Lilly Wood and The Prick à La Cigale le 1er avril : le vertige des fragments

À La Cigale, le 1er avril, Lilly Wood and The Prick n’a pas seulement donné un concert : le duo a proposé une expérience sensible, presque immersive, à la croisée du corps et de l’intime.

Derrière ce nom volontairement ambivalent — douceur poétique de “Lilly Wood”, aspérité presque ironique de “The Prick” — se tient un duo dont la tension fondatrice irrigue toute la performance. Sur scène, ils sont seuls. Nili Hadida au chant, Benjamin Cotto à la guitare. Tout le reste — textures, rythmiques, nappes électroniques — est porté par la bande-son. Un dispositif minimaliste en apparence, mais redoutablement efficace.

Très vite, le concert s’impose comme lumineux, vibrant, presque euphorique. Le virage électro-pop, désormais pleinement assumé, déploie une énergie collective qui transforme la salle en matière vivante. Synthés et rythmiques électroniques viennent prolonger la guitare, structurer l’espace, porter la voix. Tout semble pensé pour le live, pour faire vibrer les corps autant que les émotions. Là où l’album Christina peut apparaître comme maîtrisé, presque intérieur, la scène en révèle la dimension physique. Les morceaux deviennent pulsation, mouvement, danse. Une musique qui ne se contente plus d’être écoutée, mais qui s’éprouve.

Et pourtant, derrière cette immédiateté, quelque chose résiste.

 


Car ce concert repose sur une tension constante entre énergie et retenue. Progressivement, l’euphorie collective laisse place à des moments plus épurés, presque suspendus. Voix et guitare suffisent alors à faire émerger une émotion plus contenue, plus intérieure. Une émotion qui ne cherche pas à se dire frontalement, mais à affleurer.

Cette dualité — entre extériorité et intériorité — trouve un écho particulièrement fort dans la scénographie. En fond de scène, un mur de fragments de miroirs, parfois recouvert d’un voile blanc. Rien de décoratif ici. Tout fait sens.

Ces éclats reflètent une identité morcelée, en recomposition. Une image jamais totalement donnée, toujours fragmentaire. Comme l’album Christina, qui explore le temps, la perte, les transformations silencieuses. Le voile, lui, atténue, floute, retient. Il introduit une distance. Une pudeur. Comme si la musique elle-même refusait de se livrer entièrement.

 

La scène ne se donne pas d’un seul regard. Elle se devine, par fragments.

C’est sans doute là que réside la maturité du projet. Moins de lyrisme démonstratif, moins d’évidence immédiate. Mais une profondeur nouvelle, une manière de faire exister l’émotion autrement — dans ce qui reste, dans ce qui se transforme, dans ce qui échappe.

Et au cœur de tout cela, une relation. Celle, profondément organique, entre Nili Hadida et Benjamin Cotto. Leur complicité ne se surjoue jamais. Elle circule, simplement. Dans les regards, dans les silences, dans les respirations. Elle crée ce lien rare avec le public : un sentiment de partage immédiat, presque brut.

 

Un concert qui danse, qui enveloppe, qui retient.

Un concert qui, à l’image de leur musique, avance entre deux mondes : celui de l’élan collectif, et celui, plus fragile, de l’intime.

Rédacteur : Maxime Dorian 

Prochains concerts : au Trianon les 27 et 28 novembre 2026

Album : Christina

Editeur : Cinq 7 - Janvier 2026

 

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