Rencontre avec Nicolas Athané, co réalisateur de JIM QUEEN
Présenté en sélection officielle en séance de minuit au Festival de Cannes, JIM QUEEN était à découvrir en avant-première à Lyon, mercredi 10 juin à au Pathé Bellecour, en présence de l'équipe du film.
Porté par le studio Bobbypills (Peepoodo and the Super Fuck Friends, Creature Commandos), avec les voix d’Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon ou Philippe Katerine (qui double… une prostate), le long-métrage Jim Queen, de Marco Nguyen et Nicolas Athane, restera comme l'éclat de rire du dernier festival de Cannes..
Son coréalisateur Nicolas Athané a pu répondre à cette occasion à quelques- unes de nos questions :
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Marco NGuyen et Nicolas Athané (à droite)
Comment est venue l’idée du film ?
Nicolas Athané : Marco Nguyen, le coréalisateur, et Simon Balteaux, le coscénariste, ont apporté le concept original il y a huit ans. Au studio Bobbypills, nous avions déjà envie de travailler avec eux car Marco faisait des clips qui nous amusaient beaucoup pour annoncer les soirées qu’il organisait dans le Paris gay.
Il nous a parlé de “ bears ”, de “ gym queen ”, de “ kiffers ”. J’y comprenais tellement rien que je lui ai dit : “ C’est super, tes histoires fantastiques, mais parle-moi de ta vraie vie. ” Marco m’a répondu : “ Mais c’est ça, ma vraie vie. ” Cela nous a donné envie de faire un périple dans ce monde-là. Il y avait tellement de petites histoires foisonnantes !
Mais on a souhaité se concentrer sur la “ gym queen ”, ses codes, les autres communautés qu’elle fréquente, celles qu’elle déteste, celles qu’elle adore, comment elle est perçue…
Brice et moi avons surtout apporté l’humour Bobbypills et la traduction pour les hétéros [rires]. Il fallait faire comprendre au public qui ne connaît pas ce Paris nocturne que tout est vrai : les “ gym queen ” qui se battent à l’éventail pour le podium, les “ bears ” qui s’affrontent au karaoké…
Nous sommes partis du réel pour écrire une odyssée fantastique. Puis Simon Balteaux a ajouté l’enjeu de l’hétérose. Le centre du projet, ça a toujours été de faire un film drôle, mais il a des côtés sérieux. On tourne en dérision tout le monde, notamment les hétérosexuels pour dénoncer l’hétéronormativité.
L'aspect collectif du projet donne l'impression d'ensemble qu'on à affaire à un film de partage plutôt que d'un film de niche pour les initiés, non?
Oui, il faut dire que le film raconte aussi notre histoire à nous,
Brice et moi, et notre arrivée sur le projet. Simon et Marco sont arrivés avec leur idées et comme ils connaissaient intimement ce milieu, la volonté de départ, c'était de nous prendre par la main et de nous montrer Jim Queen dans son milieu naturel.
C'est vraiment cela la base de l'écriture du scénario, le personnage de Lucien, le twink, était devenu à nos yeux le guide pour le spectateur, un véhicule permettant de jouer sur différents niveaux de lecture selon qu'on connaisse ou non ce milieu.
Pourquoi Marco Nguyen a eu envie de raconter ce monde de la nuit chez Bobbypills ?
À l’origine, les soirées qu’organisait Marco étaient des apéros à quatre. Elles ont pris de l’ampleur d’elles-mêmes. Ils sont devenus cinquante puis cent. Marco a souhaité aller dans des bars où les gays ne vont pas d’habitude. Aller fréquenter des lieux où ce n’est a priori pas la même ambiance et ça a pris.
Cette envie, Marco dit que ce n’est pas politique, mais personnellement je trouve que c’est super-politique.
Quant à Bobbypills, Marco Nguyen aimait notre travail, notamment la série Monsieur Flap. Nous nous sommes associés spontanément.
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Marco NGuyen et Nicolas Athané (à gauche)
Comment avez-vous fonctionné côté production ?
Nous avons construit un film traversé par différents genres. Il commence comme un Indiana Jones, puis bascule sur une comédie musicale à La Petite Sirène. Il a aussi des passages horrifiques.
La difficulté de Jim Queena été de réussir à emmener le public dans chaque ambiance du film.
Pour les financements, le film a coûté 5 millions d’euros. Nous avons notamment reçu des aides régionales pour le développement du projet, mais aussi 400.000 € d’un appel aux dons.
La dernière aide que nous avons reçue, et qui nous a beaucoup rassurés, c’est l’avance sur recette du Centre national du cinéma. En général, un diffuseur se fait connaître rapidement après cette aide-là.
Après, c'est vrai qu'on a entendu beaucoup autour de nous cette petite musique l" : " c'est génial votre projet, mais c'est quand même très gay et tres niche."
Sans compter le fait qu'au fil des 7 années de conception du film, beaucoup de sujets qui nous semblaient plutôt innocents au départ devenaient de brûlants sujets d'actualité, mais dans l'ensemble si cela a coincé c'est plus avec les financements privés que publics...
L'animation possède un pouvoir supérieur de transgression par rapport aux prises de vues réelles, mais peut-on vraiment tout se permettre?
Vous savez : pendant toute la durée de l'écriture du scénario il y a un film d'animation qui m'a accompagné, ce sont les 12 travaux d'Asterix, c'est un film de 1976 mais qui selon moi vieillit très bien car il réussit à conserver un équilibre entre légèreté et caricature extrême, tout en imposant un propos très fort sur les comportements problématiques autour de nous.
Ca l'animation peut en effet plus se le permettre qu'un film en prise de vue réel et c'est ce principe là qui nous a animé en concevant Jim Queen.
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Comment caricature-t-on une actualité surchargée comme celle que nous connaissons depuis 2020 ?
On aime parler du réel. Nous avons écrit Jim Queen quand l’actualité tournait beaucoup autour de Didier Raoult et Vincent Bolloré, d’où les références extravagantes qu’on y fait au fil du film. La fin a même un côté acte 3 des Gilets jaunes.
Honnêtement, avec l’actualité des dernières années, on a presque eu peur que la réalité rattrape les caricatures du film. Au final, à Bobbypills, nous sommes vraiment très fiers d’avoir réalisé ce film.
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Comment voyez vous l'avenir pour l'animation adulte française?
On est au début de quelque chose, on rattrape un peu notre retard par rapport aux USA, je pense à un film comme Mars Express de Jérémie Perrin, ou à la scène Instagram qui est très inventive.
Mais ca reste un combat, pour notre film on a du faire appel à des soutiens comme Ulule, c'est bien aussi mais si on avait des financeurs moins frileux, ca serait encore mieux...
Un film d'animation coute en moyenne 8 à 9 M€, il a fallu une organisation au cordeau et en même temps certains artistes avec lesquels on a collaboré nous ont aidé plus que ce qui était prévu au départ, ca aux USA je suis pas sur qu'on aurait eu cela..
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JIM QUEEN D de Marco Nguyen et Nicolas Athané / 1 h 25 / En salle le 17 juin
Retrouvez ci dessous notre critique du film :
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